Le monastère de Dadivank aux mains des Azéris depuis le 15 novembre 2020 | © Jacques Berset
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Défaite arménienne: crainte pour l'avenir du patrimoine religieux

Après la défaite militaire des forces armées du Haut-Karabakh, les craintes pour l’avenir du patrimoine religieux arménien dans les zones récupérées par l’Azerbaïdjan sont vives. Les Arméniens craignent notamment pour le sort du monastère de Dadivank, dans le district de Karvachar, Kelbadjar pour les Azéris. Ce joyau médiéval est en danger, les Azéris étant coutumiers de la destruction des témoins de la présence arménienne dans les régions conquises.

Le cri d’alarme lancé pour la défense du monastère de Dadivank est répercuté dans le monde entier. Des pétitions à l’adresse de l’Union européenne et de l’UNESCO sont lancées pour préserver le patrimoine arménien menacé par l’Azerbaïdjan, alors que le président Ilham Aliev se réjouit à la télévision de Bakou d’avoir chassé les Arméniens «de nos terres comme des chiens».

Dadivank, monument historique cher au coeur des Arméniens | © Jacques Berset

Ilham Aliev traite publiquement les Arméniens de «chiens»

Face à cette rhétorique haineuse, les habitants arméniens des territoires qui vont être restitués abandonnent la région, chargent leurs maigres affaires sur des camions, et certains incendient même leur maison après en avoir récupéré jusqu’aux portes et fenêtres, pour ne rien laisser aux Azéris.

Situé à 1’100 mètres d’altitude, sur la rive gauche de la rivière Tartare, au milieu des forêts, dans un relief de montagnes, le complexe monastique arménien magnifiquement restauré de Dadivank, à Karvachar, est l’un des monuments artistiques chrétiens les plus remarquables de l’époque médiévale.

Les derniers pèlerins avant la fin

L’avenir de ce joyau est désormais incertain, car le district de Kelbadjar – occupé depuis près de trois décennies par les forces arméniennes – doit être restitué avant le 15 novembre 2020 à la République d’Azerbaïdjan. C’est une des conséquences de l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020 signé par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sous l’égide de la Fédération de Russie, pour mettre un terme à la sanglante guerre du Haut-Karabakh.

Le monastère de Dadivank est un haut-lieu du christianisme arménien | © Jacques Berset

A deux jours de sa rétrocession à l’Azerbaïdjan prévue par le cessez-le-feu, le monastère recevait ce vendredi 13 novembre ses derniers pèlerins, dont beaucoup sont venus d’Erevan, la capitale arménienne, pour leur dernière visite avant que les nouvelles frontières ne leur en ferment définitivement l’accès.

L’Arménie orientale christianisée au cours du premier siècle

Dans ce haut-lieu de la chrétienté arménienne, qui risque d’être condamné, le Père Hovhannès Hovhannisyan, curé du complexe monastique menacé, espère vainement un miracle, affirmant au site arménien Aysor.am que les Arméniens ne donneront pas Dadivank aux Turcs (Azéris). Mais la réalité est bien là: le monastère va tomber dans l’escarcelle de Bakou.

L’Arménie est un pays aux racines chrétiennes remontant aux premiers siècles | © Jacques Berset

Selon la tradition, le monastère a été fondé par saint Dadi (Sourp Dadi), un disciple de l’apôtre Thaddée qui a répandu le christianisme en Arménie orientale au cours du premier siècle de notre ère. En juillet 2007, la tombe de saint Dadi, l’un des 70 élèves de Jésus Christ, selon l’Eglise apostolique arménienne, avait été découverte sous l’autel de l’église principale.

Destruction systématique des églises et des monuments historiques

Le monastère a été mentionné pour la première fois au 9e siècle. Pour que ne se reproduise pas le désastre de la nécropole arménienne de Djoulfa, au Nakhitchevan, les milieux de défense du patrimoine religieux arméniens veulent interpeller d’urgence l’UNESCO. Ils veulent l’inciter à agir pour la préservation de ce trésor de l’humanité, appartenant au patrimoine mondial en péril, qui a été récemment restauré.

Fresques sur les murs du monastère de Dadivank | © Jacques Berset

Les défenseurs du patrimoine se souviennent bien de la destruction systématique, entre 1998 et 2005, à Djoulfa, dans la République autonome du Nakhitchevan, du plus grand cimetière de «khatchkars» (grandes pierres à croix sculptées typiques de l’art arménien) de l’Arménie historique. Le Nakhitchevan appartenait autrefois à la province arménienne historique du Vaspourakan, mais il fut détaché par les Soviétiques de l’Arménie dans les années 1920, tout  comme le Haut-Karabakh, et donné à l’Azerbaïdjan, peuplé majoritairement de musulmans chiites, tout comme l’Iran voisin.

Le monastère rasé remplacé par une mosquée

Depuis les années 1990, après avoir expulsé sa population arménienne, cette République de l’Azerbaïdjan a systématiquement effacé le patrimoine arménien médiéval: 89 églises médiévales ont été rasées, 5’480 pierres à croix et 22’700 tombes ont été totalement détruites, selon l’Organisation Terre et Culture (OTC), une ONG française investie dans la défense du patrimoine arménien.

A Aylis, au Nakhitchevan, le complexe du monastère historique Saint-Thomas d’Agoulis, jusqu’en 1837 siège d’un diocèse, a été rasé en 2005-2006, et remplacé par une mosquée. La population a brûlé ses livres religieux sur la place publique. (cath.ch/be)

Le monastère de Dadivank aux mains des Azéris depuis le 15 novembre 2020 | © Jacques Berset
13 novembre 2020 | 14:47
par Jacques Berset
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