Afrique du Sud: Mgr Tutu contre une nouvelle loi sur les médias

Crainte d’apartheid

Le Cap, 24 août 2010 (Apic) L’archevêque anglican Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel de la paix, et le cardinal catholique romain Wilfrid Napier font partie des plusieurs centaines de personnalités sud-africaines qui appellent leurs compatriotes à s’opposer à une proposition de loi sur les médias qui, selon ses détracteurs, s’apparente à la législation d’apartheid.

Dans un discours improvisé, prononcé le 18 août à l’Institut pour la démocratie au Cap, l’archevêque Tutu, qui a prévu de se retirer de la vie publique en octobre, a exhorté les Sud-Africains à lutter pour la liberté de la presse en mobilisant l’esprit qui a fait de la coupe du monde de football 2010 un succès.

Evoquant la compétition organisée par la FIFA en Afrique du Sud et qui s’est terminée en juillet, l’archevêque Tutu a déclaré: «Nous sommes euphoriques, ou nous étions euphoriques. Nous étions sur la même longueur d’ondes.»

Il a poursuivi: «Pourquoi ne nous mettons-nous pas sur la même longueur d’ondes en matière de médias? Ce que je veux dire, c’est que cela doit être étrange de penser que des gens qui étaient ensemble, qui allaient vers un même objectif, puisse se trouver opposés les uns aux autres, qu’on puisse mettre entre eux quelque chose que presque tout le monde rejette.»

L’archevêque Tutu a mis en demeure les opposants aux nouvelles propositions de contrôle des médias mises en avant par le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), de résister. Ainsi a-t-il déclaré: «C’est votre pays, et il va devenir ce que vous le laissez devenir.»

Le cardinal Napier, archevêque catholique de Durban, qui, comme Desmond Tutu, était un éminent pourfendeur de l’apartheid, s’est également exprimé contre la proposition de loi présentée par l’ANC sur «la protection de l’information» et la création d’un tribunal des médias.

Contre le népotisme

«Il est difficile d’imaginer comment une personne, un groupe ou une organisation qui, il y a quelques années seulement, militait avec tant de ferveur pour la mise au jour de tous les cas d’injustice, de corruption, de favoritisme et de népotisme, puisse en si peu de temps appeler à l’établissement d’une législation conçue pour empêcher l’évocation même ces maux-là», a déclaré le cardinal Napier le 19 août.

L’archevêque faisait partie des centaines de lecteurs, universitaires et militants qui ont fait parvenir des courriels, des faxes et des sms au quotidien de Durban The Mercury en soutien à sa campagne d’opposition à la proposition de loi.

«Seule une mémoire extrêmement courte ou une conscience rongée par la culpabilité peuvent amener une personne ayant souffert sous l’ancien régime à changer si rapidement, à passer de l’opposition au soutien à une conduite aussi antidémocratique», a déclaré le cardinal Napier, qui est également à la tête de la Conférence épiscopale de l’Afrique australe.

Dans un appel adressé au président sud-africain Jacob Zuma, le cardinal Napier a lancé: «De grâce, ne laissez pas notre pays se faire entraîner dans le discrédit aussi peu de temps après la merveilleuse image d’unité et de solidarité que l’Afrique du Sud a présentée à la planète pendant la coupe du monde.»

Le Parti démocrate chrétien africain (ACDP) a affirmé que cette proposition de loi aurait un impact négatif sur l’accès à l’information. Steve Swart, député de l’ACDP et porte-parole pour les questions de justice, a déclaré au correspondant d’ENInews le 20 août que la proposition de loi va à l’encontre de la Constitution et qu’elle restreindrait considérablement le droit à la liberté d’information.

«On peut légitimement formuler des plaintes à l’encontre des médias, mais notre mot d’ordre est: ’Dénonçons les faiblesses du système actuel de médiation et remédions-y’,» a expliqué Steve Swart. (apic/eni/js)

24 août 2010 | 17:41
par webmaster@kath.ch
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