Cracovie: Le pape dénonce la «fausse idéologie de liberté» devant 2 millions de personnes
Jean Paul II béatifie quatre Polonais
De notre envoyé spécial Antoine Soubrier
Cracovie, 18 août 2002 (APIC) Plus de 2 millions de personnes se sont rassemblées autour de Jean Paul II, dans la matinée du 18 août 2002 à l’occasion de la messe de béatification de quatre Polonais, célébrée en plein air dans la banlieue de Cracovie. Sous un soleil caniculaire, les fidèles ont attentivement suivi une longue cérémonie particulièrement marquée par l’émotion, à la veille du retour du souverain pontife à Rome. Au cours de son homélie, Jean Paul II a dénoncé la présence de «forces guidées par une fausse idéologie de liberté», en Pologne. A l’issue de la messe, le pape a quitté ses compatriotes en leur disant «à bientôt».
L’immense place Blonie, située à trois kilomètres du centre historique de Cracovie, était archicomble. Sur un terrain de un kilomètre de long sur 400 mètres de large, 2,2 millions de personnes s’étaient entassées pour suivre l’événement clé du voyage de Jean Paul II dans son pays natal, qui doit s’achever le 19 août.
La foule de gens, vêtus souvent de manière très simple dans un pays où la situation économique et sociale est une des plus difficiles d’Europe, était particulièrement recueillie. De longs temps de silence ont marqué les quelque 2h30 de messe. De temps à autre, lors de l’arrivée du pape ou lorsque ce dernier prononçait une parole forte, les Polonais laissaient éclater une joie retenue marquée par l’émotion. De nombreux participants étaient arrivés sur place la veille. D’autres ont préféré arriver tout au long de la nuit, formant une file ininterrompue de pèlerins venant principalement de Cracovie, mais aussi de toute la Pologne.
Il n’y avait pas que des polonais
Des fidèles d’autres pays étaient également présents à la cérémonie. Ainsi, des drapeaux russes, ukrainiens, lituaniens, slovaques, mais aussi américains, anglais, français et allemands, flottaient au milieu d’une merde drapeaux rouge et blanc de la Pologne et jaune et blanc du Vatican. Parmi les personnalités remarquées, étaient présentes notamment le président polonais Alexander Kwasniewski, son premier ministre Leszek Miller, Lech Walesa, ancien leader du célèbre syndicat ’Solidarnosc’, ou encore la mère du père Jerzy Popieluszko, prêtre polonais considéré aujourd’hui comme une figure nationale. Ce dernier avait été enlevé par les forces de la Sûreté polonaise, le 19 octobre 1984 alors qu¹il quittait Bydgoszcz, à cause de ses prises de position ouvertes contre le régime communiste. Il avait été assassiné quelques jours plus tard.
Quatre béatifications
La cérémonie a alors commencé par le rite de béatification de quatre bienheureux polonais. Il s’agit de Mgr Zygmunt Szczesny Felinski (1822- 1895), ancien archevêque de Varsovie qui fut exilé par le tsar en 1863 pour s’être opposé ouvertement au régime, du père Jan Balicki (1869-1948), curé de paroisse et professeur de théologie, du père Jan Beyzym (1850-1912), jésuite qui parti comme missionnaire à Madagascar, ainsi que de Soeur Sancja Szymkowiak (1910-1942), fondatrice de la Congrégation des Filles de la Vierge des Douleurs. Avec cette cérémonie, Jean Paul II aura ainsi béatifié 1294 serviteurs de Dieu en 23 ans de pontificat.
Après la lecture d’un bref résumé de la vie de chacun d’entre eux, le portrait officiel des nouveaux bienheureux a été dévoilé. «Même s’ils ont vécu à des époques différentes et qu’ils ont eu des expériences personnelles différentes, a alors déclaré Jean Paul II, leur dévotion à la cause de la miséricorde les unit». Ces béatifications illustraient ainsi le thème de la neuvième visite du pape polonais dans son pays, «Dieu, riche en miséricorde». Revenant sur ce thème au cours de son homélie, le souverain pontife a insisté sur l’urgence d’appliquer cette miséricorde dans la société actuelle. «Elle nous a été donnée et nous ne devons pas la laisser dans l’oubli», a-t-il lancé. Il a alors lui-même exprimé sa proximité avec ceux qui souffrent, qui sont malades, qui éprouvent de nombreuses difficultés, les chômeurs, les sans-abris, les personnes âgées et seules, ainsi qu’avec les familles nombreuses.
Dénonciation des maux du libéralisme et du matérialisme
«Dieu a choisi notre époque» pour que «nous soyons témoins de la miséricorde», a ajouté Jean Paul II, expliquant que c’est «peut-être parce que le 20ème siècle, au-delà de succès indiscutables dans de nombreux domaines, a été marqué de manière particulière par le ’mystère du mal’». Il a alors mis en garde l’humanité contre l’apparition «de dangers jusqu’alors insoupçonnés» si l’homme continue «à vivre comme si Dieu n’existait pas», et à vouloir «se mettre à sa place». Citant notamment les «atteintes à la famille» à travers les manipulations génétiques ou la volonté «de déterminer les limites de la mort», le pape a en outre dénoncé la «tentation de faire taire la voix de Dieu».
Rappelant enfin la figure de Mgr Felinski, «qui s’est engagé dans la défense de la liberté nationale», Jean Paul II l’a proposée en exemple «nécessaire et opportun» dans la vie sociale et politique de la Pologne, de l’Europe et du monde. «Cela est nécessaire encore aujourd’hui, alors que des forces, souvent guidées par une fausse idéologie de liberté, cherchent à s’approprier notre territoire, a-t-il expliqué. Quand une propagande de libéralisme, de liberté sans vérité ni responsabilité s’intensifie, les pasteurs de l’Eglise ne peuvent pas ne pas annoncer l’unique et infaillible philosophie de la liberté qui est la vérité de la croix du Christ», a-t-il conclu. «C’est justement pour cela que le Christ, par l’intermédiaire de Soeur Faustine, est apparu à notre époque pour indiquer clairement la source de soulagement et d’espérance qui se trouve dans l’éternelle miséricorde». A la fin de l’homélie qui a duré près de 40 minutes, lue entièrement par Jean Paul II d’une voix forte, celui-ci s’est excusé en remerciant les Polonais «pour leur patience». «Nous sommes là pour t’entendre !», ont alors scandé les fidèles en guise de réponse, avant que la cérémonie se poursuive normalement.
A l’issue de la messe, après la récitation de la prière de l’Angélus, le vieux pape polonais a semblé avoir du mal à quitter ses compatriotes, écoutant les chants qui lui étaient dédiés. Après l’un d’entre eux «Je laisse ma barque pour partir avec toi, mon Dieu» -, il a pris la parole en improvisant, rappelant que c’est le même chant qu’il avait en tête au moment de son départ de Cracovie il y a 23 ans, alors qu’il allait prendre possession du Siège de Pierre à Rome. «Merci beaucoup», a-t-il lancé. «Merci et au revoir ! J’aimerais en effet vous dire à bientôt !», a conclu Jean Paul II, précisant que ce désir «est entre les mains de Dieu». Quelques instants plus tard, alors que le pape quittait la place en papamobile, la foule s’est mise à scander «Nous t’attendons». (sh)
Encadré
Un pape source d’espoir pour ses compatriotes: témoignages
Bogdan Traczyk, maire de Bielsko-Biala, une petite ville située à 100 kilomètres à l’Est de Cracovie, est venu en voiture avec sa femme et ses deux enfants «pour voir le pape». «Nous avons fait une partie du chemin à pied, car il était impossible de se garer dans Cracovie», a-t-il expliqué à I.MEDIA. «C’est une joie pour nous que de pouvoir venir ici voir le pape, surtout en ces moments difficiles pour beaucoup de Polonais», a-t-il ajouté en faisant allusion au fort taux de chômage (entre 14% et 17%) que subit le pays. «Je suis persuadé que le renouveau de la Pologne est possible et que la présence du pape aujourd’hui aura des conséquences positives, comme en ont eues chacune de ses précédentes visites».
Quant à Lilia, mère de famille de 40 ans, elle s’est retrouvée seule à quelques dizaines de mètres du podium. «Mes enfants n’ont pas pu me suivre et ont dû rester en arrière», a-t-elle déploré, toutefois visiblement émue d’avoir pu se rapprocher autant de Jean Paul II. «Les voyages du pape dans son pays sont à chaque fois l’occasion pour nous de reprendre courage», a-t- elle expliqué. «Même si nous le voyons de plus en plus fatigué et malade, sa volonté de poursuivre sa mission nous incite à avancer malgré les difficultés». Cette enseignante à l’Université de Cracovie s’est alors souvenue avec émotion du jour où elle apprit la nomination de son archevêque, Karol Wojtyla, sur le Siège de Pierre, en octobre 1978. (sh)
Encadré
Une alerte à la bombe
Pour assurer la sécurité de la foule présente sur la place Blonie, 8000 policiers avaient été détachés, ainsi que 20’000 personnes chargées de les soutenir. Mis à part de nombreux cas d’insolation, aucun problème important n’a été à déplorer. Une alerte à la bombe, à proximité de l’archevêché où logeait le pape, a cependant créé un mouvement de panique parmi les journalistes, au cours de la messe. Elle s’est toutefois rapidement avérée être fausse. (apic/imedia/sh)



