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Décès du Père jésuite Joseph Moingt, théologien libre et engagé

Le Père jésuite Joseph Moingt, théologien libre et engagé, volontiers pourfendeur des dogmes de l’Eglise catholique, est décédé à Paris le 28 juillet 2020, à l’âge de 104 ans. Les funérailles de cet érudit spécialisé en christologie seront célébrées le samedi 1er août à 10h30 à l’église Saint-François d’Assise, à Vanves, au sud-ouest de Paris.

Celui qui a enseigné la théologie à Lyon Fourvière, à l’Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres (les facultés jésuites de Paris) jusqu’en 2002, fut aussi directeur de la revue Recherches de sciences religieuses (RSR) de 1970 à 1997.

Une vie consacrée à l’intelligence de la foi chrétienne

Devenu centenaire, le théologien progressiste – sa théologie est admirée par un cercle fervent de chrétiens de gauche ou de personnes ‘en recherche’, comme le note le 28 juillet Jean-Pierre Denis, ancien directeur de la rédaction de La Vie -, a continué à publier. Son dernier ouvrage, L’esprit du christianisme: religion, révélation et salut, a été publié en 2018 chez Temps Présent Editions.  

Le jésuite a consacré sa vie à l’intelligence de la foi chrétienne, invitant à la repenser dans la situation de déclin et la menace d’effacement qu’elle affronte en ce XXIe siècle, pour lui redonner un avenir.

Distinguer l’enseignement de Jésus et celui de l’Eglise

Dans un entretien accordé en 2019 à Jean-Pierre Denis, il déclarait: «Longtemps, du fait de ma position de jésuite, je n’ai pas songé à distinguer l’enseignement de Jésus et celui de l’Eglise, moins encore à les opposer. C’est ce que je fais maintenant. Ma fidélité va désormais à l’Evangile. Avant de vouloir développer une pensée critique, mon souci est celui du témoignage. Ce que je remets en cause, ce n’est pas la foi de mon père, de ma mère, de mon curé, de mes premiers éducateurs, mais une certaine manière de l’exprimer philosophiquement, à partir du thomisme remis à la mode par Léon XIII et devenu l’école à penser de l’Eglise catholique. Je veux, en quelque sorte, faire remonter mon témoignage à Jésus, en deçà de l’enseignement de l’Eglise catholique, et en deçà de la tradition chrétienne».

Dossier à la Congrégation pour la doctrine de la foi

Son dossier à la Congrégation pour la doctrine de la foi fut «amplement instruit». Mais le jésuite aurait été protégé de toute sanction canonique «par le soutien de son ordre et par la volonté du cardinal Ratzinger», écrit Jean-Pierre Denis. Qui relève que «Moingt est devenu révolutionnaire sur ses vieux jours, non pas au moment du Concile ou de Mai-68, mais bien plus tard, après un cursus classique de professeur à Fourvière (Lyon), puis à l’Institut catholique de Paris».

Joseph Moingt alliait une réflexion de haut niveau à un sens du concret de la vie de l’Eglise en ces temps déchristianisation. Il s’est fait le chantre de ‘l’humanisme évangélique’, relève pour sa part le Père Charles Delhez sur CathoBel.be, le site officiel de l’Eglise catholique en Belgique francophone. En 1968, souligne le jésuite et sociologue belge, Joseph Moingt quittait Lyon où il enseignait les Pères de l’Eglise aux jeunes jésuites. Il était appelé à l’Institut catholique de Paris, pour donner des cours à des laïcs. Il perçut alors clairement un hiatus entre lui et ses étudiants formés à la philosophie moderne. Il sentait que «les chrétiens ne se satisfaisaient plus de leur position de mineurs permanents dans l’Eglise, de cette séparation entre clergé et laïcat, des interventions de l’Eglise dans le domaine public».

«J’ai vu les départs de l’Eglise et la désaffection»

«J’ai vu les départs de l’Eglise et la désaffection. Les églises se vidaient. Peut-être la religion était-elle en train de disparaître chez ceux qui n’avaient pas acquis une foi personnelle…», confiait-il. Le Père Moingt se reconnaissait peu optimiste quant à l’avenir de l’Eglise dans les pays occidentaux.

«En province, disit-il, on sent le vide. Là où il y avait 18 paroisses, il n’y en parfois plus qu’une. On peut l’oublier en ville, car certaines églises sont encore pleines. Peut-être est-ce cependant la permanence d’une tradition bourgeoise».

Le théologien était aussi inquiet pour l’avenir de l’humanité, face aux dégâts de l’économie néolibérale: «Comment peut-on devenir riches sinon aux dépens des pauvres?», s’interrogeait-il. Le Père Delhez souligne que Joseph Moingt était inquiet devant la perte du sens de Dieu: «Ce qui reste, c’est l’humanisme qui s’est échappé de l’Eglise…» (cath.ch/be)

Biographie

Joseph Moingt est né à Salbris (Loir-et-Cher) le 19 novembre 1915. Il a fait ses études secondaires au Petit Séminaire de La Flèche. Il est passé par le Grand Séminaire de Quimper.Il est entré dans la Compagnie de Jésus à Laval le 24 octobre 1938. Mobilisé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il est fait prisonnier et interné dans des camps en Souabe (Allemagne) puis en Pologne.
Sa formation jésuite a pu reprendre après la guerre. Il a fait ses études de philosophie, de 1945 à 1947, à Villefranche-sur-Saône, puis ses études de théologie de 1947 à 1950 à Lyon-Fourvière. Il a été ordonné prêtre le 31 juillet 1949, à Lyon, par le cardinal Gerlier. Il a préparé sa thèse de théologie de 1952 à 1955, à l’Institut Catholique de Paris, sur la Théologie trinitaire de Tertullien. Il a prononcé ses derniers vœux, dans la Compagnie de Jésus, le 2 février 1954.
Il a commencé alors une longue activité de professeur de théologie et, alors qu’il était devenu centenaire, il a continué à publier des ouvrages. Voir: https://www.jesuites.com/joseph-moingt-sj-bibliographie. JB  

Le Père jésuite Joseph Moingt, théologien libre et engagé | DR
29 juillet 2020 | 11:58
par Jacques Berset
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