Suzi Pilet, autoportrait (© Suzi Pilet, Fonds Suzi Pilet, Musée de l'Elysée)
Suisse
Suzi Pilet, autoportrait (© Suzi Pilet, Fonds Suzi Pilet, Musée de l'Elysée)

Décès de Suzi Pilet, photographe des âmes

24.01.2017 par Pierre Pistoletti

La photographe lausannoise Suzi Pilet est décédée le 22 janvier 2017 à l’âge de 100 ans. Proche de la scène artistique et littéraire romande, elle entretenait des amitiés fécondes avec Corinna S. Bille, Maurice Chappaz ou encore l’abbé Maurice Zundel. A travers ses portraits, elle n’a eu de cesse de chercher à “révéler ce quelque chose qu’on peut appeler l’âme”.

En plus du portait – son gagne-pain –, Suzi Pilet a créé, des années 1940 aux années 2000, une œuvre foisonnante faite d’images oniriques et de détails de nature et de matière, de vues urbaines et de paysages. “Son œuvre est à son image, à la fois terrienne et idéaliste, enracinée et rêveuse”, explique le Musée de l’Elysée dans le communiqué de presse qui annonce son décès.

Proche de l’extraordinaire

Durant toute sa carrière, elle ne s’est jamais départie de son Rolleiflex. “Il n’y a que le noir et blanc qui me convienne pour me faire comprendre, expliquait-elle à l’occasion d’un reportage de la TSR, pour ses 85 ans. Il y a du mystère dans le noir et blanc. Il y a de l’extraordinaire. Je vis de plus en plus près de l’extraordinaire”.

Ses portraits étaient avant tout le lieu d’une épiphanie. “On cache quelqu’un ou quelque chose à l’intérieur. J’aime révéler ce quelque chose qu’on peut appeler l’âme ou l’intériorité”.

“J’ai commencé à lire des polars pour me désintoxiquer de ces grands mystiques que j’aime toujours!”

Suzi Pilet était une femme simple. Sa manière de vivre son art était devenue le tout de son existence. “J’ai toujours vécu de peu, affirmait-elle en 1997 dans un portrait de l’émission Racines (TSR). J’ai beaucoup en moi-même. Je me sens assez chargée et riche intérieurement. J’ai envie de peu. Moins j’ai, plus je suis heureuse”.

Maurice Zundel

Parmi les nombreuses personnes immortalisées devant son objectif, l’abbé Maurice Zundel (1897-1975) restera pour elle une rencontre marquante. “On m’avait conseillé d’aller le rencontrer, alors je me suis rendue à une de ses conférences. Je suis allée l’écouter pour voir sa tête. Je l’avais trouvé un peu compliqué”. Ce qui ne découragera pas Suzi Pilet de pousser la porte de la cure d’Ouchy, pour le rencontrer personnellement. “Je me suis assise en face de lui. Il ne disait rien et moi non plus. J’attendais le déclic. C’était un peu long. Puis j’ai vu qu’il avait à côté de lui un livre d’Henry Miller, alors je lui ai dit: ‘vous êtes un grand type, vous lisez Miller’. Il a souri et m’a dit: ‘tout tourne autour du sourire, au fond'”.

L’abbé Maurice Zundel photographié par Suzi Pilet (© Suzi Pilet / Fondation Maurice Zundel)

L’abbé Zundel lui fera découvrir les grands mystiques de la tradition chrétienne. “J’ai commencé à lire saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila ou encore sainte Catherine de Sienne. Ça m’a paumée! J’étais contaminée. Qu’est-ce qu’on peut lire après cela? J’ai eu peur de ne plus pouvoir lire un vrai poète. J’ai commencé à lire des polars pour me désintoxiquer de ces grands mystiques que j’aime toujours!”

“Si je rentre dans votre mystère, il me semble que je pourrai faire quelque chose”, lançait-elle un jour à l’abbé Zundel. “Visiblement ça lui a plu”. Suzi Pilet est depuis l’auteur des portraits du mystique neuchâtelois qui ont servi de couverture à de nombreuses éditions de son œuvre spirituelle.

La mort ne lui faisait pas peur. “J’aimerais disparaître à pied, et disparaître en douceur”, glissait-elle il y a quinze ans. Suzi Pilet s’est éteinte paisiblement dimanche, au soir d’une longue vie consacrée à observer l’extraordinaire. Sa vocation. (cath.ch/pp)


Les Histoires d’Amadou

Avec son compagnon Alexis Peiry, ancien chanoine de Saint-Maurice, Suzi Pilet est également connue pour les Histoires d’Amadou créées dans les années 1950. Elle photographie une poupée de laine et de bois dans des décors naturels. Une première pour la littérature jeunesse de l’époque. Sept aventures paraissent entre 1951 et 1959, durant lesquelles Amadou sauve une fillette de la noyade ou même grille une cigarette en cachette.


Portrait de Suzi Pilet, Racines, TSR, 9 mars 1997


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