Tout blocage conduit à la guerre

Côte d’Ivoire: Les évêques mettent le gouvernement en demeure de mettre fin au chaos

Abidjan, 4 février 2005 (Apic) La Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire (Ceci) a appelé les chefs d’état africains à «plus de sérieux et d’objectivité» envers leur pays. Au terme de leur 79e Assemblée plénière tenue à Daloa, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ils ont invité les différentes couches sociales du pays et la communauté internationale à aider à résoudre la crise dans leur pays.

Les évêques ivoiriens préviennent: «Tout blocage au processus de réunification et de pacification de la Côte d’Ivoire conduira «nécessairement à la guerre».

Dans une déclaration publiée jeudi à Abidjan à l’issue de trois jours de session, la Conférence épiscopale met en garde et déplore: «Le sang a trop coulé dans ce pays. Renoncez à l’esprit de haine, de vengeance et de méfiance: c’est la condition pour aller aux élections de 2005 dans la sérénité».

Dans un document de sept pages, le prélats ivoiriens lancent un appel à leurs concitoyens: «Malgré tout, la situation demeure morose: partition toujours réelle du pays, désarmement non-effectif, méfiance de part et d’autre, arrogances verbales, haine et soif de vengeance, insécurité et banditisme politique, chômage et pauvreté accrûs sont les maux aigus de la société ivoirienne actuelle». Et de lancer aux soldats et aux paramilitaires: «Respectez les accords que vous avez vous-mêmes signés. Acceptez le désarmement et la réunification».

Les médias ne sont pas épargnés par les évêques, qui s’interrogent sur leur part de responsabilité dans la crise actuelle. Ils reprochent aux privés attachés à des partis politiques de faire de la promotion à outrance de leur parti ou leader politique. Clea, estiment les évêques, au détriment de la déontologie de l’éthique et de la profession, des lecteurs.

Autres personnes visées:les non-nationaux. Qu’ils se gardent, disent les évêques, de s’immiscer dans les affaires internes de la Côte d’Ivoire. «Les nationaux de leur côté voueront le même respect à ceux qu’ils accueillent sur leur sol».

Un fléau nommé racket

Les évêques s’inquiètent enfin du racket en Côte d’ivoire, qui est devenu à leurs yeux une «gangrène sociale» qui affecte toute l’économie du pays. Dans ce sens, les évêques ivoiriens demandent aux forces de l’ordre d’»éviter tout comportement qui ne vous honore pas, tel que les rackets». Et les prélats de donner en exemple: avec la multiplication des barrages routiers, l’extorsion de fonds par les «corps habillés» a pris de telles proportions, notamment à Abidjan, que le gouvernement a jugé bon d’organiser à la mi-janvier un séminaire national sur le sujet. Et les évêques de constater: «Le racket généralisé se poursuit néanmoins depuis lors en toute impunité».

Dans leur «Appel au retour aux valeurs morales, religieuses et spirituelles dans la résolution de la crise ivoirienne» déclenchée le 19 septembre 2002, les prélats insistent enfin sur la nécessité du dialogue et de la réunification, en espérant pouvoir compter sur le soutien de la communauté internationale.

Les prélats mettent aussi les jeunes du pays en garde contre l’instrumentalisation politique: «Surtout, ne vous laissez pas aduler par certains politiciens sans grandes valeurs morales qui vous utilisent sans vraiment se pencher sur la situation réelle que vous vivez».

Peur, violence et anarchie

Sur le terrain, la situation n’est guère brillante. Et des milliers de réfugiés se trouvent actuellement sur la ligne de démarcation entre rebelles et forces gouvernementales. Selon l’Agence Fides à Rome, seuls les missionnaires leur viennent en aide

«Il est facile de décrire la situation ivoirienne d’impasse, en étant assis confortablement aux assises internationales ; mais il est plus difficile de le faire quand on est face au regard apeuré de milliers de femmes contraintes de fuir pour ne pas subir des violences», témoigne en effet à Fides un missionnaire de Bahiakro, dans la région centre nord du Pays. Bahiakro se trouve précisément sur la ligne de démarcation entre la région contrôlée par les militaires gouvernementaux et le nord aux mains des rebelles des Forces Nouvelles.

Femmes et enfants en première ligne

«Là, les rebelles ont chassé la population civile qui a trouvé refuge dans la région gouvernementale. Les gens ont fui avec les habits qu’ils portaient. Les rebelles ont emporté le peu qu’ils avaient dans leurs pauvres maisons. Ils sont arrivés avec des camions qui ont emporté le butin au Mali et au Burkina Faso pour le vendre sur les marchés locaux. Les réfugiés sont en grande partie des femmes et des enfants.

Les femmes ont fui pour défendre leur propre corps, comme elles me l’ont déclaré. Les plus jeunes sont contraintes ’d’épouser’ un rebelle, et les plus âgées sont employées comme souillons. Les enfants sont enlevés et les familles sont contraintes de payer une rançon pour le ravoir vivant, autrement il est tué sans pitié».

Pour le missionnaire, ces violences se produisent dans la région où sont présents les militaires de la force de paix internationale. «Malheureusement, ils ne parviennent pas à défendre la population civile». Puis le religieux enfonce le clou: «Dans la région rebelle, règnent l’anarchie et la loi du plus fort». Et de conclure par ce constat: «La criminalité a augmenté aussi parce que les rebelles ont libéré les détenus de droit commun des prisons sous leur contrôle». (apic/ag/misna/fides/pr)

4 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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