La Suisse au banc des accusées

Crimes de l’apartheid en Afrique du Sud: le temps des réparations est venu !

Berne, 10 février 1999 (APIC) La Suisse par ses banques et ses entreprises a été l’un des principaux soutiens au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Une trentaine d’ONG sud-africaines, suisses, allemandes et britanniques dénoncent dans un rapport présenté mercredi à la presse à Genève le liens étroits qui ont unis les deux pays au plus fort de l’apartheid. Aujourd’hui les victimes de la ségrégation raciale exigent réparation et réclament en particulier l’abolition de la dette.

A fin 1993 le montant de la dette sud-africaine envers la Suisse se montait à environ 4 milliards de francs. Il est injuste et absurde d’exiger que les populations concernées remboursent des crédits qui ont contribué à les opprimer.

Entre 1985 et 1989, lorsque le régime totalitaire d’Afrique du Sud durcissait sa politique de répression, le rôle de la Suisse dans le financement du régime s’est accru par rapport à d’autres pays. Les banques suisses ont en effet toujours refusé de participer aux sanctions internationales contre l’apartheid.

Pour la première fois une étude détaillée permet de chiffrer la participation de la Suisse au régime d’apartheid. L’évaluation du montant et de la structure de la dette héritée de l’apartheid en Afrique du Sud n’est pas une mince affaire. Sur la base de recherches en cours on peut toutefois mettre en évidence quelques données. Selon une étude de l’économiste Mascha Madörin (Action Place Financière Suisse), en 1993, la dette extérieure sud-africaine se montait à 25,5 milliards de dollars (21,6% du PIB). En 1996, elle s’élevait à 32,927 milliards de dollars, soit 26,1% du PIB.

A fin 1993, à la veille de l’abolition de l’apartheid, la Suisse détenait 17,47% de l’ensemble des engagements extérieurs sud-africaines soit 12,34 milliards de rands (4,11 milliards de francs). Or aujourd’hui l’Afrique du Sud débourse chaque année plus de 2 milliards de dollars pour les intérêts de sa dette, soit trois fois plus que les fonds prévus pour l’indemnisation des victimes de l’apartheid.

Les victimes ne doivent pas être spoliées une nouvelle fois

Pour la Coalition des organisations non-gouvernementales sud-africaines (SANGOCO), «les prêts et les crédits accordés au régime de l’apartheid étaient illégitimes, étant donné que ce régime tombait sous le coup de sanctions internationales. L’Afrique du Sud démocratique ne saurait donc être tenue pour responsable de leur remboursement aujourd’hui «. Et  » les prêts consentis du temps de l’apartheid qui ont déjà été remboursés le furent sur le dos de la population qui a souffert de ce système, cet argent doit donc être restitué».

Le gouvernement suisse accepte de participer

Les propositions de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) constituent une première base pour entamer une démarche de restitution et de réparation. Un fonds spécial, le  » President’s Fund «, a été créé au début de 1997. Ce fonds devrait être alimenté par des fonds publics, mais aussi par des contributions «de tous ceux qui ont profité du régime de l’apartheid «. Les entreprises nationales et multinationales, les institutions financières, tout comme les personnes privées qui, en Afrique du Sud et à l’étranger, ont profité de l’apartheid sont invitées à participer à cet effort de restitution. Le gouvernement suisse, qui dès le départ a apporté un soutien technique au travail de la TRC, a d’ores et déjà annoncé une contribution de 500’000 francs au fonds de réparation (1,5 million de Rands). Mais les autorités suisses ne sont pas les seules en jeu. Ce sont les milieux privés qui sont les principaux concernés. L’UBS, en particulier, qui détient la plus grande part des créances suisses envers le gouvernement sud-africain. (apic/mp)

10 février 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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