Japon: Un responsable baptiste affirme que les statistiques cachent le vrai nombre de sans-abri

De plus en plus de pauvres au Japon

Tokyo, 13 décembre 2010 (Apic) Le pasteur Tomoshi Okuda, à la tête d’une organisation à but non lucratif récompensée pour son action auprès des sans-abri à Fukuoka, affirme que les sans-abri sont coupés du reste de l’humanité. Être sans-abri ne signifie pas uniquement ne pas avoir un toit, mais aussi être coupés des autres, rapporte l’agence de presse oecuménique ENI à Genève.

«Nous devons venir en aide à ces sans-abri, qui se trouvent dans une pauvreté tant physique que relationnelle, en assurant leurs besoins matériels et en les aidant à restaurer leurs liens humains», a déclaré le pasteur Tomoshi Okuda, qui préside le Conseil d’administration de l’Organisation de soutien aux sans-abri de Kitakyushu, à Fukuoka, dans le sud-ouest du Japon.

Un concept différent de la pauvreté

A ses yeux, les statistiques gouvernementales occultent les vrais chiffres relatifs aux sans-abri.

«La perte de leurs relations humaines découle de leur isolement et de la perte d’eux-mêmes», a déclaré Tomoshi Okuda, 47 ans, pasteur de la Convention baptiste du Japon. Il a fait cette constatation à l’occasion d’une conférence donnée à Tokyo, le 20 novembre, alors qu’il présentait l’action de son organisation. Celle-ci répertorie le nombre de sans-abri dans la région de Kyushu depuis 1988, en les inscrivant dans des registres.

Le pasteur Okuda représente un réseau national de soutien aux sans-abri. Selon une loi japonaise de 2002, les sans-abri sont définis comme «les personnes menant leur vie quotidienne dans les parcs municipaux, sur les bords des rivières et des routes, dans les gares ou d’autres installations». Aussi, leur nombre aurait décru, passant de 25’396 à 13’124 selon les statistiques gouvernementales. Dans la ville de Kitakyushu, où son organisation travaille, le pasteur a relevé que leur nombre a également baissé selon les chiffres donnés par la municipalité, passant de 434 en 2004, à 141 en 2010. «Mais le nombre des nouveaux inscrits dans nos registres est passé de 197 en 2007, à 482 en 2009», a déclaré le pasteur Okuda. «De toute évidence, il y a de plus en plus de pauvres. Le concept de pauvreté doit être redéfini.»

Les causes: les concepts de responsabilité individuelle et de déréglementation économique

La pauvreté s’est accrue depuis que règne au Japon l’opinion selon laquelle la société doit être fondée sur la «responsabilité individuelle» et la déréglementation économique, concepts promus au milieu des années 2000 par le gouvernement de Junichiro Koizumi, alors Premier ministre japonais. Elle a rapidement progressé depuis la faillite de la banque Lehman Brothers aux Etats-Unis, en septembre 2008, a souligné le pasteur.

«La responsabilité sociale devrait primer sur la responsabilité individuelle», a affirmé le pasteur Okuda. «Non seulement les richesses, mais aussi les souffrances devraient être redistribuées, en coordonnant les fardeaux et risques sociaux, qui pourraient être partagés selon les capacités de chacun», conclut-il (apic/eni/hy/ggc)

13 décembre 2010 | 17:32
par webmaster@kath.ch
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