Dacca: Un massacre de «gosses de riches»
Les djihadistes qui ont massacré 20 personnes dans un restaurant de Dacca, la capitale du Bangladesh, le 1er juillet 2016 étaient de jeunes gens de bonnes familles avec un bon niveau d’éducation. Des experts pointent du doigt le désengagement parental dans la société bangladaise, qui laisse les jeunes sans défense face à la propagande islamiste.
Le 7 juillet, des islamistes présumés ont lancé une bombe contre un poste de contrôle de la police à Dacca, tuant un policier et en blessant 5 autres. Face à ce déchaînement du terrorisme, le Bangladesh s’interroge de plus en plus sur son modèle de société. Avec une vie quotidienne de plus en plus centrée sur le rendement économique, les parents sont souvent hors de la maison, souligne à l’agence catholique d’information Asia News un groupe d’experts musulmans et chrétiens du Bangladesh. Selon eux, ce manque d’attention parentale a pour conséquences que de nombreux jeunes, même dans les familles aisées, peuvent subir l’influence de prêcheurs du djihad.
Cet aspect a été mis en évidence par l’intervention télévisée d’Imtiaz Khan Babul, membre du parti au pouvoir et occupant d’importantes fonctions dans l’administration de l’Etat, le 5 juillet. Son fils, Rohan Ibn Imtiaz, était parmi les six terroristes abattus par les forces de l’ordre, lors du raid sur le restaurant Holey Artisan Bakery. Le politicien s’est publiquement excusé, admettant avoir «failli en tant que père» à donner une éducation adéquate à son fils.
Les «stars» de l’appel au djihad
La plus grande partie des Bangladais sont indignés par cette violence perpétrée au nom d’Allah, assure Asia News. Une veillée de prière s’est déroulée le 4 juillet dans le pays, en mémoire des victimes du terrorisme islamique.
Selon les experts, les habitants du pays réalisent désormais que les djihadistes ne sont pas seulement motivés par l’argent. Beaucoup de Bangladais pensaient jusque-là que les sommes d’argent promises par les organisations islamistes persuadaient des jeunes démunis et sans éducation de commettre des actes terroristes. «La raison du terrorisme est plutôt cette promesse de bonheur sans limites, au paradis, que brandissent les extrémistes», commente le blogueur bangladais Shuvo Michael Costa. «Cette foi aveugle fonctionne aussi bien pour le riche que pour le pauvre», souligne-t-il. L’activiste pro-démocratie dénonce ainsi certains enseignements islamiques diffusés dans la pays. «Les parents envoient leurs enfants dans les mosquées pour qu’ils y reçoivent une éducation religieuse. De nombreux imams enseignent qu’il faut haïr les gens des autres religions et les non-croyants. Ils promettent aux jeunes beaucoup d’épouses au ciel s’ils embrassent la cause du terrorisme», assure le blogueur.
Pour Fazlul Bari, un journaliste bangladais musulman bien connu dans le pays, les militants islamistes préfèrent recruter leurs militants sur internet, parce qu’ils y trouvent des jeunes éduqués qui comprennent leurs motivations.
La police a déterminé qu’au moins deux des terroristes de Dacca avaient suivi et partagé sur internet les sermons de trois prêcheurs islamistes considérés comme des «stars» au Bangladesh. L’un de ces derniers, Zakir Nayek, a notamment l’habitude de mettre en avant les faiblesses des autres religions et de persuader les jeunes que l’islam est la meilleure religion.
Ils ont ciblé les non-musulmans
Vendredi 1er juillet 2016, vers 21h, un commando lourdement armé de sept hommes a pénétré dans le Holey Artisan Bakery, un restaurant du quartier diplomatique de Gulshan, à Dacca, fréquenté par les étrangers. Les terroristes n’en ont été délogés que plus de douze heures plus tard, par un assaut des forces de l’ordre bangladaises; sept des six terroristes y ont trouvé la mort. Bilan tragique, la prise d’otages a fait vingt morts: deux policiers tués lors d’échanges de tir, et dix-huit étrangers, pour la plupart tués à l’arme blanche par les terroristes. Parmi les victimes, on dénombre neuf Italiens, sept Japonais, un Américain et un Indien. Treize otages, dont deux Sri-Lankais et un Japonais, sont sortis vivants de l’attentat. Selon le père d’un des survivants, les hommes du commando ciblaient les étrangers et tuaient ceux qui ne pouvaient réciter des versets du Coran. (cath.ch-apic/eda/rz)





