Asie: Les épiscopats coréen et japonais appellent à dépasser les blessures nées de l’histoire
Dans un contexte de tensions entre Séoul et Tokyo
Séoul, 18 novembre 2014 (Apic) Les évêques catholiques de Corée du Sud et du Japon ont travaillé, au cours de leur rencontre annuelle à Séoul, du 11 au 13 novembre 2014, à rapprocher leurs deux nations, au-delà des blessures de l’histoire. La manifestation s’est déroulée dans un contexte de vives tensions entre les deux pays asiatiques, dont les gouvernements actuels sont marqués par le nationalisme.
«Une vie évangélique qui transcende le nationalisme.» Tel était le thème de la 20e rencontre des deux Conférences épiscopales asiatiques. Les dix évêques japonais et les dix prélats coréens ont multiplié les rencontres, les visites et les conférences, dans l’objectif de travailler au rapprochement de leurs deux Etats. Signe de l’importance donnée à cette rencontre, les deux délégations étaient menées par les présidents des deux conférences épiscopales, à savoir Mgr Okada Takeo, archevêque de Tokyo, et Mgr Kim Hee-geun, archevêque de Gwanju, rapporte le 17 novembre Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.
Les blessures de la Seconde Guerre mondiale
Lancées en 1995, et organisées alternativement dans l’un ou l’autre pays, les rencontres annuelles entre les évêques catholiques de Corée et du Japon s’inscrivent dans une démarche de réconciliation entre ces deux nations qui partagent une histoire contemporaine encore marquée par les blessures de la colonisation et de la guerre. Le Japon a en effet, depuis le début du XXe siècle, progressivement réalisé l’annexion de la Péninsule coréenne, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945.
Au fil des années, les évêques ont su établir des liens de confiance et n’ont jamais hésité à se saisir de sujets de société sensibles, affirme EdA. Leurs échanges ont toujours été nourris de leurs expériences respectives dans un contexte social en partie semblable (une économie développée) mais un environnement religieux assez différent. Si le christianisme est fortement implanté en Corée du Sud, les Eglises chrétiennes constituent en effet une très petite minorité au Japon.
Nationalisme transcendé
Cette année, le thème d’un «nationalisme transcendé» était tout particulièrement d’actualité, ces derniers mois ayant été caractérisés par une montée des tensions entre les deux capitales.
A Tokyo, le conservateur et nationaliste Abe Shinzo ne fait pas mystère de son désir de revenir sur le système mis en place dans son pays à la suite de la défaite de 1945, en particulier le renoncement à prendre part à un quelconque conflit armé.
A Séoul, ce programme politique ne passe pas, et il a fallu attendre le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), qui vient de se terminer à Pékin, pour qu’enfin la présidente sud-coréenne Park Geun-hye rencontre le Premier ministre japonais.
Isolé face à la Chine, le Japon tente actuellement d’améliorer ses relations avec la Corée du Sud et Abe Shinzo souhaite une rencontre entre les chefs d’Etat des deux pays, mais, côté sud-coréen, l’entourage de la présidente a signifié qu’un sommet entre les deux dirigeants ne serait possible que si le Japon prenait des mesures concrètes sur la question ultrasensible des «femmes de réconfort».
Excuses au nom du Japon
A Séoul, les évêques japonais n’ont pas du tout éludé cette question. Avant le début de la rencontre, dix évêques japonais accompagnés de dix évêques coréens ont rendu visite à une maison de retraite qui héberge plusieurs de ces «femmes de réconfort», qui, à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, furent contraintes à se prostituer pour les soldats et officiers de l’armée impériale japonaise. A cette occasion, Mgr Matsuura Goro, évêque auxiliaire d’Osaka, a présenté à ces femmes ses excuses au nom du Japon. Mgr Matsuura a ajouté que l’Eglise catholique au Japon avait, pour sa part, fait son propre examen de conscience quant à son attitude durant cette période de l’histoire et qu’elle veillait à le transmettre aux nouvelles générations.
A l’issue de cette 20e rencontre, Mgr Kim Hee-geun a déclaré que si la Corée et le Japon pouvaient sembler à la fois très proches et très éloignés, les évêques de ces deux nations étaient «aujourd’hui frères» comme ils l’ont toujours été. «A travers ces échanges, nous ferons en sorte de devenir des ponts pour renforcer la paix en Asie du Nord-Est et dans le monde», a ajouté le président de l’épiscopat sud-coréen. (apic/eda/rz)




