Rencontres poignantes, mercredi, entre victimes et évêques
Dallas: Ouverture jeudi de la session des évêques consacrée aux prêtres pédophiles
Dallas, 13 juin 2002 (APIC) La Conférence épiscopale catholique des Etats- Unis entame jeudi à Dallas, au Texas, son difficile exercice de contrition, alors que l’Eglise catholique du pays traverse une crise sans précédent avec le scandale des prêtres pédophiles.
L’Eglise étasunienne ne pourra faire l’économie de réformes car elle traverse la «pire crise» de son histoire, n’hésite pas à dire l’évêque de Belleville (Illinois), Wilton Gregory, qui présidera les travaux des 288 évêques, dont huit cardinaux, réunis pendant trois jours à Dallas. «A mon humble avis, c’est probablement la réunion la plus importante de l’histoire de la Conférence des évêques catholiques aux Etats-Unis», confiait récemment l’ecclésiastique à l’hebdomadaire «Time». C’est, disait-il, «une première étape pour rétablir un sentiment de crédibilité, de confiance et d’harmonie entre les évêques et les fidèles catholiques».
Les points forts de cette conférence devraient être l’adoption d’une charte de conduite vis-à-vis des prêtres accusés de pédophilie et une rencontre entre la hiérarchie épiscopale et des victimes d’abus sexuels. Dans un document préliminaire rédigé par une commission ad hoc et qui doit être débattu durant ces trois jours, les évêques vont proposer une nouvelle politique, en matière d’abus sexuels, articulée autour de quatre points: exclusion immédiate de tout prêtre responsable à l’avenir d’une agression sexuelle sur un mineur et de ceux déjà convaincus de récidivisme; signalement aux autorités judiciaires des allégations d’abus sexuel sur mineur; fin des clauses de confidentialité imposées aux victimes qui entament des poursuites civiles en réparation; évaluation des cas par une commission diocésaine pour les prêtres qui n’ont commis qu’un abus sexuel dans le passé, ont été traités et n’ont pas été diagnostiqués comme pédophiles, avec possibilité pour eux de rester dans la prêtrise sous certaines conditions. Le débat devrait être vif sur ce dernier point controversé, de nombreux évêques étant partisans d’une «tolérance zéro» pour les auteurs d’abus sexuels.
Preuve de contrition
Les évêques devraient aussi faire preuve de contrition et s’excuser pour une culture du secret qui a «bloqué le processus d’apaisement pour les victimes» et «parfois permis la répétition d’abus sexuels
Pour la hiérarchie catholique du pays, accusée d’avoir trop longtemps fermé les yeux sur les agissements de ses «brebis galeuses», l’enjeu de cette réunion est crucial. D’après un récent sondage, 75% des catholiques du pays estiment que leurs responsables ecclésiastiques n’ont pas été à la hauteur et 80% souhaitent voir limogés les prêtres reconnus coupables d’abus sexuels.
L’ampleur du scandale
Aux affaires de prêtres pédophiles s’ajoutent encore d’autres scandales: mercredi, un nouvel évêque des Etats-Unis, le quatrième depuis le début des affaires de moeurs qui secouent l’Eglise, a quitté ses fonctions. L’évêque auxiliaire de New York, Mgr F. McCarthy, vicaire épiscopal, a donné sa démission mardi, en raison d’affaires impliquant plusieurs femmes adultes. L’annonce de la démission de Mgr McCarthy a été annoncé par le cardinal Edward M. Egan, archevêque de New York.
Selon des estimations, l’Eglise catholique des Etats-Unis a suspendu cette année 218 prêtres à la suite d’accusations de pédophilie, mais 34 autres coupables connus ont conservé leur ministère, rapportait pour sa part dimanche le «Washington Post». Au moins 805 prêtres ont été accusés d’actes sexuels à l’encontre de mineurs depuis le début des années 60, selon une enquête du journal réalisée à travers les diocèses des Etats-Unis. Ce chiffre, beaucoup plus élevé que ceux rendus publics jusqu’ici, souligne le journal, reflète l’ampleur du scandale qui continue à secouer l’Eglise catholique du pays.
Rencontres fortes en émotions
Deux rencontres fortes en émotions ont donné pour ainsi dire le «coup d’envoi» de la session des évêques à Dallas, entre des victimes de prêtres pédophiles et une partie de la hiérarchie catholique. «Il y a eu beaucoup de douleur exprimée et beaucoup de larmes de la part des victimes, sans doute beaucoup plus de douleur qu’ils n’en avaient entendu jusque-là», a rapporté David Clohessy, président du Réseau des victimes de prêtres (SNAP), lors d’une conférence de presse à l’issue de l’une des réunions.
Ces sessions, l’une avec les évêques de la commission ad hoc chargée de préparer une charte de conduite, l’autre avec quatre cardinaux américains, ont eu lieu à la demande des évêques mais ceux-ci ont imposé qu’elle se déroulent à huis clos. Néanmoins, les victimes ont estimé qu’il s’agissait là d’une étape importante. «Nous voulons remercier les évêques pour leur ouverture d’esprit et leur volonté d’écouter la douleur et la souffrance que nous avons dû subir», a déclaré l’une d’entre elles, Barbara Blaine.
Témoignages
Victime d’abus sexuels entre 12 et 16 ans, Barbara Blaine, aujourd’hui avocate à San Francisco, est à l’origine de la fondation de SNAP en 1991, une organisation d’entraide des victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé catholique et qui représente 4’000 victimes et proches.
«Les évêques et les cardinaux nous ont écouté avec beaucoup d’attention et l’on pouvait voir que certains étaient même touchés par les témoignages. Ils nous ont offert leurs excuses sincères», a dit le père Gary Hayes, qui dirige l’association LINKUP, qui regroupe quelque 3’000 victimes, et lui- même victime d’abus sexuels à l’âge de 12 ans.
Une vingtaine de victimes et de parents – certains d’enfants qui se sont suicidés – ont en outre rencontré quatre des huit cardinaux qui assistent à la conférence. A l’issue de cet échange, l’un d’entre eux, le cardinal de Washington, Theodore McCarrick, s’est dit «profondément touché de voir que tant de gens ont souffert à cause de quelques prêtres malades, dérangés et criminels».
Ils ont fermé les yeux
Une enquête choc du quotidien «Dallas Morning News» a de son côté levé un peu plus le voile du scandale qui touche l’église catholique américaine, en révélant mercredi que deux tiers (111) des 178 dirigeants de diocèses de rite catholique romain du pays – dont huit cardinaux – avaient ainsi fermé les yeux pendant des années
Les victimes de prêtres pédophiles ont demandé mercredi à Dallas que les évêques des Etats-Unis ayant couvert les agissements criminels de leurs subordonnés répondent de leurs actes en démissionnant, et qu’ils acceptent de coopérer à une enquête judiciaire fédérale.
«Les évêques qui ont muté ces prêtres pendant des années en sachant ce qu’ils avaient fait doivent démissionner», a déclaré David Clohessy, lors d’une conférence de presse donnée à la veille de l’ouverture de la session.
Selon une vaste enquête du quotidien «Dallas Morning News» publiée mercredi, environ deux tiers des évêques américains ont, à un moment ou à un autre de leur carrière, permis à des prêtres accusés de pédophilie ou d’agressions sexuelles sur mineur de continuer à exercer leur ministère. La plupart du temps, révèle le journal, ils se sont contentés de les muter de paroisse en paroisse ou de les soumettre à un traitement psychologique, sans jamais en alerter les autorités. (ag/pr)
Encadré:
Abus sexuels aux Etats-Unis: les supérieurs majeurs s’en occuperont au mois d’août
L’Assemblée des Supérieurs Majeurs des Etats-Unis (CMSM) s’occupera entre autres, au mois d’août, du thème des abus sexuels, en reprenant le document qui sera publié par la Conférence épiscopale à la fin de sa session plénière de Dallas. Le directeur exécutif de la CMSM, Ted Keating, annonce par ailleurs que le séminaire sur la formation du mois de janvier 2003 examinera le célibat et s’efforcera de définir des critères qui soient valables aussi bien pour les frères que pour les prêtres. Dans une lettre envoyée à tous les Supérieurs généraux, Keating observe que les affaires des scandales liés aux abus sexuels n’ont impliqué que très marginalement les religieux. «Ni les Supérieurs majeurs ni les religieux ni les frères n’ont occupé le premier plan des nouvelles durant cette phase douloureuse, à quelques rares exceptions près. En réalité, un peu plus d’un tiers des prêtres des Etats-Unis sont des religieux». (apic/ag/vd/pr)




