50’000 catholiques ovationnent Jean Paul II au stade des Abassides
Damas: Pour la première fois dans l’histoire, un pape va prier dans une mosquée
De notre envoyée spéciale à Damas Sophie de Ravinel
Damas, 6 mai 2001 (APIC) Pour la première fois dans l’histoire, un pape prie dans une mosquée, celle des Omeyyades, l’une des plus vénérées de l’islam, au cœur de la vieille ville de Damas. Peu après 18h locales, le chef de l’Eglise catholique romaine lit un plaidoyer en faveur du dialogue et de la concorde entre les deux plus grandes religions monothéistes du monde. Dimanche matin, près de 50’000 personnes rassemblées dans le Stade des Abassides, ont réservé un accueil chaleureux à Jean Paul II.
Au deuxième jour de son pèlerinage en Syrie sur les traces de saint Paul, le pape a présidé une messe au stade «Abbayssin» de Damas en présence de près de 50’000 chrétiens de quelques trente mille de la région. Dès son arrivée, le pape a été accueilli aux cris de «Viva il papa!», dans une marée de drapeaux aux couleurs vaticanes et syriennes. Un orchestre composé de musiciens et de chanteurs musulmans a entonné l’Alleluia d’Haendel, puis un Ave Maria au cours de la messe.
Chrétiens, musulmans et juifs appelés à travailler ensemble
Le pape est apparu dans le stade placé sous très haute surveillance – sous les ovations en arabe d’une foule composée à grande majorité de jeunes. «Sur cette terre sainte, a-t-il affirmé au cours de son sermon, chrétiens, musulmans et juifs sont appelés à travailler ensemble».
Dans les avenues menant au stade, de nombreuses banderoles proclament en arabe, en anglais et en français «Bienvenue à Jean Paul II dans la Syrie d’Assad, berceau du christianisme» ou encore «Nous voulons la paix et la fin de l’oppression». Les forces de l’ordre, omniprésentes, sont déployées depuis la veille et des centaines de policiers et de militaires armés quadrillent les abords du stade où les fidèles pour des raisons de sécurité n’ont eu qu’une heure pour pénétrer: entre 5 heures et 6 heures du matin.
Les jeunes se sont visiblement rendus en masse à ce rassemblement et l’on a pu apercevoir des foulards des dernières Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), fièrement arborés par des jeunes volontaires habillés de vert et chargés de maintenir, lors du passage de Jean Paul II, une partie de la foule installée au centre du stade. Dans les gradins, les banderoles d’accueil avec la localité d’origine du groupe a permis de voir que les chrétiens venaient de toute la Syrie, et notamment de la Jazireh, située à plus de 7 heures de route de la capitale, mais aussi d’Alep où beaucoup de chrétiens espéraient que le pape puisse se rendre. De nombreux drapeaux syriens s’agitaient en rythme, entre deux hymnes, de quelques slogans nationalistes repris en arabe par la foule, «Dans le sang, dans l’esprit, on se sacrifie pour toi Bachar!».
«Les chrétiens syriens ne sont pas les descendants des Croisés»
Sœur Marie Rose, catholique «latine» de la Congrégation des Saints-Cœurs, vient du village syrien de Maaloula, où l’on parle encore l’araméen, la langue la plus proche de celle que parlait Jésus. «Ce voyage va permettre aux chrétiens de s’enraciner», a-t-elle affirmé. Pour cette religieuse d’une soixantaine d’année, cet événement est aussi, «un pas décisif pour la société syrienne». «En effet, a-t-elle souligné, les médias syriens n’ont jamais autant parlé des chrétiens et cela permet à la société de redécouvrir ses racines et son histoire».
Sœur Marie Rose espère que les jeunes musulmans ne lui diront plus, comme elle l’a entendu la veille à proximité de la cathédrale grecque-orthodoxe, que «les chrétiens syriens sont des descendants des Croisés !» «Les Syriens vont redécouvrir leur patrimoine, a-t-elle conclu, et peut-être pouvons nous espérer que les jeunes chrétiens arrêtent de rêver à l’Europe ou à l’Amérique et deviennent fiers de leur pays».
Alors que des hélicoptères de la sécurité survolent le stade dans un bruit assourdissant, les chants et les cris de bienvenus se sont encore amplifiés dès l’arrivée de Jean Paul II. Le pape effectue un tour d’honneur du stade en papamobile, avant de rejoindre les concélébrants dont beaucoup sont vêtus de riches ornements dorés. Au cours de son sermon, Jean-Paul II demande aux chrétiens, aux musulmans et aux juifs de cette «terre sainte», de travailler ensemble pour que «paraisse sans tarder le jour où chaque peuple verra ses droits légitimes respectés et pourra vivre dans la paix et l’entente mutuelle».
Il s’adresse aussi aux «familles chrétiennes» pour qu’elles «communiquent à leurs enfants», la foi reçue depuis des siècles et qu’elles s’ouvrent au monde avec «lucidité et sans crainte». Après une cérémonie de plus de deux heures, le pape est reparti en papamobile, accompagné d’une lourde escorte de sécurité en direction du patriarcat grec-catholique de Damas où il a été accueilli par le patriarche Grégoire III Laham. Il a déjeuné avec les patriarches et les évêques de la Syrie et avec les cardinaux et les évêques qui l’accompagnaient de Rome. (apic/imedia/sdr/be)



