Consistoire: Pour Mgr Lorscheider, le pape est coupé de la base

«Au petit jeu des ’papabili’», les manoeuvriers seront perdants

Rome, 21 mai 2001 (APIC) Le sixième Consistoire du pontificat de Jean Paul II s’est ouvert lundi à Rome. Il réunit 183 cardinaux venus du monde entier, parmi lesquels 154 électeurs du pape. Le pape actuel est le premier de l’époque moderne à mettre en valeur le collège des cardinaux, souligne le cardinal Etchegeray. «Nous allons lui répondre franchement», assure de son côté le cardinal Lorscheider. Ce dernier, très critique sur les structures actuelles de l’Eglise, entend posé un certain nombre de questions». Car pour le reste: «Au petit jeu des ’papabili’, les manoeuvriers sont toujours perdants». Il regrette de voir le pape «prisonnier des cercles qui sont autour de lui et qui le coupent de la base. Jean Paul II, dit-il, a fait beaucoup d’efforts pour changer les choses, cependant je ne crois pas qu’il y soit parvenu.

Jean Paul II, dès le moment de son élection, il y a 23 ans, «a voulu privilégier ou, mieux, mettre en valeur le collège des cardinaux», il est «le premier pape de l’époque moderne à avoir convoqué à plusieurs reprises un consistoire extraordinaire pour consulter de la sorte les cardinaux», a déclaré à l’agence Fides (Vatican) Mgr Roger Etchegaray, créé cardinal par Jean Paul II lors de son premier consistoire (1979) et qui a une longue expérience de travail au sein de la curie romaine.

Interrogé de son côté par le quotidien catholique italien «Avvenire», le cardinal Louis Marie Billé, archevêque de Lyon et président de la Conférence épiscopale de France, pense que «l’évolution de l’Eglise et ses rapports avec la culture occidentale, ainsi que les manifestations liées au phénomèène de la mondialisation, sont les points centraux qui seront débattus lors du prochain consistoire extraordinaire».

«Les difficultés de l’Eglise ne sont pas liées à des problèmes internes mais naissent de la rencontre entre l’évangile et le monde, entre la tradition ecclésiale et la culture contemporaine», note Mgr Billé. «Les rapports entre Rome et les Eglises particulières sont le reflet d’autres questions plus importantes: la façon dont les cultures particulières rencontrent l’Evangile, comment elles vivent le phénomène de la mondialisation, comment elles affrontent les questions éthiques et les problèmes concernant le salut en Jésus-Christ». Interrogé sur les solutions que l’Eglise en France peut trouver face au «laïcisme triomphant» et aux «réalités religieuses diverses», le cardinal Billé note que les évêques français «ont pris acte que les grandes orientations pastorales sur lesquelles ils discutaient il y a vingt ou trente ans ont révélé leurs limites».

«Une bureaucratie lointaine de plus en plus surde»

C’est pourquoi «il faut aujourd’hui chercher humblement à comprendre ce qui se passe sur le terrain, dans les paroisses, dans les mouvements associatifs et au-delà, dans le monde non chrétien».

Jean Paul II désire entendre les cardinaux et ceux-ci vont «lui répondre franchement», annonce dans une interview accordée à «La Croix» le cardinal Aloisio Lorscheider, 76 ans, archevêque d’Aparecida (après avoir été archevêque de Fortaleza de 1973 à 1995) et président de la Conférence épiscopale du Brésil de 1972 à 1979. «Une certaine centralisation dans l’Eglise semble actuellement ne tenir aucun compte des décisions conciliaires: la collégialité souhaitée par Vatican II est bien loin d’être une réalité», affirme le cardinal, un proche de la théologie de la libération.

Mgr Lorscheider, qui est évêque depuis 1962 et a déjà participé à deux conclaves, avertit ceux qui voudraient transformer le présent consistoire en grandes manoeuvres en vue du prochain conclave: «…au petit jeu des ’papabili’, les manoeuvriers sont toujours perdants». Il regrette de voir le pape «prisonnier des cercles qui sont autour de lui et qui le coupent de la base». «Jean Paul II a fait beaucoup d’efforts pour changer les choses, cependant je ne crois pas qu’il y soit parvenu, dit-il. Il a ouvert la route, mais c’est à son successeur qu’il appartiendra de se libérer d’une certaine organisation trop ecclésiastique et pas assez ecclésiale. Nous voulons contribuer de toute urgence à cette difficile oeuvre de libération».

Pour une revalorisation de l’évêque

Le cardinal brésilien plaide pour une revalorisation de l’évêque: «Il faudrait cesser de réduire l’épiscopat à un titre honorifique en distribuant des nominations de convenance personnelle. L’évêque est père, maître et pasteur, mais hélas aujourd’hui trop d’évêques sont des pères sans enfants et des pasteurs sans peuple. Je crois de plus que les évêques auxiliaires n’ont pas de raison d’être, les vicaires épiscopaux suffisent amplement. Mais ce sont des sujets que nous aborderons plutôt durant le synode spécial des évêques en octobre. Cette semaine, à Rome, je demanderai surtout que l’organisation centrale du Saint-Siège se mette plus à l’écoute des évêques, pour un meilleur service du peuple de Dieu. Les décisions de Vatican II ne sont pas appliquées et nous souffrons tous, sur le terrain, d’une bureaucratie lointaine de plus en plus sourde».

Le sixième

Au cours de son pontificat, le pape Jean Paul II a déjà convoqué cinq consistoires extraordinaires pour traiter de questions importantes pour la vie de l’Eglise. Trois ont préparé la réforme de la curie et deux la réforme des finances du Vatican. Le premier consistoire (5-9 novembre 1979, 120 cardinaux présents) portait sur la réforme de la curie romaine, le rapport entre Eglise et culture et les finances du Saint-Siège ; le deuxième (23-26 novembre 1982, 97 cardinaux) sur un fonctionnement plus satisfaisant de la curie romaine, la révision du code de droit canon et les finances du Vatican – le pape y annonça l’Année Sainte extraordinaire de la Rédemption; le troisième (21-23 novembre 1985, 122 cardinaux) de la réforme de la curie romaine et donnera lieu à la constitution «Pastor bonus» (1988); le quatrième (4-6 avril 1991, 120 cardinaux) sur les menaces contre la vie «et le défi des sectes»; enfin le cinquième (13-14 juin 1994, 114 cardinaux) sur la préparation du grand Jubilé de l’An 2000. (apic/cip/pr)

21 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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