«Cultures, jeunes et religions»: Un ouvrage publié sous la direction du professeur Campiche

Regard européen sur la jeunesse

Lausanne, 24 août 1997 (APIC) Sous le titre «Cultures, jeunes et religions», 22 sociologues suisses et étrangers sous la direction du professeur lausannois Roland Campiche publient un livre. L’ouvrage jette un regard européen sur la jeunesse, et met en lumière l’évolution des croyances et les rapports des jeunes avec les Institutions, à l’heure où s’achèvent à Paris les 12e Journées Mondiales de la Jeunesse.

Un constat, telle que proposée par les Eglises, la religion apparaît aux jeunes comme infantilisante. Elle requiert à leur yeux une soumission inconditionnelle… et ne suscite pas la discussion critique. En un mot, ils ne désirent pas devenir membre d’une institution, mais bien participer. A noter que les miracles continuent à faire recette auprès d’eux, tout comme la foi en la réincarnation et l’attrait pour les porte-bonheur, la voyance et les horoscopes.

Les jeunes des années 80, enfants de la génération de mai 68, connaissent-ils une nouvelle religiosité? La chute des points de repères et l’apparition de la précarité, du chômage et du sida ont-ils des répercussions sur les croyances des jeunes? C’est à ces questions que 22 sociologues ont tenté de répondre, rassemblant leurs observations effectuées dans les pays de l’Union européenne et en Suisse.

Paru sous la direction du professeur lausannois Roland J. Campiche, directeur de l’Institut d’éthique sociale, l’ouvrage met en lumière l’évolution des croyances qui s’éloignent des institutions religieuses et de leurs dogmes, et où les différentes dimensions de la religion (identitaire, éthique, culturelle et émotionnelle) semblent désarticulées les unes par rapport aux autres.

A l’heure où s’achèvent les Journées Mondiales de la Jeunesse, c’est une véritable somme de sociologie religieuse que le Cerf édite cet été (386 pages avec de nombreux tableaux et graphiques). Cet «outil» devrait apporter des enseignements tant aux responsables ecclésiastiques qu’aux enseignants et catéchètes, aux journalistes, voire aux politiciens soucieux du rôle de l’Etat quant au fait religieux.

L’appartenance à une religion

Il résulte d’approches diverses du phénomène religieux effectuées en Scandinavie – luthérienne -, dans les pays bi-confessionnels – Allemagne, Pays-Bas, Suisse -, dans les pays où l’Eglise catholique exerce un monopole historique – Autriche, Belgique, France, pays du sud de l’Europe – et enfin en Grande-Bretagne.

Les sociologues constatent que, si 68% des jeunes Européens considèrent qu’ils appartiennent à une religion, 44% se définissent comme «quelqu’un de religieux». Plus de la moitié croient en Dieu et un tiers estiment que la religion est importante. L’enquête révèle ainsi une fore différence par rapport aux personnes de plus de 60 ans, lesquelles se considèrent à 74% comme religieuses. 15% des jeunes ont une identité religieuse élevée, 50% plus ou moins élevée et 35% n’ont pas d’identité religieuse. 72% ont pourtant une éducation religieuse et 55% partagent les convictions de leurs parents.

Tout cela aboutit à une certaine diversité de religiosité: il y a le christianisme confessant (21%), dont les représentants sont les plus nombreux en Irlande, en Italie, en Autriche et en Suisse, le christianisme culturel ou identitaire (48%), bien représenté dans les pays scandinaves, et l’humanisme séculier, plutôt présent en Belgique, en France et en Allemagne.

Par ailleurs, on assiste entre 1981 et 1990 à un effritement du lien avec le christianisme, surtout en ce qui concerne la pratique dominicale ou l’engagement paroissial. Cette constatation est valable toutes catégories sociales confondues.

Pas de credo, mais de l’expérience!

Mais que sont devenues les croyances des jeunes Européens? Durant la dernière décennie, le degré de confiance dans les Eglises et le sentiment qu’elles apportent des réponses aux besoins moraux et aux problèmes de la vie sont restés stables. Cependant on observe un accroissement des besoins spirituels des jeunes, alors même que la pratique cultuelle diminue. Les croyances liées à l’après-mort, les rites de passages, les miracles continuent de faire recette, alors que la foi en la réincarnation se développe, de même que l’attrait pour les porte-bonheur, la voyance, les horoscopes.

En outre, le dieu à qui s’adressent les jeunes est un dieu à qui l’on fait des confidences et à qui l’on remet ses problèmes. Dieu – et surtout Jésus – apparaît ainsi plutôt comme un «conseiller psychologique», qui est à l’écoute et qui fournit les moyens de résoudre soi-même les problèmes, ce qui caractérise bien une génération soucieuse de chercher à maîtriser elle-même son existence.

Dans ce contexte, la prière constitue surtout un moyen de se raconter, de donner sens au monde et d’y inscrire sa propre expérience. Elle revient en fait à un mécanisme de parade face à l’adversité. Quant à la mort, elle s’efface derrière le présent et l’avenir immédiat qui mobilisent les préoccupations des jeunes. Concernant l’après-mort, ceux-ci n’ont d’ailleurs plus les mêmes certitudes que leurs aînés, mais il leur importe avant tout de valoriser la vie. Le recentrement sur l’accomplissement de soi dans ce monde plutôt que dans l’au-delà va ainsi de pair avec le réflexe de tirer le maximum de la vie.

Il apparaît donc que les jeunes n’ont que faire de principes universels et intemporels, qu’ils perçoivent comme non adaptés aux situations concrètes qu’ils rencontrent. Telle que proposée par les Eglises, la religion leur apparaît comme infantilisante. Elle leur semble requérir une soumission inconditionnelle plutôt que de susciter une discussion critique. C’est pourquoi les jeunes ne cherchent pas un credo, mais une expérience. Ils ne souhaitent pas devenir membre d’une institution, mais bien participer. (apic/spp/pr)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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