Exécutions sommaires, exactions et pillages

Côte d’Ivoire: Plus de cinq mille personnes réfugiées dans une mosquée à Daloa

Abidjan, 21 octobre (APIC) Plus de cinq mille personnes, à majorité musulmanes, ont passé la dernière nuit à la mosquée centrale de Daloa, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, a rapporté mardi matin la BBC. Des témoignages font état d’une centaine d’habitants massacrés par des forces armées depuis vendredi. Le gouvernement ivoirien rejette toute responsabilité dans ces actes.

Ratissages de maison en maison, exécutions sommaires de personnes suspectées d’appartenir aux forces rebelles, répression contre les «collabos», qui offrent leur hospitalité aux insurgés. C’est le climat qui règne depuis vendredi dernier à Daloa, la «capitale du cacao», située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Les soldats du président Laurent Gbagbo ont arraché la ville aux rebelles du Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCA) et sont en train de la «nettoyer». Des corps ont été retrouvés dans un quartier complètement déserté. Un charnier contenant plus d’une centaine de corps a également été découvert dans un cimetière du quartier Soleil.

Selon des sources militaires, citées par les agences de la presse internationale, certains jeunes auraient été tués dans leurs maisons par des «hommes en uniforme». D’après des témoignages, les gouvernementaux ont recours à des méthodes particulièrement violentes. «Ils passent au crible surtout la périphérie» révèle un interlocuteur de l’agence missionnaire MISNA. «Certains civils ont été tués parce qu’ils tentaient de fuir. Ils tuent très facilement, les gens ont peur et restent enfermés chez eux». Ceux qui le peuvent s’échappent et vont chercher refuge chez des amis. Mais offrir un abri risque d’être un piège mortel. «On m’a dit que quelqu’un avait été tué par l’armée parce qu’il était soupçonné d’avoir hébergé un rebelle chez lui. Moi, j’ai vu un véhicule de la Croix Rouge qui transportait de nombreux cadavres. C’est impressionnant, on lit la peur sur le visage des gens».

A la mosquée, un affrontement entre militaires et populations réfugiées a été évitée de justesse lundi. La situation a été désamorcée grâce à l’intervention de dignitaires religieux auprès des soldats qui s’étaient présentés sur les lieux. Des discussions entre des officiers militaires et des représentants de la population étaient en cours tôt mardi matin, a déclaré à la BBC un habitant de Daloa.

Le gouvernement nie la responsabilité de son armée

Le gouvernement ivoirien rejette les accusations formulées à l’encontre de son armée à Daloa. Un communiqué a été diffusé ce matin par Toussaint Alain, conseiller du président Laurent Gbagbo. Le conseiller admet la gravité des faits relatés mais en attribue la responsabilité à des individus «extérieurs aux forces de défense et de maintien de l’ordre», vêtus de treillis militaire, qui agressent les civils pour salir l’image des troupes loyalistes et entraver leur action. M. Alain affirme en outre que les ratissages effectués à Daloa par les soldats ont permis d’évaluer le degré de complicité ayant aidé les rebelles dans leur prise de la ville. «Des caches d’armes ont été découvertes dans des villas, des cours communes et dans des lieux censés normalement abriter des commerces» lit-on sur le document.

Daloa est considérée comme la capitale du cacao dont la Côte-d’Ivoire est le premier producteur mondial. La majorité de ses habitants appartiennent à l’ethnie dioula. Musulmans, ils sont considérés comme des immigrés venus du nord, ainsi que des pays voisins: Burkina-Faso et Mali. Le 17 octobre, leurs boutiques avaient été saccagées par des gendarmes ivoiriens. (apic/ibc/misna/bb)

22 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!