Vatican: Le vaticaniste de l’afp analyse la transition entre Benoît XVI et le pape François

«De Benoît à François, une révolution tranquille»

Rome, 11 novembre 2013 (Apic) «L’Eglise a un message moderne» à donner, capable de parler à chacun. C’est ce qu’affirme Jean-Louis de la Vaissière, vaticaniste de l’Agence France Presse (afp) et auteur d’un nouveau livre* consacré aux ruptures et continuités qui marquent la transition entre les pontificats de Benoît XVI et du pape François. Ce journaliste à la longue carrière estime que l’Eglise doit relever le double défi d’accomplir des pas sur certains sujets de société comme les divorcés-remariés, la place des homosexuels dans l’Eglise et le rôle des femmes, tout en restant ferme sur d’autres sujets.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Quand je suis arrivé à Rome en 2011, j’ai vu une Eglise brocardée dans les médias de manière très triste et un homme seul au timon de son bateau, dans la tempête, qui me frappait par la dignité de ses propos, sa clarté, sa transparence, sa volonté de purification. J’ai voulu décrire cette contradiction, exprimant dans mon livre à la fois la perception qu’on avait de l’Eglise et de Benoît XVI et la réalité de son personnage et de l’Eglise, traversée effectivement par beaucoup de conflits mais aussi par une volonté de renouveau et de dépouillement qui trouvera un prolongement avec le pape François.

Pendant l’écriture de votre livre, il y a eu la démission de Benoît XVI et l’élection du pape François, vous avez donc dû revoir l’angle de votre livre ?

Au départ, je voulais écrire un portrait de Benoît XVI et tout d’un coup mon livre s’est trouvé multiplié par 4 en volume car j’ai vu qu’il y avait un intérêt à étudier la continuité et la rupture entre les 2 pontificats. J’ai ajouté à cela une réflexion personnelle sur les défis de l’Eglise, la difficile confrontation avec la post-modernité sur les valeurs, le sens de la vie, analysant de manière juste certaines bonnes raisons des milieux non-croyants ou anticléricaux, mais surtout rendant justice aux arguments de l’Eglise sur des sujets fondamentaux tels que la famille par exemple. Ce ne sont pas des combats dépassés ni perdus. C’est essentiel pour moi de montrer que l’Eglise a un message moderne, qu’elle a su s ’adapter aux 5 continents par ce merveilleux processus d’inculturation, c’est un message qui passe car c’est un message qui potentiellement peut parler à tout le monde.

La 3e partie de votre livre est la plus personnelle, vous vous demandez si l’Eglise doit s’adapter au monde moderne, au risque de perdre son identité ou si elle doit rester solide dans ses fondamentaux.

Ma réponse est mesurée. Je cite des chrétiens modérés qui souhaitent que l’Eglise accomplisse des pas sur certains sujets : par exemple le problème des divorcés-remariés, celui de la place des homosexuels dans l’Eglise, le rôle des femmes qui doit être renforcé. Comme a dit le pape François, elles ne doivent pas être seulement des secrétaires de paroisse. Sur certains sujets on attend de l’Eglise des réponses. Mais je ne sais pas si on les aura car le dogme est difficile à changer. En revanche, sur certains autres sujets je pense que l’Eglise doit être ferme. Et quand le pape a appelé les jeunes à faire du grabuge, c’est aussi pour leur demander d’être à contre-courant, quand il s’agit de défendre la vie, la famille, les plus faibles.

Pensez-vous que l’Eglise se soit un peu écartée de la réalité de la société sous Benoît XVI et que le pape François soit plus proche de la réalité notamment grâce à son expérience d’archevêque ?

Je pense qu’en partie oui. Individuellement, Benoît XVI comprenait très bien tous ces problèmes. Dans ce qu’il décrivait comme la «société liquide», il a montré une compréhension très aiguë de toutes les nouvelles solitudes modernes. Mais il avait tout de même très peur de toutes les évolutions, d’ouvrir des «boîtes de Pandore». Et c’est vrai qu’il n’a pas ouvert de portes sur certains sujets mais il a renforcé le dialogue avec les non-croyants à travers le Parvis des Gentils et avait une approche, en tant que penseur, avec le monde non-croyant très respectueuse. Il se montrait néanmoins pessimiste sur une société où l’homme crée ses propres lois.

Qu’en est-il du pape François ?

Le pape François a, et c’est sa grande ouverture, une théologie de la miséricorde : toute personne qui, dans son for intérieur, veut revenir vers Dieu et se repent de ce qu’elle pense être mal, est attendue par le Christ. Il critique le «sacrement de la douane», qui dit par exemple à des parents non mariés : «votre enfant ne peut pas être baptisé parce ce que vous n’êtes pas en situation régulière». Selon lui la règle est importante mais la charité prévaut. C’est aussi respecter le cheminement intérieur. On voit cette dimension qu’on ne retrouve pas dans les autres religions, celle de la miséricorde.

* De Benoît à François, une révolution tranquille

Editions Le Passeur

330 pages

11 novembre 2013 | 15:04
par webmaster@kath.ch
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