Suisse

«La réforme de l’Eglise doit être débattue au niveau national»

La première assemblée plénière du «chemin synodal» allemand s’est terminée le 1er février 2020 à Francfort. Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine (RKZ), se trouvait parmi les observateurs étrangers. Il a retenu que la Suisse manquait d’une plateforme rassemblant toute l’Église et la rendant visible, à l’instar du Comité central des catholiques allemands (ZdK).

Kath.ch, Sylvia Stam; traduction et adaptation Davide Pesenti

Quelle déclaration vous a particulièrement impressionné lors de cette première assemblée plenière?
Daniel Kosch: D’une part, il y a eu des prises de parole très personnelles de la part de participants ayant une identité non-hétérosexuelle, qui ont témoigné de leur expérience au sein de l’Eglise catholique. Ce furent des moments très forts pour moi. J’ai également été impressionné par les déclarations fortes exprimés concernant le rôle des femmes dans l’Eglise.

Pouvez-vous en donner un exemple?
J’ai en tête la question de Juliane Eckstein – l’une des plus jeunes déléguées à Francfort – adressée en particulier aux évêques présents dans la salle. «Voulez-vous que le ministère épiscopal reste pertinent? Si vous le voulez, alors cette assemblée est votre chance», s’est-elle exclamée.

Avez-vous l’impression que de telles déclarations ont été reçues par les participants?
Un grand nombre d’évêques allemands est conscient que des changements doivent avoir lieu, afin que l’Eglise catholique retrouve sa crédibilité, dans la société, mais aussi auprès de ses membres. Cette prise de conscience était clairement perceptible.

Le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et de Freising et président de la Conférence épiscopale allemande, remercie les observateurs étrangers présents lors de la première séance plénière. | © kath.ch

Quelle était exactement votre tâche en tant qu’observateur?
L’invitation de nombreux observateurs est l’expression du rejet, sans équivoque, d’une «voie spéciale allemande». L’Église catholique en Allemagne veut faire son «chemin synodal» dans la solidarité œcuménique et dans l’échange avec des pays voisins. Ceci ouvre la possibilité d’apprendre les uns des autres et de se soutenir mutuellement dans le renouvellement de l’Eglise. Lors de cet événement de lancement, les observateurs ont notamment exprimé le souhait de pouvoir échanger leurs observations lors des prochaines réunions synodales et d’y apporter ainsi leur contribution.

La crise de crédibilité et la réforme de l’Eglise catholique doivent être discutées au niveau national, également en Suisse.

En tant qu’observateur, vous n’étiez donc pas autorisé à parler. Auriez-vous aimé participer à la discussion ?
Il y a eu suffisamment de personnes dans l’assemblée synodale qui ont présenté mon point de vue.

Quelles prises de parole vous ont semblé aller dans le sens de vos positions?
Les déclarations sur l’urgence des réformes, sur la position des femmes, qui doit être améliorée, mais aussi le fait que le pouvoir dans l’Eglise catholique doit être réparti différemment, si elle veut correspondre à la requête du pape François d’être une Eglise synodale.

Que retenez-vous de ces débats pour votre engagement dans l’Église en Suisse?
Je suis plus que jamais convaincu que la crise de crédibilité et la réforme de l’Eglise catholique doivent être discutées au niveau national, également en Suisse. Chez nous, il manque une institution comme le «Comité central des catholiques allemands» (Zentralkomitee der deutschen Katholiken, ZdK). Le ZdK est un interlocuteur de la Conférence épiscopale qui participe au discours politique et social.

Il s’agit d’un cadre dans lequel les associations, les corporations ecclésiastiques, les ordres religieux, les œuvres d’entre-aide et bien d’autres groupes ecclésiaux se rassemblent pour rendre visible toute l’étendue de l’Eglise catholique.

Il est possible de bien combiner la dimension spirituelle avec des discussions de groupes exigeantes.

La deuxième chose que je retiens est le fait qu’il est possible de bien combiner la dimension spirituelle avec des discussions de groupes exigeantes. Plusieurs fois par jour, notre attention s’est concentrée sur les questions de fond, notamment sur la volonté de Dieu et ce qu’exige l’Evangile. Les deux accompagnateurs spirituels de l’assemblée, le jésuite Bernd Hagenkord et Maria Boxberg, de la Communauté de vie chrétienne (CVX), ont très bien animé la rencontre.

Souhaiteriez-vous donc un processus similaire en Suisse?
Oui, ce serait une grande chance. Au-delà de la Conférence des évêques suisses (CES) et de la RKZ d’autres organisations devraient être impliquées dans ce processus. En effet, la coopération entre la CES et de la RKZ n’est pas comparable à celle de la Conférence épiscopale allemande (DBK) et de la ZdK. Il est tout de même probable que les questions ne seraient pas tout à fait les mêmes qu’en Allemagne.

Bien sûr, le multilinguisme de notre pays est un défi supplémentaire. Mais à la RKZ, nous faisons l’expérience que les discussions ne se déroulent pas seulement au sein des communautés linguistiques nationales. Nous devons impliquer davantage les catholiques issus des communautés de migrants. Ça serait une chance, surtout dans la perspective d’une véritable synodalité. Car l’Église catholique en Suisse est en quelque sorte une «Eglise mondiale en format de poche».

A la première séance plénière du «Synodaler Weg» ont participé 230 délégués. | © Synodaler Weg

Quelles seraient les prochaines étapes d’une telle discussion commune dans notre pays?
En Suisse, dans l’Eglise nous avons une plus grande participation des laïcs d’une part dans le domaine pastoral et, grâce aux structures du droit ecclésiastique, également dans ce dernier secteur. Mais il y a trop peu de règlements contraignants qui fixent leur coopération.

Un évêque ou un prêtre qui veut tout décider seul, peut bloquer ce travail en commun. Cela va de l’implication des laïcs durant les célébrations de l’Eucharistie, à la nomination des responsables de communauté, jusqu’à la recherches des solutions consensuelles à l’interface entre les questions pastorales et financières.

Le »chemin synodal» sera un succès s’il n’y aura pas trop de paperasse, mais surtout des propositions pertinentes.

Comment le chemin synodal se poursuivra-t-il en Allemagne?
Pour les deux prochaines années, quatre réunions synodales de ce type ont été convenues. Elle se tiendront toujours en janvier et en septembre. Entre les deux, quatre forums travailleront sur les thèmes du pouvoir, de la vie sacerdotale, du rôle des femmes et de la sexualité. En ce qui concerne leur fonctionnement, beaucoup reste encore à définir.

Les responsables sont conscients qu’en fin de compte, le »chemin synodal» sera un succès s’il n’y aura pas trop de paperasse, mais surtout des propositions pertinentes, dont la mise en œuvre devra être décidée au niveau local ou de l’Église universelle, selon leurs compétences respectives. Pour atteindre cet objectif, il faudra la volonté de faire des compromis. Chacun devra garder à l’esprit que tout le monde ne pourra pas obtenir exactement ce qu’il souhaite (cath.ch/kath/sys/dp).

>Une interview avec l’autre observateur helvétique du «chemin synodal» allemand, Mgr Alain de Raemy, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, sera disponible sur notre site le 4 février 2020.

Daniel Kosch était un des observateurs étrangers à la première assemblée plenière du «chemin synodal» allemand. | © ZvG
3 février 2020 | 17:00
par redaction
CES (236), chemin synodal (7), Daniel Kosch (20), RKZ (59)
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