Crans-Montana: les catholiques romands vivent le deuil
L’incendie qui a fait 40 morts et 119 blessés, le 1er janvier 2026 à Crans-Montana, a profondément choqué et attristé la population, en Suisse et au-delà. Personnellement touchés ou non, des catholiques de Suisse romande témoignent de leur solidarité à travers leurs paroles ou actions symboliques.
«Lors de tels événements, on se rend compte de l’importance de la foi et de la présence de Dieu dans nos vies», confie Yves Crettaz à cath.ch. S’il ne connaît pas personnellement de personnes décédées à Crans-Montana, le jeune Valaisan engagé en Église a des liens avec des proches de victimes, disparues ou blessées. «Le Valais, c’est petit, finalement, et tout le monde se connaît.»
Lui-même a été «atterré» par la catastrophe qui a coûté la vie à plus de 40 personnes et fait plus d’une centaine de blessés, souvent graves. «Cela s’est passé dans des lieux que l’on connaît, dans lesquels on a pu se rendre une fois ou l’autre, donc il y a une sidération et un choc immenses chez les jeunes de la région. De penser que l’on peut juste aller fêter le Nouvel An dans un bar et ne pas revenir, cela rend l’idée de la mort plus proche et désécurise beaucoup. Face à cela, des questions existentielles surviennent.»
L’Église, force de rassemblement
Dans ces circonstances, l’Église reste un point de repère important, surtout en Valais, estime Yves Crettaz. «L’Église bénéficie encore d’un grand respect dans la population et elle a la capacité d’être une force de rassemblement, un lieu où l’on peut venir déposer toutes ces questions, souvent lourdes.»
Le laïc tient à souligner à quel point les autorités ecclésiales ont rempli leur rôle dans cette tragédie. «L’Église en Valais et l’évêché de Sion ont très bien réagi. Ils se sont tout de suite mis à l’écoute, à disposition de la population. Ils ont été bien présents sans toutefois se mettre en avant. J’ai apprécié notamment que le diocèse communique immédiatement sur la tragédie aux agents pastoraux.»
Il a été aussi été touché par l’émotion visible de Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion. «Je trouve très bien qu’il ait accepté de passer dans les médias. Il a montré ainsi le visage d’une Église sincère et proche des gens.»
Mobilisations spontanées
Le jeune Valaisan souligne aussi la participation de personnalités protestantes à la messe d’hommage du dimanche 4 janvier à Crans-Montana. «Cétait très beau de voir les Églises rassemblées à cette occasion. Cela m’a semblé un exemple assez frappant que les chrétiens peuvent retrouver une unité signifiante dans les moments cruciaux.»
Yves Crettaz note également les nombreuses petites initiatives, «officielles» ou privées, mises en place dans les paroisses, notamment des veillées de prière. Il mentionne une dame de la paroisse de Chalais qui a mobilisé spontanément d’autres paroissiens pour un chapelet dans sa maison.
Déposer sa peine
Bien d’autres démarches ont fleuri dans le canton en hommage aux victimes, confirme Aline Jacquier, de la pastorale pour la jeunesse du diocèse de Sion. Le groupe de jeunes catholiques «T’as où la foi», dont elle est membre, a entre autres proposé, à l’église du Sacré-Cœur de Sion, deux temps de prière, le dimanche 4 janvier. Les fidèles étaient invités à déposer ou écrire sur place un petit texte. «Il y a usuellement une messe animée par les jeunes, le dimanche soir. Nous en avons profité pour rendre hommage aux victimes. Et une centaine de personnes sont passées, dont de nombreux jeunes. C’est passablement plus que d’habitude», relève l’agente pastorale.
Elle note aussi la mise en place d’un temps ‘d’écoute-prière-consolation’ à la chapelle de Vérolliez, près de Saint-Maurice, le samedi soir qui a suivi le drame.
Aline Jacquier souligne en outre la venue réconfortante de Mgr Alain de Raemy, évêque des jeunes, à la messe du dimanche soir à Sion.
Semer des grains d’espérance
Les aumôneries, en collaboration avec les paroisses catholiques et l’Église protestante en Valais proposent, le vendredi 9 janvier, un lieu ouvert de rassemblement et d’espérance au cœur de la ville de Sion, «pour choisir la vie, ensemble», indique un communiqué. L’église du Sacré-Cœur à Sion sera ouverte ce jour-là de 14h15 à 19h.
«Il s’agit simplement d’un lieu de passage, libre et accueillant, assure le texte. Chacune et chacun peut venir seul·e, entre amis ou en groupe, entrer quelques minutes ou rester plus longtemps, écouter la musique, se recueillir, déposer une fleur, semer des grains d’espérance, puis repartir à son rythme.»
Aline Jacquier relève, de manière générale, le grand élan de mobilisation dans les milieux ecclésiastiques et civils du canton. Les aumôniers et médiateurs des collèges du canton se sont notamment réunis pour gérer au mieux la communication du drame auprès des étudiants, dès la rentrée du 5 janvier.
«Au niveau de la pastorale diocésaine, nous avons communiqué notre disponibilité et informé sur les ressources de soutien psychologique et spirituel existantes. Nous avons aussi rappelé que, dans ces circonstances, il ne faut pas rester seul.» Le diocèse de Sion répertorie sur son site les divers lieux offrant des espaces de recueillement.
Se déconnecter un peu
Dès que la nouvelle a été annoncée, les membres de «T’as où la foi » ont tenté de savoir si des proches étaient concernés, ce qui n’était pas le cas. «Mais nous ne savons toujours pas si des personnes hospitalisées peuvent être des connaissances, donc l’angoisse est toujours présente», précise Aline Jacquier.

L’agente pastorale estime que les jeunes qu’elle a pu rencontrer font preuve de beaucoup de résilience. «Ils arrivent bien à parler de tout cela entre eux, avec sérénité et profondeur.»
Mais elle relève également à quel point la tragédie fait remonter des questions poignantes et difficiles. «Pourquoi Dieu permet-il la souffrance?», «Pourquoi certains sont-ils sauvés et pas d’autres?», sont notamment des interrogations qui reviennent souvent. «Pour avoir des réponses constructives, nous conseillons de s’adresser à des personnes fiables. Et nous appelons aussi les jeunes à se déconnecter un peu des réseaux sociaux où circulent des informations qui vont dans tous les sens et qui peuvent amener de la confusion. Plutôt que de rester dans des bulles d’algorithmes parfois anxiogènes, il est important de privilégier le contact humain.»
Vaud pleure ses jeunes
Si le Valais est concerné en premier lieu par le drame, des habitants d’autres cantons et pays sont décédés dans le bar Le Constellation de Crans-Montana, dont plusieurs jeunes du canton de Vaud.
Pour faire face à ce traumatisme, des catholiques se sont également mobilisés. Deux jeunes filles du groupe de jeunes catholiques ‘Cabana’, à St-Prex, près de Lausanne, ont lancé une chaîne de prière sur la messagerie Whatsapp, regroupant plus de 150 personnes.
«Avec une amie, nous avons eu l’idée de créer cette chaîne sur le modèle de ce qui avait été fait pendant la pandémie de Covid», explique Maëlle à cath.ch. La jeune fille de 16 ans a appris suite au lancement de la démarche qu’une de ses connaissances était décédée à Crans-Montana. «Quand ce genre de choses arrivent, on se sent souvent impuissants. Ces petits gestes permettent de se sentir utiles. Nous sommes persuadées que la prière peut accomplir de très belles choses.»
Le choix d’un élan d’amour
Dans le canton de Vaud, le collège privé de Champittet, à Pully, a été particulièrement touché. Trois élèves et quatre anciens étudiants de l’établissement ont perdu la vie dans l’incendie. Le mercredi 7 janvier, une cérémonie multiconfessionnelle s’est tenue en leur mémoire et en soutien aux familles dans la chapelle de l’école. «Pour la jeunesse qui se soigne et s’en sortira: vous avez le choix de prendre de l’élan, l’élan d’amour, de joie, pour le saut merveilleux de la vie», a notamment lancé le grand frère de l’un des disparus, relayé par le quotidien Le Temps.
Une délégation d’élèves de 12e année de Champittet se rendra à Martigny, le vendredi 9 janvier, pour participer à la cérémonie commémorative organisée par la Confédération et le canton du Valais.
Une solidarité incroyable
L’est lausannois a également payé un très fort tribut, plusieurs jeunes de la région figurant parmi les victimes, décédées ou grièvement blessées. Une cérémonie religieuse a eu lieu au temple de Lutry le 3 janvier, à l’initiative de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) en collaboration avec l’Église catholique. Environ 1500 personnes y ont participé. «Le silence était un aspect central de cette cérémonie, explique à cath.ch un responsable de la paroisse catholique St-Martin de Lutry et Paudex. Alors que les gens sont saturés d’information, le but était de créer un espace paisible, permettant la méditation, où l’on peut se laisser décentrer et laisser une espérance surgir.»
D’autres célébrations se sont déroulées entre temps et de nouvelles sont prévues dans les jours et semaines à venir dans la région de Lutry. Toujours dans une collaboration œcuménique. «C’est très beau de pouvoir porter tout cela ensemble, affirme le responsable catholique. Que ce soit entre les Églises ou les personnes, la solidarité est incroyable.» (cath.ch/com/ag/rz)
Des dizaines de personnes seraient décédées dans un incendie qui a ravagé un bar de Crans-Montana (VS) dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026.




