Origine est le septième roman de Dan Brown (© Raphaël Zbinden)
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Origine est le septième roman de Dan Brown (© Raphaël Zbinden)

Dan Brown prédit la fin des religions

28.10.2017 par Raphaël Zbinden

Pour Dan Brown, “Dieu ne survivra pas à la science”. Le romancier américain a soutenu cette thèse à l’occasion de la sortie mondiale de son dernier roman “Origine”.

“Le temps de la religion est terminé”, assène Edmond Kirsch, dans Origine. Le personnage phare du roman de Dan Brown prononce cette phrase juste avant d’être assassiné. Génie de l’informatique surdoué et milliardaire, Edmond Kirsch allait présenter au monde, au musée Guggenheim de Bilbao, sa découverte scientifique censée répondre définitivement aux questions “d’où venons-nous et où allons-nous?”. La suite du livre emmène le lecteur sur les pas du professeur Langdon, le héros du Da Vinci Code, qui tente de révéler au monde la découverte de son ami et ancien étudiant. Alors que des “forces obscures” tentent d’empêcher que ces révélations ne donnent un coup fatal aux religions.

L’intelligence artificielle pour remplacer Dieu?

Comme pour le Da Vinci Code, Dan Brown prend à son compte les thèses qu’il développe dans Origine. En effet, pour le roman qui l’a mis sous les feux de la scène, il a déclaré croire fermement à sa théorie selon laquelle Jésus aurait été marié et aurait eu une descendance.

Lors de la présentation mondiale de son dernier roman, le 14 octobre 2017, à la Foire du livre de Francfort, l’écrivain a ainsi affirmé que l’humanité n’aurait prochainement plus besoin de Dieu. Il a assuré qu’avec l’aide de l’intelligence artificielle, l’être humain allait développer une nouvelle forme de conscience collective qui remplacerait le rôle joué aujourd’hui par la religion.

L’auteur d’Anges et démons a toutefois précisé qu’il n’était pas contre les religions et que celles-ci avaient apporté beaucoup de bonnes choses. Origine fait ainsi effectivement montre d’une certaine complexité, en évoquant notamment les limites de la science et les dangers de la technologie.

Dan Brown est malgré tout persuadé que la science parviendra dans un futur proche à expliquer tous les mystères de l’univers et que la croyance en des forces surnaturelles deviendra inutile.

Une opposition dépassée?

Le romancier qui a vendu plus de 200 millions de livres remet ainsi sur la table une opposition entre foi et science que beaucoup jugent obsolète. “C’est une vue extrêmement simpliste de l’histoire de dire que la science tue la religion”, affirme ainsi l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, dans le quotidien La Croix. Le chercheur au CNRS, qui se définit lui-même comme matérialiste athée, estime que “la notion de foi- en une vérité révélée ou un Dieu personnel – échappe aux lois du scientifique occupé à décoder l’univers. De ce point de vue, chacun est renvoyé à sa propre expérience spirituelle: pour les uns, plus de science mène à Dieu quand d’autres s’en éloignent”. (cath.ch/ag/rz)


“La question de Dieu se situe sur un autre plan”

Le théologien jésuite romand Jean-Blaise Fellay donne son point de vue sur les dernières thèses de Dan Brown:

Dan Brown croit que la science va faire disparaître les religions. Il se trompe gravement, c’est bien plutôt

l’inverse qui se produit aujourd’hui, les attentats de l’Etat islamique le montrent cruellement. La science et la rationalité sont en danger et le scientisme, qui est une foi naïve dans les capacités de la technique et du savoir, se trouve fort démuni devant les fanatismes et les angoisses de l’humanité.

En son temps, le chimiste Lavoisier expliquait à Napoléon qu’il n’avait pas besoin de l’hypothèse Dieu pour expliquer les phénomènes du monde. Malheureusement pour lui, la physique quantique de Niels Bohr et la relativité d’Einstein ont ruiné le déterminisme de Lavoisier. Et quand un philosophe comme Aristote, qui est un des premiers à avoir utilisé l’expérimentation dans ses recherches, postule la nécessité d’une cause première, il ne le fait pas pour un motif religieux mais par une nécessité logique, la même qui est à la base de toute activité scientifique.

Le besoin religieux ne repose pas sur un raisonnement mathématique ou physique. Supposons qu’une intelligence artificielle très développée, comme le suggère Brown, nous apporte une réponse claire et définitive sur la manière dont la vie est apparue sur terre, en quoi cette formule pourrait-elle me consoler si je suis frappé par un deuil irréparable? Et quelle définition exacte de la chimie du vivant pourrait donner un sens à ma vie, si j’ai l’impression d’avoir été mis au monde sans amour et sans perspective?

Non, la question de Dieu se situe sur un tout autre plan.

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