Suisse

Décès de Jean-Luc Ballestraz: une voix de l'Eglise valaisanne s'est éteinte

La nouvelle est tombée, brutalement: Jean-Luc Ballestraz est décédé le 30 juin 2017 à l’âge de 73 ans. Un choc pour tous ceux qui ont connu cet homme de radio, diacre et responsable de la communication dans le diocèse de Sion.

En Valais, il était connu comme le loup blanc. Avec humour, il se décrivait lui-même comme «le petit qu’a le son»: une expression qui atteste à la fois de sa taille (il était né avec un retard de croissance) et de sa passion pour la radio.

Passionné de radio

Sa passion pour la radio est immense: son «bébé» Radio-Martigny, lancée en 1982 après une expérience pilote tentée lors du Comptoir de Martigny de 1980, deviendra Radio Rhône, puis Rhône FM. Une évolution qu’il vivra avec plus ou moins de bonheur. Encore responsable de l’émission religieuse du dimanche matin sur Rhône FM, il a vu progressivement ce temps d’antenne rogné.

A côté de son commerce de montres et d’appareils électroniques de Martigny, il a participé activement à la naissance des radios libres dans les années 1980. Il est partout. Il enregistre des groupes folkloriques, produit des disques et des CD, reçoit dans son antre de la Rue des Bonnes-Luites tout ce que le Valais comporte de personnalités politiques ou ecclésiales, les chanteurs, animateurs, responsables d’associations, de clubs, etc. Fin connaisseur de sa région, Jean-Luc Ballestraz est un repère pour beaucoup.

Un «geek»

«Jean-Luc était un véritable geek de la radio. Il était à la pointe de l’évolution technologique puis numérique des médias», précise l’abbé Vincent Lafargue, curé d’Evolène (VS). Il évoque une belle collaboration avec autour de «Fréquence chrétienne», l’émission religieuse diffusée tous les dimanches matin jusqu’en janvier 2016. L’abbé Lafargue se souvient de cet immense travailleur, perfectionniste bienveillant à la critique constructive, qui avait «un œil d’horloger sur le travail effectué».


Extrait de Fréquence chrétienne (@ Rhône FM) du 20 décembre 2015:


Il accueillait dans son studio, installé chez lui, toutes les personnalités du Valais romand et au-delà. A la fois preneur de son, animateur, disque-jockey, il était l’homme à tout faire. Et à le faire à fond. Il savait mixer des sons, interviewer, passait des heures dans sa cave, véritable caverne débordant de disques, répondant au téléphone à tout va.

De caractère généreux et affable, débordant d’énergie, ne comptant pas son temps, il avait toujours le mot pour détendre l’atmosphère. «Je passais régulièrement au micro de son studio pour lancer l’appel à la quête pour le diocèse», se souvient Stéphane Vergère, administrateur du diocèse de Sion. «Il avait beaucoup d’humour et posait des questions parfois surprenantes. Il fallait faire preuve d’imagination pour raccrocher au thème de l’interview. Cela m’amusait».


Extrait de Fréquence chrétienne (@ Rhône FMdu 27 décembre 2015:


L’abbé Lafargue se remémore les directs épiques réalisés les soirs de Noël, où tant de personnalités romandes se sont succédés au micro de Jean-Luc Ballestraz. Parmis lesquelles Josy Roduit, Mgr Lovey, Mge Jean Scarcella. «Plusieurs heures de direct nous emmenaient jusqu’à la messe de minuit… qu’il trouvait l’énergie de commenter!».

Jean-Luc Ballestraz en 2000, à l’occasion des 30 ans du Foyer des Dents-du-Midi, à Bex (VD), en compagnie du Père J. R. Fracheboud (à g.) et du chanoine Jean Scarcella (à dr.). (photo: Foyer de Charité – Bex)

Une forte personnalité

Stéphane Vergère évoque la forte personnalité de Jean-Luc Ballestraz. «Il n’avait pas sa langue dans sa poche. Il disait ce qu’il avait à dire. Puis il rentrait dans le rang car il avait le sens de l’obéissance». Un caractère qui lui a permis de «mobiliser les troupes ecclésiales» quand cela était nécessaire, notamment pour nourrir la page ‘Eglises’ du Nouvelliste dont le diocèse lui avait confié la responsabilité. «Il m’est arrivé d’avoir de ‘fortes’ discussions avec lui, ajoute l’abbé Lafargue, il avait, comme moi, son franc-parler mais jamais de rancune. C’était oublié le lendemain».

Le Service diocésain de radio et télévision

En 1989, lorsque Mgr Henry Schwery, alors évêque de Sion, avait décidé la création du Service diocésain de radio et télévision (SDRT), Jean-Luc Ballestraz en a été nommé responsable. Il s’agissait, selon le communiqué diocésain de l’époque, de «soutenir par des interviews, des reportages et des témoignages, la mission de l’Eglise universelle et de l’Eglise diocésaine dans ses diverses réalités». Il s’y employa avec beaucoup d’énergie. Il déploya également ses talents sur la chaîne valaisanne Canal 9 où il produisit l’émission «Croire».

Une voix aussi romande

Les compétences de Jean-Luc ont débordé les frontières valaisannes. Il a en effet suscité un essai de coordination entre responsables d’émissions catholiques de radios locales de Suisse romande. Il avait pour cela organisé des exercices au studio du Centre catholique de radio et télévision (CCRT), à l’époque situé à Lausanne. Il a obtenu le Prix catholique national de la communication en 2005, organisé alors par la Commission des médias de la Conférence des évêques suisses (CES). A la suite de l’émission «Racines» de la RTS, «Un petit grand-papa à la hauteur» par Michel Demierre, il a été lauréat du Prix Farel.

Jean-Luc Ballestraz, lors d’une ordination diaconale en 2016. (Photo: Grégory Roth)

Par ailleurs, Jean-Luc Ballestraz a été un des premiers diacres ordonnés dans le diocèse de Sion, le 7 juin 1997. Jean-Luc Ballestraz, né le 27 décembre 1943, était marié à Marie-Jeanne, une infirmière qui l’a suivi dans toutes ses aventures. Epoux, père de famille et grand-père, il avait pris progressivement du recul, en raison de graves problèmes de santé qui l’ont contraint à ne plus quitter sa chaise roulante, ces derniers mois. (cath.ch/bl/bh/ak)

Jean-Luc Ballestraz au stand «Présence d'Eglises» à la Foire du Valais en 2015
30 juin 2017 | 18:38
par Bernard Hallet
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