Consternation: «Cela ne facilitera pas notre travail»
Zurich: Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique d’Arabie, sur l’initiative anti-minarets
Zurich, 2 décembre 2009 (Apic) C’est avec «consternation» que le capucin suisse Paul Hinder, vicaire apostolique d’Arabie, a pris connaissance dimanche du résultat de l’initiative contre les minarets lancée par les partis de droite UDC et UDF (Union démocratique fédérale), plébiscitée dimanche par le peuple suisse (57,5% de oui). «Cela ne facilitera pas notre travail», a déclaré Mgr Hinder à l’agence Kipa à Zurich.
Un tel résultat ne va certainement pas faciliter la vie des chrétiens dans cette région du monde, a-t-il laissé entendre dans une contribution à l’agence de presse catholique Apic-Kipa. Résidant à Abou Dhabi, Mgr Paul Hinder, né le 22 avril 1942 à Lanterswill-Steherenberg, dans le diocèse de Bâle, est depuis mars 2005 à la tête de l’une des plus grandes circonscriptions ecclésiastiques du monde, au cœur du monde musulman. Le capucin thurgovien est donc bien placé pour apprécier les conséquences de l’acceptation de cette initiative populaire, dont le résultat inattendu provoque une onde de choc au plan international.
A nouveau un article d’exception concernant la religion dans la Constitution
Avec l’acceptation de cette initiative, la Confédération suisse a réintroduit dans sa Constitution un article d’exception concernant la religion, constate Mgr Hinder. Et d’estimer qu’on peut douter que cela fasse du bien à la Suisse. «Pour nous, les chrétiens en Arabie, cela ne va certainement pas nous faciliter le travail, même si certains doivent penser qu’ils nous ont rendu service en disant oui à cette initiative».
Naturellement, il dit ne pas être embarrassé pour répondre si quelqu’un devait faire observer, lors d’une demande de construction d’un édifice, le résultat de la votation de dimanche sur les minarets. Certes, la construction des minarets sera interdite en Suisse, mais pas l’érection de mosquées, qui reste permise aux communautés musulmanes. «Donc, il n’y a aucune raison de paniquer», estime-t-il. Par contre, reconnaît-il, l’atmosphère sur place pourrait devenir un peu plus lourde. «Personne finalement ne peut sérieusement contester qu’avec cette acceptation de l’interdiction des minarets on punit une communauté religieuse concrète, dont les membres en Suisse n’ont rien à se reprocher».
Compréhension pour les peurs irrationnelles de nombreux Suisses
«J’ai certes de la compréhension pour les peurs irrationnelles de nombreux Suisses et Suissesses face à la visibilité d’une religion, qu’ils connaissaient auparavant par ouï-dire, mais qu’ils trouvent désormais immédiatement sur le seuil de leur porte ou dans l’appartement d’à côté», poursuit l’évêque missionnaire.
A l’évidence, constate Mgr Hinder, de nombreux votants ont dû se dire que les musulmans peuvent certes être en Suisse, mais ils ne doivent pas le montrer. «Et si c’est le cas, ironise-t-il, une mosquée doit alors ressembler à un chalet suisse et l’appel à la prière le cas échéant doit être fait du balcon avec un cor des Alpes». Mais il doute que cela garantirait l’intégration de l’islam dans la réalité suisse. Pour lui, un minaret dans le paysage suisse ne serait pas un corps tellement plus étrange que le M de McDonald’s, «qui pour beaucoup semble avoir presque une force d’attraction religieuse».
La votation est passée et les initiants ont gagné. Mais, constate l’évêque d’Arabie, une autre question, sérieuse, n’a pas encore reçu de réponse: «Qui chassera les esprits que l’enchanteur populiste a appelés?» Ceux qui ont écrit le texte de l’initiative assis derrière leurs bureaux ne devront-ils pas encourir le reproche d’avoir incité à la violence contre une minorité religieuse, violence qui ne sera pas si facile à endiguer ?
Pas une page de gloire pour la démocratie directe
«Il faut espérer que ce résultat qui reste pour moi surprenant conduise au moins, par la suite, à un débat encore plus approfondi sur la question de savoir jusqu’à quel point la religion a le droit ou même le devoir d’être visible dans la société», conclut-il, en relevant tout de même que cette décision du peuple suisse ne sera certainement pas inscrite dans les livres d’histoire comme une page de gloire pour la démocratie directe.
Le Vicariat apostolique d’Arabie comprend tous les Etats de la péninsule arabique à l’exception du Koweït, où le vicaire apostolique est l’évêque Camillo Ballin, missionnaire combonien. Mgr Paul Hinder est depuis mars 2005 à la tête du Vicariat apostolique d’Arabie, qui s’étend sur 6 pays musulmans: Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Qatar et Yémen. La minorité chrétienne ne représente que 3% de la population du Vicariat d’Arabie. A part l’Arabie Saoudite, où les chrétiens n’ont aucune sorte de liberté religieuse, les autres pays de la Péninsule arabique sont plus tolérants, pour autant qu’on ne fasse aucun prosélytisme ni ne développe aucune activité missionnaire parmi les musulmans.
Le Vicariat apostolique d’Arabie, fondé en 1889, est traditionnellement confié aux capucins. C’est l’une des plus grandes circonscriptions ecclésiastiques du monde, avec une superficie de plus de 3 millions de km2, pour une population de quelque 42 millions d’habitants, essentiellement musulmans. Mgr Paul Hinder a la charge pastorale de près de 1,4 million de catholiques, pour la plupart des travailleurs immigrés. (apic/ph/job/com/be)



