Le pays est en proie à la xénophobie

Côte d’Ivoire: Un émissaire de l’ONU tire la sonnette d’alarme

Abidjan, 24 février 2004 (Apic) L’ONU s’inquiète de la montée de la xénophobie en Côte d’Ivoire. Le rapporteur spécial de la Commission des droits de l’Homme sur le racisme, le Sénégalais Doudou Diène, a dénoncé «la tentation ethnique de l’Ivoirité, un facteur ethnique exploité de manière politique».

Lors d’une conférence organisée à l’issue d’une mission officielle, vendredi 20 février 2004, le rapporteur spécial de la Commission des droits de l’Homme sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, a affirmé qu»’il n’y a pas de tradition xénophobe en Côte- d’Ivoire». Mais, a-t-il dit, le pays est entré «dans une dynamique qui risque de l’y conduire tout droit». A ses yeux, il existe «des signes graves attestant de ce danger», comme le rapporte l’Agence de presse panafricaine (Pana).Il a ajouté qu’il y a un risque de voir exploser un jour le «cocktail infernal» de la tentation ethnique, «l’ivoirité». Un facteur ethnique lourd et exploité de manière politique.

Selon le rapporteur de l’ONU, «le processus d’enfermement identitaire est suscité par le sentiment de peur qui s’est installé dans de nombreuses communautés, à la suite des exactions et violences diverses qu’elles ont subies». Le sentiment d’insécurité, a également «été généré par la violence policière lors de certains contrôles».

Porter tel ou tel nom est devenu un danger

Il a expliqué que ce qui confortait autrefois les relations interethniques devient signe de conflit, citant les exemples du patronyme et du vêtement. «Dans le contexte actuel, le patronyme est devenu un danger pour celui qui le porte, tout comme le vêtement ou l’apparence extérieure». Il a ajouté: «Ce sont des signes gravissimes de xénophobie». De plus, a-t-il poursuivi, «l’irruption du religieux, souvent amalgamé de façon réductrice avec l’ethnie», accentue cet enfermement identitaire. Le rapporteur spécial de la Commission des droits de l’Homme sur le racisme de l’ONU a aussi déploré «l’impunité pour les actes xénophobes ou discriminatoires».

Durant sa mission en Côte-d’Ivoire, Doudou Diène a rencontré de nombreuses personnalités de l’Etat, des hommes politiques et de la société civile, ainsi que la presse et les représentants de plusieurs communautés ethniques ou étrangères. Il s’est ainsi rendu en particulier à Gagnoa (environ 400 km dans l’Ouest) et à Bouaké (Nord). Gagnoa, a été secouée en novembre et décembre derniers par de sanglants affrontements intercommunautaires. Bouaké est le quartier général des Forces Nouvelles, ex-rebelles.

Depuis 1999, la Côte-d’Ivoire est confrontée à des troubles politiques, aggravés avec l’introduction du concept d’»l’ivoirité» de l’ex-président Henry Konan Bédié, visant à privilégier les nationaux au détriment des étrangers, même installés dans le pays depuis des générations. (apic/ibc/vb)

24 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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