Initiateurs et opposants restent sur leurs positions
Delémont: Débat, lundi, sur le projet d’ériger une croix au bord de la Transjurane
Delémont, 18 octobre 2000 (APIC) Initiateurs et détracteurs du projet de la pose d’un «objet d’art», sous la forme d’une croix posée au bord de la Transjurane, à Courfaivre, n’ont pas réussi à se mettre d’accord lundi soir à Delémont, au cours d’un débat proposé par le vicariat épiscopal jurassien. Nettement majoritaires parmi les quelque 70 personnes présentes, les gens acquis à l’idée du projet ont débattu face aux opposants. Dans l’intolérance parfois. Et sans vraiment s’écouter les uns les autres.
Si le groupe qui a mis le projet en route il y a huit ans avait l’intuition de la portée symbolique d’un signe chrétien placé au bord du bout d’autoroute du canton du Jura, il n’a en revanche pas pris en compte la portée émotionnelle de son idée.
Le projet n’avait rien de secret depuis tout ce temps, mais ce n’est que cet été, après les publications officielles qui n’ont d’ailleurs suscité aucune opposition, que les courriers des lecteurs ont révélé des critiques. Le Conseil du vicariat a pris l’initiative d’organiser un débat public, afin de poser les questions et d’éclairer les consciences. Lundi 16 octobre au Centre St-François, Pierre-André Chapatte, rédacteur en chef du Quotidien Jurassien a été le modérateur de la soirée dont le thème reprenait le titre de son éditorial: «Un symbole religieux a-t-il sa place dans l’espace public d’un état laïc, fût-il de culture judéo-chrétienne ?»
Pasteure de l’Eglise vaudoise du Piémont, Simone Brandt, de Porrentruy, a d’emblée tenté de convaincre, lors de la table ronde, de la portée œcuménique du projet: «L’Eglise réformée Berne-Jura a été partenaire de l’initiative et favorable au projet dès le départ. Et dans la maquette de l’œuvre d’art, elle voit plus le symbole de vie des épis de blé que la croix elle-même».
«L’autoroute n’est pas un sentier de forêt», a pour sa part commenté le chanoine Jacques Oeuvray, membre du comité d’initiative, en rappelant qu’il a béni l’autoroute lors de son inauguration, à la demande de l’Etat!
Signe d’humilité et d’unité, non de puissance
Opposée au projet, la députée Odile Montavon, a de son côté estimé que le coût de 250’000 francs pourrait être investi à meilleur escient dans la solidarité. Il s’agit là d’un «projet de pharisiens… la foi doit être discrète, et la défense de la justice n’est pas l’apanage des croyants», a-t-elle dit, avant de reprendre à son compte le cliché du clivage religieux entre nord et sud du Jura. Cliché dépassé, éculé et trompeur. Ce qu’a admis volontiers du reste l’ancien conseiller national autonomiste du sud du Jura, Jean-Claude Zwahlen. «Il est facile d’exacerber ce qui fut une mauvaise excuse dans la division du Jura». Si ce monument ne l’offusquera pas, il le trouve quelque peu futile. Il s’est enfin étonné qu’aucune initiative ne lance l’idée d’un monument sur la future Transjurane, à l’endroit qui reliera le sud du Jura et le nord.
L’abbé Jean-Marie Pasquier, responsable du Centre catholique romand de formation permanente, a pour sa part porté un regard extérieur et théologique sur le débat. Pour les chrétiens, la croix doit être signe d’humilitéé et d’unité. L’enjeu se situe non dans l’acte, mais dans l’esprit et la concertation qui président à ériger ce signe, pour que l’unité et la paix en sortent fortifiées.
Qualité d’écoute en cause
«La croix des racines et de la culture jurassiennes est-elle incompatible avec un pays ouvert? Le dialogue de la multiculturalité devra aussi être engagé avec l’Etat. Le projet se situe dans une tradition multiséculaire qui fait partie intégrante du patrimoine rural jurassien. Expressions de foi, les croix qui émaillent les chemins et les croisées sont autant d’intercessions à la protection divine. Formellement, selon le conservateur des monuments historiques, Marcel Berthold, le projet a été lancé dans le même esprit, mais le contexte a changé: la société paysanne homogène a disparu. Quelle est sa signification aujourd’hui, pour les chrétiens, pour les non-chrétiens?.
Beaucoup d’éléments de réflexion ont certes été apportés. Mais sans grands résultats. Affaire à suivre. Deux heures n’auront en effet pas suffi à étalir un véritable dialogue, l’abbé Pasquier a mis en cause la qualité d’écoute des protagonistes: «Chacun a voulu rester sur ses positions, comme à Jérusalem!» (apic/sic/pr)



