Sri Lanka: L’Eglise s’inquiète de la proximité de l’élection présidentielle avec la visite du pape
Craintes de violences dans le cadre du scrutin
Colombo, 28 novembre 2014 (Apic) L’Eglise catholique au Sri Lanka ne cache pas son inquiétude concernant la proximité de l’élection présidentielle, le 8 janvier prochain, avec la visite du pape François dans le pays, du 13 au 15 janvier. A la lumière de ce qui s’est passé lors des précédents scrutins électoraux, les évêques craignent des violences pré- et post-électorales.
Les prélats redoutent également une utilisation de la visite papale à des fins électoralistes, rapporte Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. L’actualité de ces derniers jours leur donne raison sur ce point: des affiches électorales montrant le pape François accueillant le président Rajapaksa lors de sa récente visite au Vatican sont en effet apparues dans plusieurs villes du pays, y compris à Colombo sur le portail d’églises catholiques. Des organisations de la société civile ont demandé le retrait immédiat de ces affiches et les évêques ont fait de même. Mgr Raymond Wickramasinghe, président de la Commission nationale pour les Communications sociales au sein de la Conférence épiscopale, a déclaré le 23 novembre: «Nous demandons instamment au gouvernement et à tous les partis politiques de s’abstenir d’utiliser la venue du pape dans leurs campagnes politiques.»
Les catholiques représentent quelque 7 à 8% des 20 millions de Sri Lankais et le président sortant, Mahinda Rajapaksa, qui brigue un troisième mandat, ne néglige aucun électeur potentiel. Sorti affaibli des élections provinciales de septembre dernier, son éventuelle réélection est loin d’être acquise.
Date des élections choisie par des astrologues
Elu une première fois en 2005, réélu en 2010, Mahinda Rajapaksa a modifié la Constitution afin de pouvoir se présenter une troisième fois devant les électeurs, la Loi fondamentale limitant auparavant à deux mandats consécutifs l’exercice de la présidence. Dirigeant le pays d’une main de fer, le président a convoqué cette nouvelle élection présidentielle en resserrant au maximum les délais autorisés par la loi électorale et il a fixé la date du scrutin au jeudi 8 janvier 2015, date auspicieuse selon ses astrologues.
Pour les responsables de l’Eglise locale, le choix d’une telle date pose problème. La visite papale était en effet programmée depuis de nombreux mois. Alors que la rumeur enflait d’un possible scrutin présidentiel anticipé, les évêques avaient indiqué à la présidence que selon l’usage en cours au Vatican, le pape ne se rend pas en visite dans un pays un mois avant et un mois après une élection majeure.
Instrumentalisation de la visite
Des évêques reprochent au président Rajapaksa de ne pas avoir tenu parole, rapporte EdA. Le président avait en effet assuré aux responsables de l’Eglise que la visite du pape François ne se déroulerait pas dans un contexte électoral. Les prélats estiment que le Saint-Siège aurait dû immédiatement reporter ou annuler le voyage.
Selon un éditorialiste du journal sri lankais Sunday Times, le président Rajapaksa peut être tenté d’instrumentaliser la visite du pape pour montrer à son peuple et à la communauté internationale qu’il n’est pas isolé et qu’il compte encore au rang des leaders fréquentables. Il lui incombe toutefois également d’assurer que la visite du pape se passe sans difficulté ni violence, souligne le journaliste.
Depuis le 21 novembre, cinq incidents violents avec usage d’armes à feu ou d’armes tranchantes ont été recensés, mettant aux prises des partisans du président sortant et des partisans du principal candidat de l’opposition, Maithripala Sirisena. (apic/eda/rz)



