Décès de Maurice Bellet, théologien lucide et courageux

Prêtre et théologien formé à la psychanalyse, Maurice Bellet est mort le 5 avril 2018 à l’âge de 94 ans d’un AVC à l’hôpital Sainte-Anne de Paris. Lucide et courageux, il n’a eut de cesse de traduire, dans une société sécularisée, les éléments de la foi chrétienne.

La pensée théologique de Maurice Bellet se distingue par une prise en considération courageuse du processus de déchristianisation occidental. Dans l’un de ses derniers livres, L’explosion de la religion (Bayard, 2014), il affirme percevoir la «décomposition» de la pratique religieuse en Europe. «La religion s’est rétrécie à ce que la société a fini par appeler le religieux«. Impossible selon lui de «réinventer l’espace même de l’Evangile» sans prendre le rétrécissement de la religion dans toute son ampleur.

«Ce que nous avons à craindre, c’est la disparition du christianisme, affirmait-t-il dans un entretien accordé au Journal La Croix, en décembre 2007. Précisons de la foi chrétienne. Car du christianisme il subsistera toujours au moins des traces culturelles (…). Mais les chrétiens auraient bien tort de croire que ce sauvetage culturel signifie un retour de la foi».

Pour retrouver le suc de la vie chrétienne, Maurice Bellet eut l’intuition rapide qu’une profonde mue était à entreprendre, rappelle La Croix, et tout un discours de foi à revisiter. «C’était un homme d’une très grande ouverture d’esprit, se souvient Catherine Erard, journaliste à RTSrelgion, soucieux de traduire les éléments de la foi chrétienne dans un monde sécularisé».

Il en va de la survie même du christianisme. «S’il se révèle que la foi chrétienne est incapable d’affronter le monde tel qu’il est, de donner une interprétation valable et efficace de ce que les gens vivent, alors sa défaite est certaine, écrivait-il en ce sens. Et sa place sera au musée, dans le folklore, dans l’histoire des historiens».

Lucide, Maurice Bellet était aussi un homme d’espérance. Quand «tout va mal», il est urgent de retrouver ce qui donne à chacun la possibilité de vivre. C’est là, précisément, que la religion peut se réinventer. (cath.ch/lacroix/pp)

6 avril 2018 | 17:07
par Pierre Pistoletti
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