Chili: Le nouvel archevêque de Santiago devra regagner la confiance des fidèles
Crise de crédibilité après les scandales d’abus sexuels
Santiago du Chili, 17 décembre 2010 (Apic) Le nouvel archevêque de Santiago et nouveau président de la Conférence Episcopale chilienne, Mgr Ricardo Ezzati, devra jouer de ses qualités d’écoute et de dialogue pour regagner la confiance des fidèles et affronter la crise de crédibilité de l’Eglise après les scandales d’abus sexuels.
«La tâche qui attend les nouvelles autorités ecclésiastiques est très ardue», résume avec franchise Antonio Delfau, jésuite et directeur de la revue catholique Mensaje. Car «les accusations d’abus sexuels qui pèsent sur des prêtres ici et la gestion de cette crise ont provoqué un grand dommage à l’Eglise».
Au Chili, pays latino-américain majoritairement catholique (70%), l’année 2010 a été marquée par la révélation de nombreux scandales d’abus sexuels. Le cas du Père Fernando Karadima, ancien prêtre d’un quartier aisé de Santiago et formateur de nombreux évêques, accusé d’abus sexuels sur plusieurs mineurs et durant de nombreuses années, a particulièrement choqué l’opinion publique. «Avec l’affaire Karadima, l’église a reçu un coup énorme», confirme Marcial Sánchez, historien catholique et auteur d’un ouvrage sur l’Histoire de l’Eglise chilienne.
En novembre, le baromètre latino-américain du Centre d’Etudes de la Réalité Contemporaine, CERC, repris par la presse locale, fait état de cette crise de confiance et perte de crédibilité de l’Eglise. A l’automne 2010, seuls 34% des Chiliens déclarent avoir confiance en l’Eglise, contre 53% en avril 2009. De même, selon l’étude du CERC, en 2010, 38% des Chiliens considèrent l’influence de l’église catholique comme «bénéfique», contre 30% qui la jugent néfaste. Des chiffres en berne, par rapport à 2002 où ils atteignaient respectivement 47% et 18%.
La gestion de la crise a été «malheureuse»
Pour Antonio Delfau, «quelque soient les résultats des enquêtes pénale et ecclésiastique en cours contre Karadima», la gestion de la crise a été «malheureuse». «Nous catholiques, nous sommes sentis confus, nous ne savions pas quoi penser, nous avons reçus des messages contradictoires, équivoques. Nous avons vu des autorités ecclésiastiques fuyant les médias, produisant la perplexité de ceux qui sont en dehors de l’église et la confusion parmi les catholiques.»
Révélée en avril, l’affaire Karadima n’a provoqué la réaction publique de l’Eglise qu’en juin, lorsque l’actuel archevêque de Santiago, Francisco Javier Errázuriz, a demandé au Vatican l’ouverture d’un procès canonique contre le prélat. Monseigneur Ezzati, nouveau chef de l’Eglise chilienne, devra donc faire preuve de plus de diligence et de transparence.
«A l’avenir, l’Eglise devra être plus proactive, en phase avec son époque et apprendre à écouter et observer davantage», tranche l’historien Marcial Sánchez. La nomination de Mgr Ricardo Ezzati, salésien de 68 ans, reconnu pour ses qualités d’écoute et de dialogue, semble aller dans ce sens. Décrit comme proche de ses paroissiens, l’actuel évêque de Concepción s’est illustré comme médiateur dans plusieurs conflits sociaux d’envergure nationale, notamment dans le bras de fer qui a opposé, cette année, l’Etat chilien à une trentaine de prisonniers Mapuche en grève de la faim. A l’annonce officielle de sa nomination le 15 décembre, Mgr Ezzati n’a pas fui les médias. Il s’est exprimé sur les défis qu’il devra affronter et notamment sur les accusations d’abus sexuels: «Mon attitude est très clairement celle de n’accepter aucun abus parce qu’en plus d’être un péché grave aux yeux de Dieu, cela constitue aussi un crime devant la société.» A la radio chilienne, le nouvel archevêque a aussi appelé les fidèles de Santiago à retrouver la sérénité. «Marchons avec confiance», a-t-il déclaré. (apic/lg/bb)



