Jura: Les jeunes ne sont pas l’avenir de l’Eglise, ils font partie de l’Eglise actuelle !
Décloisonner la catéchèse
Sancey, 5 octobre 2010 (Apic) La pastorale de la jeunesse était au menu de la session des agents pastoraux qui s’est déroulée à Sancey du 21 au 24 septembre, avec François Rouiller comme intervenant principal. MADEP, CAJ-Cados, scouts, Aumônerie des écoles, servants de messe, ce sont les principales propositions spécifiques qui sont faites aux jeunes dans le Jura pastoral, alors que les Orientations pastorales prônent le «Vivre ensemble» et le décloisonnement, en catéchèse et dans les services.
Que de clichés et de stéréotypes, que réfute même la déléguée à la jeunesse pour le Jura et le Jura bernois, Joanna Eyer. Elle était l’une des intervenants invités à exprimer leur perception des jeunes d’aujourd’hui. Il n’y a pas une jeunesse, mais des jeunes et c’est une petite minorité qui ne va pas bien, 1 à 2 %. Elle souligne l’impact du discours négatif, véhiculé par les médias comme par les personnes qui travaillent avec les jeunes. Il serait profitable de modifier des représentations sociales et mettre en évidence les aspects et projets positifs. Si l’adolescence, notion apparue au 20ème siècle seulement, est une mise à l’épreuve au sortir de l’enfance, c’est aussi une période très créative, dit-elle.
«Tout le chemin de la vie consiste à passer de la peur à l’amour»
Le domaine de la foi est impliqué dans le domaine social et le partenariat entre parents, enseignants, Eglise…. Romain Gajo, en stage dans l’Unité pastorale des Sources et qui sera ordonné prêtre en juin 2011, a présenté la vision ecclésiale de l’adolescent d’aujourd’hui. Sa thèse de doctorat s’intitule «L’accompagnement et l’éveil à la foi de l’adolescent dans la période d’initiation. Défis et nouvelles perspectives». Les jeunes ont des désirs spirituels, ils ont besoin de confiance, d’exemples, de rituels. La société individualiste et morose, entre mobilité et éclatement local, mondialisation et virtualisation, manque de cohérence et d’exemplarité, d’espérance aussi, elle qui s’incarne dans le visage de la famille. Non seulement l’évolution de génération est très rapide chez les jeunes, mais en plus il existe le décalage entre les générations, p’tit con d’un côté, vieux schnoque de l’autre. Et si l’on valorisait les jeunes, si l’on allait à leur rencontre, si on les laissait prendre des initiatives et participer aux décisions, si l’on acceptait d’apprendre d’eux ?
Quand l’Eglise se hisse vers les jeunes
François Rouiller a été animateur jeunesse de l’Eglise du canton de Vaud Quarantenaire, il est devenu formateur d’adultes et aumônier au CHUV à Lausanne.
«Pour quelles bonnes raisons nous préoccupons-nous de mettre des jeunes en lien avec l’Eglise? Pour les «faire revenir» à l’église le dimanche ou pour nous rapprocher d’eux ? » Si le jeune essaie de se libérer de la forte emprise de ses parents; ce n’est pas pour aller s’enfermer dans un autre carcan institutionnel. «Ne sommes-nous pas dans une Eglise qui est trop parentale? Une Eglise matriarcale qui garderait farouchement ses chers petits sous son aile?…»
77% des jeunes interrogés avouent ne plus faire confiance aux autorités religieuses, éprouver une réelle soif spirituelle mais refuser l’Institution ecclésiale. «Si l’on pense que les jeunes sont une chance pour l’Evangile, poursuit François Rouiller, il faut changer notre perception. Leur faire de la place. Leur demander ce que eux, ils aimeraient donner !» Créatifs, solidaires, les 15-25 ans constituent une puissance diaconale qui mérite d’être mise en valeur. Comment encourager leur sens de la fraternité et leur sensibilité particulière à l’écologie?
Pour une pastorale de la jeunesse qui a du sens
Fidélité, franchise, cohérence, sincérité, écoute… autant de qualités auxquelles les jeunes sont attachés. «Le lieu de rencontre avec les jeunes ne pourrait-il pas, aussi, se faire au cœur de nos fragilités? Sommes-nous prêts à aller au bout de notre écoute du jeune, à tenir compte de ses charismes et à les laisser émerger, à nous élever vers eux ? » interroge François Rouiller.
Il désigne trois priorités qui s’imposent : la nécessité de décloisonner, l’adoption d’attitudes nouvelles à l’égard des jeunes et la volonté de ne pas décider à leur place ce qui est bon pour eux. Parmi les chantiers en friche de la pastorale de la jeunesse, signalons: les aumôneries d’écoles, le soutien aux parents de jeunes, les temps communautaires axés sur l’intergénérationnel, la liturgie, la solidarité où l’idée des projets doit émaner des jeunes, et la nécessité de rejoindre les jeunes dans leurs milieux de vie. (apic/sic/mr/js)



