Sénégal: Des députés et ONG appellent au respect de la laïcité et des religions du pays
Critiques sévères contre le président Abdoulaye Wade
Dakar, 3 janvier 2010 (Apic) Des députés et des Organisations non gouvernementales (ONG) du Sénégal ont invité les hommes politiques du pays à davantage de «sérénité et de vigilance». Ils ont dénoncé «l’instrumentalisation politique» de la religion et ne veulent plus voir dans le pays, le genre d’incidents qui ont eu lieu entre le 5 et 28 décembre 2009, entre le président Abdoulaye Wade et l’Eglise catholique.
Dans le premier cas, des propos «tronqués» du chef de l’Etat suggéraient qu’il a traité les catholiques «d’ingrats» envers lui. Dans le second cas, une déclaration «mal interprétée», selon lui, indiquait qu’il reproche aux catholiques de pratiquer dans leurs églises, le culte de statues, en priant Jésus qui n’est pas Dieu. Ces différents incidents ont mis en colère les catholiques, et poussant le cardinal Théodore-Adrien Sarr à taper du poing sur la table contre le président Abdoulaye Wade, fait inhabituel dans ce pays où les relations sont plutôt harmonieuses. Des députés de l’opposition ont invité les acteurs politiques, la société civile et les citoyens, à faire preuve de «plus sérénité et d’une vigilance infaillible» pour le triomphe de «la marche vers un Sénégal émergent».
L’Eglise catholique s’est sentie «meurtrie et bafouée dans sa foi»
Dans un communiqué, diffusé par l’Agence de presse sénégalaise (APS), ils ont précisé qu’ils réagissent à la crise entre le président Wade et l’Eglise catholique qui s’est sentie «meurtrie et bafouée dans sa foi» par les propos du président Wade.
Dans leur texte co-signé, les députés Ndéye Fatou Touré, Mously Diakhaté, Mbaye Niang et Ousmane Sow Huchard, membres de différents partis de l’opposition au parlement, ont lancé un appel solennel à toutes les composantes de la nation sénégalaise «pour que rien ne puisse ébranler ses fondements socio-culturels et religieux, qui ont toujours fait du Sénégal un modèle de démocratie et de stabilité».
Selon eux, les déclarations et actes du président de la République ne sauraient détourner les Sénégalais de l’essentiel qui doit notamment consister à «renforcer la mobilisation des acteurs patriotes et démocratiques». De même, ils estiment qu’il faut «faire face, par tous les moyens appropriés, à toutes velléités de caporalisation et déstabilisation de nos institutions républicaines et religieuses pour s’éterniser au pouvoir».
Critiques des ONG
Pour leur part, la section sénégalaise d’Amnesty International (AI), l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO) se sont déclarées «très préoccupées par le débat passionnel et parfois violent» qui s’est installé dans le pays, avec comme toile de fond «l’instrumentalisation politique de la religion». Elles ont, en outre, considéré «que la construction du vouloir vivre- ensemble sénégalais est encore fragile» et que la nation sénégalaise, composée de musulmans, de chrétiens, de juifs et de non croyants, dépasse les clivages confessionnels, linguistiques et ethniques.
Tout en rappelant que cette diversité a toujours été gérée dans la tolérance, la paix et dans une harmonieuse cohabitation, elles ont mis en garde «ceux qui veulent brûler cette nation (sénégalaise) construite à la sueur des dignes fils musulmans, chrétiens et non croyants». En conclusion, elles ont invité les plus hautes autorités du Sénégal, à adopter «une posture plus distante et plus équilibrée vis-à-vis des confréries des confessions, et fondamentalement au respect de la laïcité de l’Etat. (apic/ibc/be)



