Daniel Marguerat: face à la violence, les musulmans doivent sortir de leur silence

Face à la violence islamiste, les musulmans doivent sortir de leur silence, estime le théologien protestant Daniel Marguerat, professeur honoraire de l’Université de Lausanne. Ce spécialiste du Nouveau Testament prend la défense de Shafique Keshavjee, auteur du livre controversé «L’islam conquérant».

Daniel Marguerat demande aux musulmans de faire une relecture critique du Coran, et  prend  ouvertement la défense des chrétiens persécutés dans certains pays musulmans, et dont le sort est souvent ignoré par la grande presse occidentale.

Défense de l’ouvrage «L’islam conquérant», de Shafique Keshavjee

Suite à la parution, début 2019 aux Editions IQRI (*), du livre «L’islam conquérant», de Shafique Keshavjee, co-fondateur de l’Arzillier, la Maison du dialogue à Lausanne, les réactions avaient été vives. Le comité de l’Arzillier s’en est clairement «désolidarisé». Le professeur Marguerat prend au contraire la défense de l’auteur et demande une relecture critique du Coran.

Ancien doyen de la Faculté de théologie de Lausanne, l’exégète et bibliste déplore le «lynchage organisé» visant Shafique Keshavjee, qui, affirme-t-il, ne fait nullement preuve d’islamophobie. Dans son ouvrage, l’ancien pasteur de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), un spécialiste des religions originaire d’Inde, né au Kenya en 1955 et arrivé en Suisse en 1963, souligne la violence de certains textes coraniques.

Les musulmans de Suisse «respectent les lois»

Dans une interview au quotidien 24 heures du 16 mai 2019, Daniel Marguerat estime qu’il est temps que les musulmans sortent de leur silence. Il relève que le pasteur évangélique ne traite pas de la situation des musulmans de Suisse «qui respectent les lois, ce dont personne ne doute».

L’auteur traite, dans son ouvrage, de l’islam mondial, pas du cas particulier des musulmans suisses ou vaudois, relève-t-il. Si Shafique Keshavjee souligne la pluralité des obédiences islamiques et les multiples manières d’être musulmans, ainsi que l’existence de musulmans pacifistes, il relève les textes fondateurs qui appellent à la haine contre les juifs et les chrétiens.

Les élites musulmanes silencieuses face aux attentats au nom d’Allah

Citant l’islamologue d’origine saoudienne Ghaleb Bencheikh El Hocine, président de la Fondation de l’Islam de France et président de la branche française de la Conférence mondiale des religions pour la paix, il observe que seule une minorité de musulmans se livre à une lecture politique radicale du Coran. Mais il désigne une autre responsabilité, celle des élites musulmanes, dont la frilosité va jusqu’à se taire face aux attentats islamistes.

«Je dis que leur silence est coupable. Les islamistes comptent sur une solidarité musulmane mondiale. Shafique Keshavjee demande aux musulmans aujourd’hui de se distancier de ces manipulations du Coran et des hadiths, qui ne retiennent que leurs malédictions des autres religions».

L’UVAM condamne les attentats terroristes

Au sujet de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), qui a déposé une demande pour sa reconnaissance par l’Etat de Vaud, Daniel Marguerat estime, que pour être admis dans une société démocratique, ces communautés devront se distancer de la légitimation des attentats islamiques et de la violence au nom d’Allah. Elles devront déclarer qu’une lecture croyante du Coran ne conduit pas automatiquement à légitimer la violence contre les juifs et les chrétiens.

L’UVAM de fait condamne explicitement les attentats et toute forme de violence et «cela va exactement dans le sens que demande Shafique Keshavjee», déclare-t-il au quotidien 24 heures.

Pas d’islamophobie

Daniel Marguerat estime qu’il n’est pas «indécent» de demander aux musulmans de prendre leurs distances face à ceux qui légitiment la violence par les textes. «Shafique Keshavjee ne fait pas preuve d’islamophobie. Le procès qui lui est fait tourne au lynchage organisé, et là, je proteste!»

Si on peut objecter à Shafique Keshavjee qu’il y a eu des pages sombres dans l’histoire du christianisme, comme les croisades, l’antisémitisme ou d’autres encore, «la différence est que cette violence ne peut pas être justifiée par le Nouveau Testament». En effet, pour le théologien protestant, «au cœur du message de Jésus», il y a la non-violence et l’amour de l’ennemi, ce qui contredit toute violence religieuse.

«Quand le pape demande pardon aux juifs, il ne le fait pas par opportunisme, mais en reconnaissant que l’usage de la violence trahit le cœur même de la foi chrétienne. Un musulman ne peut faire d’emblée la même chose. Il doit reconnaître que certaines sourates du Coran ne sont plus valides aujourd’hui». JB


Situation peu enviable des chrétiens en pays d’islam

Le professeur Marguerat a beaucoup voyagé et a rencontré des chrétiens au Liban, en Egypte, en Afrique subsaharienne. Il relève que les chrétiens, dans la majorité des pays musulmans, vivent une situation peu enviable.

Médias silencieux face à la violence antichrétienne

«Les chrétiens disent tous la même chose, à savoir qu’ils sont des citoyens de seconde zone, dont la liberté religieuse est réprimée. On ne peut pas occulter le calvaire des chrétiens d’Orient. Oublier leur martyre est aussi coupable que nier le génocide juif en Allemagne nazie. Pourquoi une église incendiée serait-elle moins tragique qu’une mosquée taguée? Le silence des médias occidentaux face à la violence antichrétienne est à mes yeux incompréhensible». (cath.ch/24h/be)

(*) L’Institut pour les Questions Relatives à l’Islam (IQRI), basé à Genève, est un groupe de travail du Réseau évangélique suisse (RES). Il a pour but, selon son site, «de mettre à disposition de quiconque s’intéresse à l’islam des ressources susceptibles de favoriser compréhension et respect mutuel entre musulmans et chrétiens, sans cacher leurs différences ou leurs divergences».

Le théologien protestant Daniel Marguerat, professeur honoraire de l'Université de Lausanne | Youtube
17 mai 2019 | 12:56
par Jacques Berset
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