Hommage du pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du COE
Décès de Jean Paul II: Les responsables chrétiens du monde entier expriment leur tristesse
Genève, 4 avril (Apic) Les expressions de sympathie et les hommages affluent du monde entier suite au décès du pape Jean Paul II samedi soir.
«Sa Sainteté le pape Jean Paul II restera dans les mémoires comme l’un des chefs spirituels les plus courageux de notre temps», a ainsi affirmé le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE).
L’engagement de l’Eglise catholique dans l’oecuménisme est irréversible
Le COE qui regroupe la plupart des Eglises protestantes et orthodoxes dans le monde. L’Eglise catholique romaine coopère avec lui pour certains programmes.
«Dans le cadre du mouvement oecuménique, il a constamment affirmé que le profond engagement de l’Eglise catholique romaine dans l’oecuménisme était irréversible», a relevé le pasteur Kobia, en rappelant en particulier les efforts du pape en vue de promouvoir le dialogue avec les autres traditions religieuses, et sa préoccupation pour les problèmes relatifs à la justice sociale et aux valeurs morales et éthiques.
En juin 1984, le pape Jean Paul II a effectué une visite au Centre oecuménique à Genève, où se trouve le siége du COE, durant laquelle il avait réaffirmé l’engagement de l’Eglise catholique dans le mouvement oecuménique. Néanmoins, se référant à la papauté, un point de division avec d’autres Eglises, le pape a affirmé que «la fidélité au Christ nous interdit d’y renoncer».
Le président du comité central du COE, le catholicos Aram Ier, a également exprimé ses condoléances après la mort du pape Jean Paul II: «Ses efforts constants pour faire de l’Evangile du Christ une réalité vivante dans la vie des gens, son témoignage prophétique infatigable visant à faire des valeurs morales les principes directeurs des sociétés humaines, son engagement sans faille en faveur de l’unité chrétienne, son ouverture aux autres religions, inspirée par la vision d’une communauté humaine réconciliée vivant ensemble dans la diversité, et sa lutte incessante en faveur de la justice, des droits humains et de la liberté font de Sa Sainteté une personnalité exceptionnelle qui a accompli de grandes choses.»
La «position conservatrice» de Jean Paul II reste un point d’interrogation
Le pasteur Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), a aussi rendu hommage à Jean Paul II. «La mort du pape Jean Paul II signifie la fin non seulement d’une vie humaine vraiment remarquable mais aussi d’un pontificat très important de l’Eglise catholique romaine en un moment crucial de l’histoire de l’humanité», a-t- il affirmé.
«Son rôle dans les changements qui allaient lever le rideau de fer et ouvrir les frontières de l’Europe reste une contribution importante à l’histoire de la région et du monde», a rappelé le secrétaire général de la FLM, qui rassemble la plupart des Eglises luthériennes à travers le monde.
Cependant, «la position conservatrice de Jean Paul II a soulevé des interrogations sur l’engagement de ce pape envers le mouvement oecuménique», a fait remarquer le pasteur Noko. «Il doit être reconnu, toutefois, que l’Eglise catholique romaine, au cours de son pontificat, a contribué de façon importante aux grands processus oecuméniques.»
«Une avancée oecuménique importante»
Le pasteur Ishmael Noko a rappelé «une avancée oecuménique importante» obtenue par la signature en 1999 par la FLM et l’Eglise catholique romaine d’une «déclaration commune sur la doctrine de la justification». Par cette déclaration, les deux traditions ont reconnu l’existence d’un consensus sur les vérités fondamentales d’une doctrine, qui a été l’un des principaux points de divergence entre la papauté et Martin Luther au temps de la Réforme.
Le secrétaire général de la FLM a aussi rendu hommage au soutien du pape à l’exercice de la foi religieuse comme droit fondamental de la personne. Par ailleurs, «jusqu’aux derniers jours de sa vie, il s’est personnellement engagé dans les efforts déployés pour résoudre les conflits, en particulier lorsque des motifs religieux étaient en jeu.
Ainsi le pape a fait part de sa grande préoccupation devant les tensions actuelles mondiales, présentées par certains comme un conflit entre le monde arabo-musulman et l’Occident chrétien», a affirmé le pasteur Noko.
Un non permanent à la guerre
Des responsables de l’Alliance réformée mondiale (ARM) ont mis l’accent sur la préoccupation partagée pour des questions telles que la dignité humaine, la paix, la résistance à la guerre – notamment la guerre en Irak – la liberté religieuse et la justice économique.
«Même si nous n’avons pas toujours été d’accord avec chaque prise de position éthique et sociale, la papauté de Jean Paul II a marqué une position claire sur certaines grandes questions qui sont partagées par l’Alliance réformée mondiale», ont affirmé le président de l’organisation, le pasteur Clifton Kirkpatrick, et son secrétaire général, le pasteur Setri Nyomi.
«Ses voyages dans différentes régions du monde en vue d’encourager les fidèles et de défier parfois les forces du mal resteront une grande contribution dans un monde brisé qui a tant besoin de voix fortes en faveur de la transformation.» Le pasteur Keith Clements, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a souligné que pour les Eglises et les peuples d’Europe, le pape Jean Paul II était un personnage de toute première importance. «La vie de ce fils de la Pologne a été empreinte de l’expérience la plus tragique qu’ait connue l’Europe du 20e siècle, des suites de la guerre et de l’oppression – d’abord l’occupation nazie, puis le totalitarisme du régime communiste.»
Renforcement de la coopération entre les Eglises sous le pontificat de Jean Paul II
«Sa place dans l’histoire d’une Europe en pleine mutation pendant le dernier quart du 20e siècle lui est d’ores et déjà acquise», a affirmé le secrétaire général de la KEK, qui regroupe la plupart des Eglises protestantes, orthodoxes et anglicanes en Europe. Il a rappelé également le renforcement de la coopération, durant le pontificat de Jean Paul II, entre la KEK et le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE).
Pourtant, a fait remarquer le pasteur Clements, cité par l’agence de presse oecuménique ENI à Genève, il subsiste encore «de profondes divergences théologiques et ces dernières années de nouveaux problèmes et quelques frustrations ont pu être expérimentés dans le cadre de notre voyage oecuménique. » (apic/eni/be)




