Côte d’Ivoire: Mgr Bernard Agré dénonce les hommes politiques ivoiriens

«Vos lèvres parlent de paix, mais vos coeurs battent pour la guerre»

Abidjan, 27 juillet (Apic) Mgr Bernard Agré, archevêque d’Abidjan, s’est félicité des bonnes relations inter-religieuses dans le pays, à l’occasion de la célébration de ses 50 ans de sacerdoce. Il a toutefois dénoncé les hommes politiques dont les «lèvres parlent de paix», alors que leurs coeurs battent «pour la guerre». Il a aussi condamné l’extrémisme des jeunes ivoiriens invités qu’ils ont été à arrêter «de casser».

Dans une interview accordée au quotidien ivoirien, «Fraternité Matin», Mgr Agré a salué les progrès en Côte-d’Ivoire en matière de dialogue inter- religieux. «Nous avons créé le forum des confessions religieuses, nous nous rencontrons très souvent et quand il y a quelque chose de très important, on se rencontre», a-t-il souligné. Ajoutant que «les chefs (Ndlr : des différentes confessions religieuses) tentent d’entretenir une certaine amitié». Il a rejoint l’avis du président du Conseil supérieur Islamique, l’imam Cissé Djiguiba, selon qui, «il n’y a pas eu de guerre de religions entre chrétiens et musulmans en Côte-d’Ivoire».

Le chef de l’église ivoirienne a accusé les hommes politiques d’avoir «voulu manipuler» les religieux pour créer une guerre des religions dans le pays. «Nous n’avons aucun intérêt à avoir des conflits (inter-religieux), parce qu’il y a dans nos familles une telle «compénétration», des mariages que nous avons intérêt plutôt à nous entendre et à vivre en communion afin que nous puissions conjuguer nos efforts en vue du développement intégral de l’homme et aussi de son environnement». «L’homme doit être pris en compte par tout le monde, pour que nous puissions essayer de moraliser un peu cette société», a plaidé Mgr Agré.

Quelque chose de pourri

Ce dernier a suggéré la création d’un forum avec des personnes de la société civile, «afin de donner une teneur, un contenu moral aux actes que les gens posent». Si non, a-t-il estimé, «nous aurons des problèmes sérieux». Cette instance, a-t-il souhaité, ne sera pas un tribunal, mais une structure qui dira ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour le pays. «On ne peut pas laisser tout faire dans un pays». «Quand on voit ce qui se passe, on se dit, il n’y a plus de référence: des prêtres battus, des évêques attachés et battus à Man, des évêques kidnappés à Katiola, des imams attaqués: tout cela veut dire que la société devient un peu pourrie et que le respect aux choses sacrées s’évanouit».

Evoquant le processus de réconciliation nationale, près d’un an après le début de la crise politico-militaire de septembre 2002, Mgr Agré a demandé «aux gens d’être sincères, de dire la vérité». Selon lui, «trop de politiques louvoient. Ils disent oui, mais en même temps font non. Ils disent nous voulons la paix, alors que leur coeur fait la guerre. Ces hommes là nuisent au processus de paix».

La récréation est finie

Mgr Agré s’en prend aussi à la communauté internationale. «Si les pays qui veulent nous aider, jouaient franc jeux au lieu de défendre uniquement leurs intérêts, si les ivoiriens eux-mêmes, n’adoraient pas trop ’le dieu mon argent’, peut-être alors nous en sortirions-nous», a-t-il dit, avant de demander aux porteurs d’armes de les déposer.

S’adressant enfin aux jeunes ivoiriens qui descendent souvent dans les rues pour protester contre telle ou telle décision, en détruisant des biens publics, il leur a dit: «ça suffit la récréation». (apic/ibc/pr)

27 juillet 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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