Nigeria: Un pasteur et un imam, autrefois ennemis, travaillent ensemble pour la paix
De la haine à l’amitié
Kaduna, 11 mars 2014 (Apic) Le pasteur protestant James Wuye et l’imam Muhammad Ashafa travaillent ensemble depuis 15 ans pour la paix et la réconciliation entre chrétiens et musulmans à Kaduna, dans le nord du Nigeria. Les deux religieux ont pourtant longtemps été de farouches ennemis, essayant même de se tuer mutuellement.
Durant les années 1990, lorsque les tensions entre les communautés chrétienne et musulmane de Kaduna ont commencé à s’intensifier, James Wuye et Muhammad Ashafa étaient des fondamentalistes religieux. Ils entraînaient de jeunes gens des rues, à travers des milices, à haïr, à intimider et à tuer leurs adversaires, rapporte le 10 mars 2013 le média américain «Public Radio International» (PRI). Les deux représentants religieux ont beaucoup perdu dans cet affrontement. Le pasteur James a eu la main droite sectionnée et a vu mourir beaucoup de ses amis. L’imam Ashafa a perdu des membres de sa famille et un de ses mentors.
Ils «déprogramment» les jeunes endoctrinés
A présent, ils s’efforcent, au travers de l’organisation qu’ils ont créée «Interfaith Mediation Centre» (le centre de médiation interreligieuse) de promouvoir la paix et la réconciliation entre les communautés et de «déprogrammer» les jeunes qu’ils avaient recrutés. Ils sont maintenant célèbres au Nigeria. Ils ont leur propre talk-show télévisé et interviennent dans de nombreuses conférences internationales.
Fin novembre 2013, ils ont participé à une rencontre organisée à Kaduna par l’Université américaine de Boston intitulée «International Forum for Cities in Transition» (Forum international pour les villes en transition). La rencontre, la quatrième de ce type, a rassemblé une cinquantaine de délégués de villes du monde qui subissent des divisions communautaires, que ce soit au Liban, au Kosovo, en Irlande du Nord ou en Israël-Palestine. La cité de Kaduna, capitale de l’Etat du même nom, est à la frontière des zones à majorité musulmane du nord et chrétienne du sud du Nigeria. La ville, en proie à de très vives tensions depuis les années 1990, a été choisie pour accueillir la conférence parce qu’elle est à l’avant-garde des efforts de réconciliation.
La religion pour construire des ponts
L’imam Ashafa a expliqué avoir effectué sa conversion de la haine au pardon après avoir entendu le prêche d’un de ses confrères, citant un passage du Coran exhortant à transformer le mal en bien et à se faire des amis de ses pires ennemis. C’est également les paroles d’un confrère, lui ayant asséné qu’il ne pouvait pas prêcher l’Evangile avec de la haine dans le cœur, qui a incité le pasteur Wuye à changer d’attitude.
Le processus de pardon et de réconciliation a pris plusieurs années, mais les deux religieux entretiennent aujourd’hui une intense relation d’amitié. «Je ne suis pas chrétien et ne veut pas le devenir, explique l’imam Ashafa. James ne veut pas non plus devenir musulman. Mais ce qui nous fait avancer, c’est la compréhension que la religion sert à construire des ponts, c’est un principe de la tradition abrahamique». (apic/pri/rz)



