Afrique du Sud: Mgr Desmond Tutu fête ses 80 ans
Conscience morale de l’Afrique du Sud
Johannesburg, 3 octobre 2011 (Apic) L’ancien archevêque anglican du Cap et prix Nobel de la paix en 1984, Mgr Desmond Tutu, fête ses 80 ans le 7 octobre 2011. Considéré comme la conscience morale de l’Afrique du Sud, il a contribué à défaire l’apartheid avant de se mettre au service de la réconciliation raciale dans son pays et de la paix sous toutes les latitudes.
Trois jours de fête marqueront le huitantième anniversaire de Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984. En préambule aux festivités, une biographie sortira de presse, intitulée «Tutu: un portrait autorisé», co-écrite par Mpho Tutu, la fille cadette de l’archevêque et Allester Sparks, grande plus plume du journalisme sud-africain et témoin privilégié de la libération des Noirs.
L’humour, l’humilité et l’énergie débordante ont fait du prélat une des personnalités les plus appréciées du pays. N’hésitant pas à rire, à danser ou à pleurer en public, Mgr Tutu a également le sens de la formule qui fait mouche. «Cette chenille laide, si laide que nous étions est devenue ce papillon si joli, si joli, soulignait-il ainsi avec délectation, en accueillant les visiteurs étrangers lors de la Coupe du monde de football 2010 dans son pays».
Premier Noir à la tête de l’Eglise anglicane
Né le 7 octobre 1931 à Klerksdorp, à une heure de Johannesburg, Desmond Tutu a souffert enfant de poliomyélite. Marqué par cette expérience, il souhaitait devenir médecin mais sa famille ne pouvait pas payer ses études. Il devint alors professeur, avant de démissionner pour protester contre l’éducation de moindre qualité réservée aux Noirs. Puis il a décidé d’entrer au séminaire, par défaut plus que par idéal, selon une biographie autorisée.
Ordonné prêtre à 30 ans pour l’Eglise anglicane, il a étudié et enseigné en Grande-Bretagne et au Lesotho, avant de s’établir à Johannesburg en 1975. De plus en plus visible sur la scène anti-apartheid, il a été l’objet de brimades du régime, mais ses habits religieux lui ont permis d’être épargné.
Nommé archevêque en 1986, il devint le premier Noir à la tête de l’église anglicane sud-africaine. Desmond Tutu est marié depuis 1955 à Leah, dont il a eu quatre enfants et à laquelle il ne manque jamais de faire référence.
Ardent défenseur de l’égalité
Sous le régime de l’apartheid, Desmond Tutu avait organisé de nombreuses grandes manifestations pacifiques au Cap visant à dénoncer la ségrégation. Il avait également milité pour l’adoption de sanctions économiques internationales.
Dès 1994, il a présidé pour 30 mois la Commission réconciliation et vérité créée pour tourner la page de l’apartheid.
Grâce à sa vitalité, Desmond Tutu a pu rester très actif jusqu’en 2010 où il s’est retiré de la vie publique.
Toujours aussi combatif
Il est toujours présent dans la vie politique par l’intermédiaire de son Centre pour la paix et au sein du groupe «The Elders» (»Les Sages») qui unit des anciens dirigeants au service de la paix.
En août 2011, il suggérait de créer une taxe imposée uniquement aux Blancs, car ils ont profité de l’apartheid. Cette proposition a suscité la polémique.
Dans ses dernières interventions, il a présenté des excuses aux homosexuels pour la souffrance causée par les enseignements de l’Eglise anglicane.
A plusieurs reprises, il a été très critique à l’égard des membres de l’Afrcian National Congress (ANC), le parti au pouvoir depuis 1994. Il a critiqué publiquement les errements de l’ex-président Thabo Mbeki dans la lutte contre le sida ou les déboires judiciaires de Jacob Zuma, avant son accession à la tête de l’Etat.
Dans son franc parler, il a interpellé ses compatriotes sur la violence, regrettant que la société ait perdu le sens du bien ou du mal. Il a défendu les immigrés lors des violences xénophobes en 2008.
Sur la scène internationale, Mgr Tutu était actif sur plusieurs théâtres de conflits: République démocratique du Congo, Soudan, Kenya, Palestine… A l’égard du président zimbabwéen, Robert Mugabe, il a eu des paroles peu amènes, le comparant notamment à Frankenstein.
Un invité encombrant
En invitant le dalaï lama aux festivités, Desmond Tutu met Pretoria devant un dilemme: soit il offense Tutu en ne délivrant pas l’autorisation de séjour, soit il froisse les Chinois en acceptant la venue du chef spirituel tibétain, dont Pékin empêche toute visite à l’étranger.
Pour Desmond Tutu, le dalaï lama est la personne idéale, après les événements du printemps arabe, pour «parler du pouvoir et de la nécessité des mesures de paix pour apporter le changement».
Le dalaï lama était déjà venu en 1996, accueilli alors par Nelson Mandela, président de la jeune Afrique du Sud démocratique.
Conférence internationale Desmond Tutu
Le dalaï lama doit officiellement inaugurer la première conférence internationale Desmond Tutu pour la paix le 8 octobre. Il est également censé venir à Johannesburg pour parler de la non-violence le 12 octobre à la grande université de Witwatersrand. En cas d’impossibilité, une téléconférence pourrait constituer une alternative à sa venue.
Un service religieux est prévu le 7 octobre à la cathédrale anglicane St Georges du Cap, où l’archevêque avait l’habitude de prêcher pour une démocratie transcendant toutes les races.
La liste des invités est tenue secrète pour l’instant, mais le prix Nobel de la paix ne manque pas d’amis, célèbres et engagés, allant du président américain Barack Obama au rocker irlandais Bono. (apic/ag/arch/js)



