Croatie: Lettre pastorale des évêques à l’occasion de la visite du pape du 2 au 4 octobre Sous le signe du martyre
Zagreb, 17 septembre 1998 (APIC) Le martyr San Domnius, et la béatification du cardinal Stepinac, le 3 octobre prochain, sont au centre de la prochaine visite de Jean Paul II en Croatie, du 2 au 4 octobre 1998. «En visitant Split et Zagreb sous le signe de ces deux martyrs, le pape unira et consacrera toute l’histoire du martyre du christianisme de notre pays», écrivent les évêques dans la lettre pastorale en préparation à ce voyage.
Les deux martyrs représentent la profonde unité spirituelle et communautaire des Croates au long des siècles. Le thème choisi pour la visite -»Vous êtes mes témoins»- rappelle la nécessité d’un engagement personnel en regardant leur exemple.
Les évêques rappellent que c’est la deuxième visite de Jean Paul II en Croatie, la première remontant à 1994. Ils rappellent en même temps le lien étroit des Croates avec le Siège apostolique tout au long des siècles. «L’Archevêque Stepinac restera pour toujours, un témoin extraordinaire et un martyr de la fidélité du catholicisme croate au successeur de Pierre et au Saint-Siège. Quand les anciens Croates ont adhéré au christianisme, au temps des premiers établissements dans ces territoires, le Saint-Siège a été alors comme une mère qui les accueille dans l’étreinte affectueuse de l’Europe chrétienne. Elle fut non seulement maître de culture et promoteur de civilisation, mais aussi champion de leur survie et de leur identité, de leur Etat et de leur liberté dans un territoire qui est une croisée des chemins des grandes puissances mondiales».
Une grande partie de la lettre est consacrée à la figure du nouveau bienheureux, pour souligner les mérites qui l’ont rendu digne de parvenir à la gloire des autels. Le cardinal Stepinac a sacrifié sa propre vie pour conserver l’unité et l’orthodoxie, et il a intercédé en faveur de la liberté de toutes les religions; pour cela, il est un exemple pour tous les Croates, étant donné que, aujourd’hui encore l’Eglise est appelée et invitée de la même manière à promouvoir le christianisme et les valeurs humaines dans la vie publique et dans la société après l’écroulement du régime communiste et de son système économique.
Mgr Stepinac: fidèle jusqu’au bout
Cinquième des huit enfants d’une famille catholique, Alojzije Stepinac est né le 8 mai 1898 dans le village de Brezaric. Sa vocation mûrit au long de longues années de réflexion. En 1924, il étudie à l’Université grégorienne de Rome. Il est ordonné prêtre le 26 octobre 1930. En 1934, il est nommé archevêque coadjuteur de Zagreb: c’est alors le plus jeune évêque du monde. L’archevêque lui confie de grandes responsabilités qu’il assume avec élan et générosité, se consacrant tout particulièrement à l’animation pastorale des prêtres. En 1937, Mgr Stepinac devient archevêque de Zagreb et poursuit son œuvre dans tous les domaines de la vie ecclésiale.
Sous le régime des oustachis, la Croatie devient un Etat satellite de l’Allemagne nazie. Bien que farouchement attaché à l’indépendance croate, Mgr Stepinac demande, avec courage et fermeté, le respect des droits de tous les groupes persécutés. Les historiens estiment aujourd’hui que ses interventions permirent de sauver des milliers de Serbes, Juifs, tziganes et slovènes. A la fin de la guerre, en 1944, il publie avec les autres évêques une lettre pastorale pour défendre les droits du peuple croate. En mai 1945, la Croatie se trouve placée dans le cadre de la Yougoslavie sous domination communiste. Mgr Stepinac reste à son poste pour défendre les droits de l’Eglise et du peuple croate face aux pressions du gouvernement.
Arrêté une première fois le 17 mai 1945, il est relâché le 3 juin. En septembre 1945, une lettre des évêques catholiques de Yougoslavie demande la pleine liberté pour l’Eglise. Mgr Stepinac est a nouveau arrêté. Son procès se déroule en septembre 1946. Le 11 octobre, il est condamné à 16 ans de réclusion pour collaboration avec le régime oustachi.
Dès lors, il devient une figure emblématique de la résistance au communiste. En décembre 1951, il est mis en résidence surveillée dans sa paroisse d’origine, Krasic. Il est nommé cardinal par le pape Pie XII en janvier 1953. Mais il ne se rend pas à Rome, dans la crainte de ne plus pouvoir rentrer dans son pays. Malade pendant de longues années, Mgr Stepinac meurt le 10 février 1960. Son tombeau devient un lieu de pèlerinage pour les catholiques en Croatie. (apic/fides/ab)



