Le développement du Sud est dans l'intérêt de la Suisse (Photo:michael_swan/Flickr/CC BY-ND 2.0)
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Le développement du Sud est dans l'intérêt de la Suisse (Photo:michael_swan/Flickr/CC BY-ND 2.0)

Coopération au développement: Faire mieux avec moins?

14.05.2019 par Maurice Page

La coopération au développement de la Suisse doit être davantage ciblée pour gagner en efficacité. Tel est le leitmotiv du Message sur la coopération internationale de la Suisse (2021-2024) mis en consultation par le Conseil fédéral au début mai. Mais, pour les œuvres d’entraide, les beaux mots ne suffisent pas sans un changement de perspective, une politique cohérente et une augmentation des moyens.

Les attentes vis-à-vis de la coopération au développement ont sensiblement augmenté ces dernières années, a constaté Raji Sultan secrétaire général d’Unité, association suisse pour l’échange de personnes, lors d’un débat organisé le 9 mai 2019, à Fribourg, par l’ONG CoMundo. En plus de son devoir original de solidarité pour combattre la pauvreté au Sud, la coopération suisse est désormais censée lutter contre le changement climatique, dissuader les migrants de partir vers l’Europe, garantir plus de sécurité contre le terrorisme et même ouvrir de nouvelles portes aux entreprises suisses. “Comment répondre à ces attentes variées et parfois contradictoires, surtout avec moins de moyens?”

Un message beaucoup plus court

Réduit à une formulation d’une cinquantaine de pages, le Message 2021-2014 du Conseil fédéral présente la qualité d’être facilement compréhensible et communicable, contrairement aux précédents qui dépassaient parfois les 400 pages, relève Raji Sultan. “Mais il ne doit pas faire l’économie de choix clairs. Les marges d’interprétations sont trop larges. J’ai l’impression que l’on a cherché à contenter tout le monde, en particulier les détracteurs de l’aide au développement, tout en voulant rassurer ses défenseurs. Il ne va pas au fond sur de trop nombreux points.”

Le message maintient certes comme objectif prioritaire les besoins de la population dans les pays partenaires, mais la coopération internationale doit aussi promouvoir les intérêts de la Suisse en matière économique, migratoire et sécuritaire.

Une aide plus ciblée et plus efficace

Mettre en avant l’idée d’une aide plus ciblée et plus efficace renvoie de fait une image critique et négative du travail accompli jusqu’ici, déplore Raji Sultan. Chose un peu étonnante dans la mesure où le premier chapitre du message loue précisément l’efficacité de l’aide au développement suisse…

Pour la période 2021-2024, la Confédération se donne quatre objectifs. Le premier est de contribuer à une croissance économique durable créatrice de marchés et d’emplois. Le deuxième est de lutter contre les changements climatiques et leurs effets. Fournir des services de base de qualité et diminuer les causes de la migration forcée et irrégulière constituent le troisième axe d’action. Enfin la promotion de la paix, de l’état de droit et de l’égalité hommes-femmes forme le quatrième objectif.

“Ces objectifs, aussi importants soient-ils, sont ils vraiment tous du ressort de l’aide au développement?” s’interroge le secrétaire général d’Unité. Pour la réalisation des intérêts migratoires, sécuritaires et de promotion des exportations suisses, le contexte international et les décisions politiques et commerciales sont nettement plus déterminants que la coopération au développement.

Au Sri Lanka, la population ne profite pas toujours du développement touristique (Photo:Brett Davies/Flickr/CC BY-NC-SA 2.0)

Pour une politique cohérente

Depuis 2015, l’Agenda 2030 pour le développement durable fixe un cadre clair aux divers domaines économiques et sociaux. Les 17 Objectifs du développement durable (ODD) concernent l’ensemble des quelque 190 pays signataires. A elle seule, la coopération internationale ne peut évidemment pas être tenue responsable de la mise en œuvre de cet agenda. La Suisse doit globalement améliorer sa cohérence politique pour le développement durable. Pour cela, tous les domaines devraient être conçus dans une optique ‘pro-développement’. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, note le responsable d’Unité.

Ainsi la lutte contre les changements climatiques concerne avant tout la Suisse elle-même en tant qu’important facteur de production de CO2. De même, la volonté de protéger l’Europe et la Suisse de l’arrivée de migrants peut-elle légitimement être considérée comme un objectif de développement?

Pour Raji Sultan, la coopération au développement de la Suisse doit rester centrée sur son mandat de base, inscrit dans la Constitution et la loi, qui est de lutter contre la pauvreté dans les pays du Sud et de créer des perspectives pour les plus faibles. Cette tâche est déjà bien assez vaste. Au regard de l’évolution des dernières années, l’extrême pauvreté a fortement reculé dans le monde, hormis en l’Afrique sub-saharienne, mais dans le même temps, les inégalités entre les riches et les pauvres se sont accrues.

L’intérêt de la Suisse en priorité

Un autre élément ‘douteux’ du message du Conseil fédéral est la volonté de fixer les intérêts de la Suisse et la valeur ajoutée comme critères du développement au même titre que les besoins des populations locales. “N’est-on pas là en désaccord avec l’idée de solidarité définie par la Constitution fédérale?”

Toujours dans la perspective d’efficacité, la Confédération souhaite limiter à quatre ses zones d’intervention: l’Afrique sub-saharienne, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe de l’Est. L’Amérique latine, sans néanmoins disparaître des programmes d’aide, ne serait plus prioritaire. “La concentration, notamment sur l’Afrique subsaharienne, là où les besoins sont les plus forts, est probablement une bonne chose, admet Raji Sultan, pour autant que l’on conserve une certaine souplesse.”

Des moyens notoirement insuffisants

La question des moyens mis à disposition pour l’aide au développement est le dernier point d’inquiétude. 11,37 milliards de francs sont prévus pour les années 2021-2014. “Mais avec ces chiffres on ne dépasse guère les 0,45% du revenu national brut, alors que la Confédération aligne les bénéfices depuis plusieurs années, déplore Raji Sultan. Sans compter le fait inacceptable que la Suisse impute à l’aide au développement ses dépenses pour les requérants d’asile.”

On reste même en-deçà de l’objectif de 0,5% fixé par le Parlement en 2011 et réaffirmé à plusieurs reprises depuis lors. (cath.ch/mp)


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