Mise en garde contre une intervention militaire américaine
Délégation du COE de retour d’Irak
Appel des minorités chrétiennes irakiennes
Bagdad/Genève, 3 février 1998 (APIC) De retour d’une mission d’une semaine en Irak, une délégation du Conseil œcuménique des Eglises (COE), formée de 7 personnes, met en garde contre une nouvelle intervention militaire américaine dans ce pays. Les sept membres de la délégation, demandent un réexamen attentif des sanctions imposées à l’Irak par l’ONU.
Dans le rapport qu’elle a remis au pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, la délégation recommande avec force que les Eglises à travers le monde accomplissent des démarches auprès de leurs gouvernements respectifs, pour marquer leur opposition aux menaces de frappes militaires visant à contraindre l’Irak à se plier aux exigences du Conseil de sécurité de l’ONU.
Exposant les préoccupations des chrétiens irakiens, le rapport indique que pareille décision ne ferait qu’accroître les souffrances d’une population impuissante, prise entre deux feux. Il indique en outre que les Eglises d’Irak appellent les chrétiens du monde entier à se joindre à leurs prières en faveur d’un règlement non violent de la crise actuelle.
Le rapport poursuit en affirmant que les présentes sanctions violent gravement les droits fondamentaux de vastes secteurs de la population irakienne, niant les droits des habitants à se nourrir, à se vêtir, à se loger et à se soigner correctement, à bénéficier de services sociaux et à accéder à l’emploi.
La visite de l’équipe oecuménique aux Eglises d’Irak et aux victimes des sanctions a eu lieu du 18 au 25 janvier 1998. Elle faisait suite à une demande formulée en septembre dernier par le Comité central du COE qui souhaitait qu’une étude soit menée sur la situation en Irak, à la lumière des lignes directrices sur l’application des sanctions adoptées en 1995.
Effets contraires
Le rapport intégral de cette visite sera présenté au Comité exécutif du COE à sa prochaine session qui aura lieu à Genève du 17 au 20 février prochain. Voici quelques-unes de ses conclusions: le niveau de santé et de salubrité dans le pays a atteint un seuil critique; on observe une très forte augmentation de la mortalité, de la morbidité et de la malnutrition, surtout chez les enfants et chez d’autres personnes vulnérables; en raison de l’application des sanctions, il a été impossible de réparer l’infrastructure de base détruite en 1991 pendant la guerre du Golfe; les autorités n’ont pas non plus pu assurer la salubrité publique: systèmes d’approvisionnement en eau propre, hygiène publique et énergie électrique. Si on ajoute à cela la détérioration des établissements scolaires et hospitaliers et des autres équipements sanitaires, la dégradation des terres agricoles, des ressources humaines et de l’économie en général, tout concourt à construire un bien triste scénario.
Ces problèmes sont dus principalement aux années de sanctions imposées par l’ONU, dont le plan «pétrole contre nourriture» concédé par le Conseil de sécurité n’a guère contribué à corriger les effets destructeurs. Faute d’objectif clair, de buts définis et convenus et faute d’une application cohérente, les sanctions n’ont eu d’autre résultat que la souffrance des gens ordinaires. Loin de saper le soutien populaire au régime en place, les sanctions ont galvanisé la population qui est farouchement opposée à une intervention étrangère, et renforcé les liens entre les diverses communautés ethniques et religieuses.
Sanctions préjudiciables à la minorité chrétienne
Les sanctions ont aussi été très préjudiciables à la petite minorité chrétienne, notamment à son témoignage et à son ministère. Cette communauté a désormais beaucoup de mal à se financer et voit ses effectifs fondre, de plus en plus de chrétiens émigrant pour fuir les difficultés économiques. Les Eglises ont le sentiment d’être abandonnées par la communauté chrétienne mondiale et se sentent très isolées en raison des restrictions qui pèsent sur les déplacements internationaux et sur les autres formes de communication.
Bien informée avant son départ par les partenaires oecuméniques et par la lecture des rapports de l’ONU et d’autres institutions humanitaires, la délégation n’a pas été surprise de l’effet des sanctions sur la population de l’Irak. Elle a néanmoins été alarmée de l’aggravation de la situation au cours des derniers mois et de l’étendue de la souffrance humaine qu’elle a observée.
Pendant leur visite, les membres de la délégation ont sillonné tout le pays, s’entretenant avec des représentants d’Eglise, des prestataires de services sanitaires et sociaux, et des citoyens ordinaires, surtout des jeunes et des enfants. Ils ont fait part de leurs constatations à des collaborateurs d’institutions des Nations Unies et d’organisations humanitaires internationales privées présentes dans le pays, qui les ont confirmées. Leurs avis correspondaient aussi à ceux des hauts fonctionnaires irakiens, dont le vice-Premier ministre Tareq Aziz avec qui ils ont eu de longs entretiens.
La délégation était formée de 7 personnes: le métropolite Gregorios Yohanna Ibrahim, archevêque d’Alep, membre du Comité central du COE, Patriarcat orthodoxe syrien d’Antioche et de tout l’Orient; Josh Arnold-Forster, consultant en politique internationale, Eglise d’Angleterre; Josephine Ajema Odera, professeur, Institute of Diplomacy and International Studies, Université de Nairobi, Eglise anglicane, Kenya; Leila Richard, médecin, Eglise épiscopale, Etats-Unis; Stein Villumstad, directeur intérimaire des programmes d’aide internationale, Norwegian Church Aid, Eglise de Norvège; Salpy Eskidjian, membre du personnel du COE, Commission des Eglises pour les affaires internationales (CEAI), Eglise arménienne apostolique, Chypre; Clement John, membre du personnel du COE, CEAI, Eglise du Pakistan. (apic/coe/pr)



