Les chefs religieux invités à se mettre au-dessus de la politique

Côte-d’Ivoire: La communauté musulmane s’inquiète des actes d’hostilité à son égard

Dakar, 31 mai 2000 (APIC) La communauté musulmane de Côte-d’Ivoire, pays qui vit une période politique incertaine depuis le coup d’Etat de la fin de l’an dernier, s’estime victime d’attitudes hostiles et d’actes de malveillance. Le président ivoirien, le général Robert Guéi, vient de réunir les chefs religieux des différentes confessions de son pays pour leur demander de prêcher en faveur de la paix et de la fraternité.

La Côte-d’Ivoire est déstabilisée et la polémique se développe autour d’un projet de nouveau code électoral visant à exclure un ancien premier ministre – de confession musulmane – du défunt président Félix Houphouët-Boigny, de la candidature à la présidence de la république.

Le représentant de la communauté musulmane, El Hadj Aboubacar Fofana, a fait part de l’inquiétude de ses coreligionnaires et s’inquiète des risques de dérapages. Ceux-ci, a-t-il dit au chef de l’Etat, sont déconsidérés, victimes de sentiment de haine à cause de l’affaire Alassane Drahmane Ouattara, une personnalité politique du nord du pays, une région à majorité musulmane. Le représentant des imams a averti que les musulmans ivoiriens n’accepteront pas d’être exclus ou humiliés, soulignant que l’espoir de cette communauté n’a duré qu’un mois, après le coup d’Etat de la fin de l’année dernière, qui a porté le président Guéi au pouvoir. Plusieurs milliers de cartes d’identité ont été arrachées à leurs propriétaires pour la seule raison qu’ils sont musulmans, a-t-il souligné.

Halte à la politisation de la religion

«Aidez-nous à dissiper les nuages d’incompréhension», a lancé le chef de l’Etat aux leaders religieux musulmans, chrétiens, protestants, de la Foi bahaï, animistes, qui avaient répondu à son invitation… Selon lui, les démons de la division sont l’œuvre et il faut les empêcher de nuire. A ce sujet, il leur a demandé de se consacrer à la prière dans les mosquées, temples, églises et bois sacrés, en se mettant au-dessus des querelles politiques.

Il a aussi regretté la politisation de la religion dans son pays, déplorant le fait que toute personne habillée en grand boubou soit considéré comme un partisan de l’ancien Premier ministre Ouattara, écarté de la course à la présidentielle à cause de sa nationalité ivoirienne douteuse. Le nouveau projet de code électoral qui sera soumis référendum en juillet, interdit la candidature à la présidence de la république, de tout citoyen qui avait eu dans le passé une autre nationalité que celle de la Côte-d’Ivoire.

Pour sa part, l’archevêque d’Abidjan, Mgr Bernard Agré, a insisté sur la tolérance et l’acceptation des différences. Le prélat qui intervenait au nom des catholiques et des protestants, a également mis l’accent sur le respect mutuel, la promotion de la culture de la paix. (apic/ibc/be)

2 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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