40 viols par jour: mais les autorités militaires ferment les yeux

Congo RDC: Viols et violence contre les femmes par des militaires: en toute impunité

Kinshasa, 14 mars 2004 (Apic) La République démocratique du Congo (RDC) est sans doute l’un des pays qui figurent en tête de liste des pays où des violences sexuelles sont faites en toute impunité aux femmes et aux jeunes filles, indique l’Agence africaine DIA. Un constat un constat qui s’inscrit dans le sillage de la campagne de sensibilisation sur les violences faites aux femmes, lancée par Amnesty international (AI) le 5 mars dernier.

Selon DIA, on estime qu’environ 5’000 femmes ont été violées dans la province du Sud-Kivu, en RDC, entre octobre 2002 et février 2003, soit en moyenne 40 viols par jour.

Kavira Muraulu vit à Beni, dans l’Est du Congo/Kinshasa témoigne. Elle a été violée, puis battue à deux reprises pour avoir voulu porter plainte. Son cas est aussi celui des milliers de femmes et de fillettes, battues, violées, mutilées et tuées en toute impunité, chez elles, dans leur quartier ou dans leur village, en temps de guerre et de paix.

Un soldat s’est introduit tard un soir chez Kavira Muraulu et l’a violée. Le lendemain, après qu’elle eut porté plainte, cet homme est revenu accompagné d’amis, et ils ont battue la victime. Déterminée à ne pas se laisser intimider, celle-ci a de nouveau porté plainte. Cette fois, ces militaires lui ont enfoncé une baïonnette dans le ventre. Agricultrice d’une cinquantaine d’années, Kavira Muraulu vit à proximité d’un camp militaire à Mangangu, près de la ville de Beni (province du Nord-Kivu) dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Cette région est le théâtre d’affrontements sanglants qui opposent différents groupes armés depuis cinq ans. De nombreuses femmes et fillettes y ont été violées, mutilées et tuées depuis le début du conflit sans que les responsables n’aient été traduits en justice.

2 euros pour un viol

L’homme qui a violé Kavira le 16 mai 2003 était un soldat vivant dans le camp militaire voisin. Lorsqu’elle s’est plainte à son supérieur, celui- ci a ordonné au soldat d’indemniser Kavira à hauteur d’environ 2,3 euros, mais aucune autre sanction n’a été prise quand il a refusé d’obtempérer.

Kavira s’est donc adressée au gouverneur du district, qui lui a assuré que son cas serait étudié et lui a conseillé de rentrer chez elle, mais n’a pris aucune mesure pour assurer sa sécurité. Par la suite, l’agresseur et d’autres soldats ont empoigné Kavira, alors qu’elle se trouvait sur ses terres. Ces soldats l’ont attachée et rouée de coups, ce qui lui a valu une dent cassée et une blessure à la mâchoire. Ils ne se sont arrêtés que lorsqu’une autre femme les a menacés avec une arme à feu.

Kavira a ensuite été ramenée au bureau du gouverneur, qui a vainement tenté de la persuader de se rétracter. Son cas n’a jamais été réglé. Et les soldats violeurset tortionnaires courent toujours. (apic/dia/pr)

14 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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