Depuis des siècles, le pauvre de ce continent, l’homme du peuple, le campesino, l’Indio, vit une situation d’oppression économique, sociale et culturelle. Avec, chevillée à l’esprit, l’espérance d’accéder au royaume de Dieu, avec ce passage obligé de sa misérable condition de vie terrestre. Acceptée comme une fatalité, à défaut d’une punition. Or, estiment les tenants de la théologie de la libération, la pauvreté est une négation de ce que Dieu veut. Parce que Dieu veut la vie en abondance. Et la théologie de la libération incite les millions d’exclus de ce continent à ce mettre debout. Elles les accompagne dans leurs luttes pour la dignité. Les communautés de base créées pendant ces 30 dernières années, en savent quelque chose.

Dans une Amérique latine où plus de 70% de la population est pauvre, où le très pauvre d’avant a encore été recalé à la condition d’exclu, sacrifié aujourd’hui sur l’autel du néo-libéralisme, la théologie de la libération est plus importante que jamais, e

Si la théologie de la libération est à ce point controversée, c’est pas seulement parce que certains disent y avoir trouvé des défauts d’orthodoxie (accusations d’utilisation d’une méthodologie marxisante), mais parce que la libération des pauvre heurte de front les intérêts de l’oligarchie au pouvoir. Le Père Gutierrez, n’est pas dupe. Il sait que la théologie de la libération est loin de plaire – et c’est là un euphémisme – , à tous, à Rome ou au sein de la hiérarchie de l’Eglise en Amérique latine. Parce que, dit-il, une théologie est une interprétation de la foi, elle n’est pas «la» foi. Mais aussi, affirme-t-il encore, parce que les adversaires de la libération sont politiques «Je dirais que les adversaires les plus acharnés sont des gens parmi les puissants, pour lesquels le christianisme n’est qu’une formalité…»

La théologie de la libération n’est sans doute pas un passage obligé de l’évangélisation en Amérique latine, admet le Père Gutierrez, mais elle a le grand mérite de rappeler un point central du message biblique: l’option préférentielle pour les pauvres, soutenue par les Conférence de Medellin (1968), Puebla (1979) et Saint-Domingue (1992). Et cela, dit le Père Gutierrez, est un passage obligé. Dans un discours adressé aux évêques du Brésil, le pape Jean Paul II avait d’ailleurs déclaré, suite à une polémique sur la théologie de la libération, que celle-ci était non seulement utile, mais nécessaire. (apic/pr)

15 novembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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