Le Bureau international de l’enfance manque de moyens d’action
Côte-d’Ivoire: Les enfants travailleurs d’Abidjan, nouveaux esclaves modernes
Abidjan, 24 août 2007 (Apic) Mission difficile pour le Bureau international catholique de l’enfance (BICE) en Côte-d’Ivoire. L’organisation, qui lutte contre le travail des enfants et adolescents, manque de moyens juridiques et matériels pour faire face à ce phénomène, indique sa responsable locale, Véronique Assohou.
En Côte-d’Ivoire, de nombreuses fillettes de 6 à 13 ans, sont exploitées dans des maisons à Abidjan et à l’intérieur du pays. Elles sont utilisées comme bonnes à tout faire: lessive, vaisselle, cuisine, entre autres. Leur journée de travail commence entre 5h et 6h, pour se terminer à 19 heures, le soir. Certaines sont aussi exploitées dans les rues comme vendeuses.
Pour Véronique Assohou, le BICE n’a pas de «pouvoir coercitif» pour lutter contre l’exploitation des enfants. Il ne peut exercer qu’un plaidoyer pour sensibiliser à cette problématique. «Nous essayons autant que possible d’enlever l’enfant du milieu où il est menacé et nous l’accompagnons moralement», a-t-elle déclaré au quotidien ivoirien, «L’Intelligent». Celui-ci a consacré le 22 août un dossier sur les «Enfants vendeurs, domestiques, cireurs de chaussures», ces «esclaves des temps modernes».
Centre «Espoir» pour enfants exploités
Le BICE dispose tout de même d’un centre nommé «Espoir». Il accueille cinquante deux enfants des deux sexes. Parmi eux, huit Maliens, trois Burkinabé et neuf Togolais qui sont victimes de traite. En 2006, il y avait 193 enfants dans le centre. Beaucoup étaient des adolescents qui avaient réussi à fuir leur employeur ou leur famille suite à des maltraitances. Recueillis par la police, ils ont été confiés au centre du BICE, une Organisation non gouvernementale (ONG) internationale qui travaille sans discrimination de races, de religions et de cultures.
En plus du BICE, de nombreuses autres ONG sont mobilisées dans la lutte contre l’exploitation des enfants. Elles sont regroupées au sein d’un Forum des ONG d’aide à l’enfance en difficulté.
Delphine Koffi, l’une des responsables du forum, a estimé que le travail des enfants est un «phénomène complexe, parce qu’il a un caractère social et éducatif». «Ils peuvent aider leurs parents dans les travaux domestiques». «Ce que nous combattons, c’est le caractère avalisant de ces travaux, ceux qui mettent un frein au développement physique et moral de l’enfant, bref, les pires formes de travail des enfants», a-t-elle souligné.
Encadré:
Les enfants travailleurs d’Abidjan
Les nombreux enfants travailleurs d’Abidjan sont originaires de l’intérieur du pays et des pays voisins. Ils sont amenés dans la capitale par des trafiquants, avec la complicité de leurs familles. Selon le quotidien ivoirien «L’Intelligent», ces trafiquants sont organisés en réseaux. Il y a par exemple, des femmes spécialisées dans le trafic des filles domestiques qu’elles amènent à Abidjan, avec l’accord des parents.
Arrivées à Abidjan ou dans d’autres villes ivoiriennes, elles sont employées sous contrat d’un an renouvelable. Elles sont en général placées dans les familles par leurs parents, pour un salaire mensuel de 5000 francs CFA (environ 12,50 frs), payable à la fin de l’année. Leur traitement salarial dépend du caractère de la maîtresse de maison. Dans leur grande majorité, les jeunes filles employées de maison vivent dans des conditions difficiles et dorment à même le sol, dans la cuisine ou au salon. Elles sont régulièrement insultées, battues et privées de nourriture. Parfois, elles sont victimes d’abus sexuelles.
La Côte-d’Ivoire a pourtant ratifiée, en 2003, les conventions 138 et 182 de l’Organisation internationale du travail (OIT), relatives à l’âge minimum (14 ans) d’accès à l’emploi et aux pires formes du travail des enfants.
Le Bureau international catholique de l’enfance (BICE) accueille dans son centre des enfants victimes du travail. Il les héberge pendant une période de trois mois, durant lesquels il mène des recherches pour retrouver les parents. En cas de conflit, il assure la médiation et aide à la réinsertion. Cette démarche peut durer parfois jusqu’à un an. Dans cette attente, l’enfant bénéficie des activités sociales et éducatives, notamment l’alphabétisation.
S’il s’agit d’enfants victimes de la traite, le BICE négocie avec le consulat de son pays d’origine pour le rapatriement. «Les petits sont dignes de respect, quelles que soient leurs origines sociales, culturelles ou religieuses», estime la directrice du centre d’accueil du BICE, Kafinin Berté.
(apic/ibc/bb)



