Cuba: Les évêques tirent les leçons de la visite du pape
Des signes d’un «nouvel Avent dans l’histoire de Cuba»
La Havane, 22 février 1998 (APIC) «La visite de Jean-Paul II a été un pas évident de Jésus-Christ dans notre histoire». C’’est sur cette phrase que s’ouvre un message que les évêques cubains adressent aux fidèles catholiques et à tout le peuple cubain au lendemain de la visite du pape (21-25 janvier). «Une visite riche de promesses pour tout le continent américain», soulignent encore les évêques.
L’épiscopat cubain ne doute pas que cette visite longtemps attendue et préparée par «un travail ardu de toute une année» produira des fruits spirituels abondants dans la vie de la nation». Accueilli dans toutes les régions du pays «comme un des nôtres», dans un climat de joie spontanée, le «pape missionnaire» a touché le coeur de tous les Cubains, des jeunes aussi bien que des aînés. Les évêques remercient tous ceux qui ont contribué au succès de ces journées splendides et inoubliables, des autorités, qui ont réservé au pape un accueil exquis, aux plus humbles travailleurs. «Les messages du pape ont ensemencé le coeur du peuple, souligne le message, car il ne s’est pas adressé aux seuls catholiques, mais à tous les Cubains.»
En lançant dès son arrivée: «N’ayez pas peur d’ouvrir vos coeurs au Christ !», le pape s’est fait messager de l’espérance, y compris pour ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ. «Les valeurs évangéliques ne sont pas une exclusivité des chrétiens et elles ne sont pas contraires à la nature de la personne humaine, mais lui donne au contraire sa dignité, affirment les évêques. C’est pourquoi l’Eglise ne fait pas de prosélytisme quand elle les prêche et les défend. Le message du Christ ne s’identifie non plus à aucun système politique ou économique, mais les interpelle d’un point de vue éthique à partir de l’Evangile.»
L’authentique révolution
Pour les évêques cubains, une première tâche s’impose au lendemain de la visite papale: une «conversion personnelle authentique, sans laquelle le véritable changement de société auquel l’homme aspire n’aura pas lieu». Et de citer la réflexion de Jean-Paul II, deux jours après son retour à Rome, rendant grâce à Dieu d’avoir pu lancer «précisément sur la place dédiée à la Révolution», à La Havane, un appel à «l’authentique révolution de l’amour de Dieu, qui libère l’homme du mal et de l’injustice et lui apporte la paix et la plénitude de la vie», une révolution «en profondeur, permanente et sainte, qui vaut pour tous les temps».
Le message insiste sur le «caractère social prononcé» des discours que le pape a prononcés à Cuba, où il a notamment plaidé en faveur de la justice à l’intérieur de chaque nation et dans les relations internationales, face au défi du «néolibéralisme capitaliste», en faveur de la liberté, et contre l’embargo «inacceptable» imposé à Cuba.
Un appel au dialogue et à la réconciliation
L’épiscopat cubain conclut en donnant les grandes lignes du programme pastoral qu’ils se fixent en préparation au troisième millénaire. L’Eglise doit «promouvoir l’homme cubain concret pour qu’il soit protagoniste de son histoire, en lui annonçant Jésus-Christ comme Celui qui peut les sauver. Elle le fera non dans une position hégémonique ou excluante, mais à partir des espaces suffisants et nécessaires pour le service intégral de nos frères. L’évangélisation, qui inclut la promotion de l’homme, se fera aussi en collaboration avec les autres confessions chrétiennes et dans un effort accru en vue d’un dialogue franc avec les organisations de l’Etat et les organisations autonomes de la société civile.
L’Eglise continuera d’éduquer au respect de la vie humaine, en dénonçant l’avortement et les mesures anti-natalistes, et de promouvoir l’institution familiale. Elle invitera les fidèles laïcs à vivre leur vocation pour apporter des solutions aux problèmes sociaux avec les autres personnes de bonne volonté, dans un esprit de réconciliation et de solidarité. Et elle «ne se lassera pas d’inviter ceux qui, pour diverses raisons, ont quitté la patrie, pour qu’ils se sentent fils de Cuba et collaborent sereinement et dans un esprit constructif et respectueux au progrès de la nation, que favorise un climat de dialogue positif et la compréhension réciproque». En prenant congé des dirigeants cubains, Jean-Paul II a souhaité «que Cuba s’ouvre au monde avec toutes ses magnifiques potentialités et que le monde s’ouvre à Cuba». Pour les évêques, la création d’un nouveau diocèse à Guantanamo-Baracoa, la bénédiction de la première pierre du nouveau séminaire, la libération de nombreux prisonniers, l’établissement de relations diplomatiques avec d’autres pays au lendemain de la visite du pape sont des signes qui invitent à la confiance et augurent bien de ce que le pape a appelé «un nouvel avent dans l’histoire de Cuba». (apic/cip/ba)




