France: L’ACAT dénonce la condition des prisonniers en Tunisie
De nombreux détenus victimes de meurtres et de mauvais traitements
Paris, 28 janvier 2010 (Apic) Un dangereux chaos règne actuellement dans toutes les prisons tunisiennes, selon les informations reçues par l’ACAT-France de la part des familles et avocats de détenus. De nombreuses exactions, dont des meurtres, ont été commises à l’initiative des gardiens.
«Alors que l’attention du peuple tunisien et de la communauté internationale est focalisée sur l’après-révolution et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, des milliers de prisonniers tunisiens attendent, dans des conditions déplorables, que le vent de la liberté atteigne leur prison», lance l’ACAT-France dans un appel diffusé le 28 janvier. «Selon les récits de plusieurs prisonniers considérés comme en fuite, les gardiens des prisons de Mahdia, Kasserine, Messadine, Borj El-Amri, Monastir et Sfax ont, les 14 et 15 janvier, demandé aux détenus de quitter la prison, prétextant qu’ils étaient libérés. Dans plusieurs prisons, ceux qui sont sortis se sont fait tirer dessus par la police. Certains ont alors essayé de réintégrer la prison mais ont été repoussés par les gardiens. Parmi les prisonniers toujours en fuite, plusieurs sont gravement blessés mais n’osent pas se rendre à l’hôpital pour être soignés, de peur d’être arrêtés».
L’ACAT-France fait également état de nombreuses autres exactions, commises dans un contexte de chaos d’après-révolution. L’organisation de défense des droits humains mentionne des incendies «déclenchés dans plusieurs prisons, sans qu’il soit encore possible de déterminer avec certitude si ce sont les prisonniers ou les gardiens qui en sont à l’origine». Des détenus ont été victimes de mauvais traitements et de tortures. Ainsi, à Mornaguia, la principale prison de Tunis, des gardiens ont uriné sur des prisonniers. Certains détenus ont été privés de sommeil et passés à tabac. Dans la plupart des prisons du pays, des prisonniers ont été tabassés, privés de nourriture et de médicaments pendant plusieurs jours, dénonce encore l’ACAT.
Plus de 150 morts violentes dans les prisons
Samir Dilou, président de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP) estime à plus de 150 le nombre de prisonniers ayant trouvé la mort dans les prisons de Borj el-Roumi, Sousse, Monastir, Gabès et Borj el-Amri. D’après les informations recueillies par l’AISPP auprès de prisonniers en fuite et de familles de détenus, près de la moitié des victimes sont mortes sous les tirs des policiers, les autres dans les incendies.
Par ailleurs, poursuit l’ACAT-France, contrairement à ce qu’a annoncé le ministre du Développement régional le 19 janvier, les trois prisonniers appartenant au mouvement El-Nahda n’ont pas été libérés, pas plus que les centaines de musulmans pratiquants détenus ou condamnés sur le fondement de la loi anti-terroriste sans qu’aucun acte violent ni tentative d’acte violent n’ait été prouvé. Il en va de même des prisonniers politiques arrêtés dans le cadre du mouvement du bassin minier de Gafsa, en 2008 et dont plusieurs, tels que les jeunes de Mdhilla et ceux d’Oum Ksab, n’ont toujours pas été libérés.
Dans son appel, l’ACAT-France demande au nouveau gouvernement tunisien «d’intervenir de toute urgence pour faire cesser les actes de torture et les mauvais traitements qui se multiplient dans les prisons depuis le 14 janvier», ainsi que «la création d’une commission d’enquête chargée de faire la vérité sur ces exactions alléguées». L’ACAT-France demande également au ministre de la Justice tunisien de «procéder sans délai à l’amnistie et à la libération des prisonniers politiques, comme le nouveau gouvernement s’y est engagé». (apic/com/bb)



