Un meurtre perfectionné des enfants non-nés
Demande d’enregistrement de la pilule abortive RU 486 en Suisse: vives réactions
Berne, 5 février 1999 (APIC) Après la France, la Grande-Bretagne et la Suède, la Suisse pourrait être le quatrième pays européen à autoriser la pilule abortive RU 486. Une demande d’enregistrement de la pilule abortive RU 486 devrait être déposée en Suisse d’ici la mi-février. Le produit controversé pourrait être disponible dès la fin août.
Du côté de la Conférence des évêques suisses (CES), la condamnation est vive. «On ne peut que redire ce que nous avons déclaré en 1992 puis en 1995, à savoir qu’il s’agit là d’une forme d’avortement». Un avortement d’autant plus grave qu’on peu comprendre cette pilule «comme un médicament contre une maladie qu’il faut guérir: un enfant», déclare le porte-parole de la CES, Nicolas Betticher. Tout autre son de cloche du côté de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse. La FEPS se déclare en effet favorable à l’introduction du RU 486. Une pilule abortive prise «comme ultime recours après épuisement de toutes les autres solutions», précise-t-on à Berne. La FEPS s’est d’ores et déjà déclarée en faveur de la solution des délais en Suisse.
Contesté pour des raisons éthiques, le RU 486 est utilisé depuis de nombreuses années en France, en Grande-Bretagne et en Suède. Cette pilule est habituellement administrée au cours des sept premières semaines de grossesse pour provoquer l’avortement. En Allemagne et en Autriche, des discussions sont actuellement en cours pour autoriser sa commercialisation. Les évêques allemands et autrichiens, qui sont montés aux barricades, ont dénoncé le RU 486 en termes très vifs. Ils n’entendent pas lâcher les importants mouvements de contestation qui se sont organisés dans ces deux pays.
Dans un document publié après l’introduction de la pilule abortive en France, il y a dix ans, la Conférence des évêque a durement critiqué l’»invention» du Français Emile Beaulieu. Aux Etats-Unis enfin, des opposants à l’introduction de la RU 486 ont menacé de boycotter tous les produits du groupe chimique allemand Hoechst, si la pilule abortive devait être introduite aux Etats-Unis.
Un pas vers le meurtre
En 1992 déjà, la Conférence des évêques suisses, par son président, Mgr Pierre Mamie, à l’époque évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, relevait: «Nous disons non à tous ceux et à toutes celles, et d’abord aux médecins, qui demandent que chez nous, en Suisse, la pilule RU 486 soit autorisée, commercialisée et utilisée. Car elle cause directement la mort des innocents».
Quant au Père Roland B. Trauffer, secrétaire de la CES, il relevait en 1995, après la décision de la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sanitaires (CDS) d’autoriser l’introduction en Suisse de la pilule abortive, que le RU 486 «n’est pas seulement une nouvelle méthode d’avortement, mais un pas de plus vers le meurtre toujours plus perfectionné des enfants non-nés au moyen d’une substance chimique». Devant la levée de boucliers et les réactions violentes suscitées par la décision de la CDS, le produit n’avait pas été introduit.
L’entreprise Cosan GmbH, basée à Volketswil (ZH), revient aujourd’hui à la charge et souhaite l’introduction en Suisse da la RU 486, après avoir été contactée par le fabriquant français Exelgyn. L’Office intercantonal des médicaments (OICM) a confirmé jeudi 3 février être en contact avec Cosan au sujet de la pilule Mifegyne. Les expertises pour la nouvelle substance devraient durer environ 6 mois. L’Union suisse pour décriminaliser l’avortement (USPDA) se réjouit de cette prise de contact. Elle ne doute guère du feu vert de l’OICM.
50’000 cas d’emploi annuel
Le président du Parti évangélique suisse, Otto Zwygart trouve pour sa part que c’est une «tragédie» qui ouvre la porte à la libéralisation de l’avortement en Suisse. Selon lui. Le RU 486 met la vie en danger.
Autre réaction , celle de l’Association Aide suisse pour la mère et l’enfant (ASME), qui refuse l’introdction de cette pilule en Suisse. Il s’agit, dit-elle, d’une substance faite pour tuer, et non d’un médicament. «Il s’agit non d’un médicament mais d’un pesticide contre l’être humain». Le RU 486 équivaut à une banalisation de l’avortement, soutient encore l’ASME, qui rappelle les propos du docteur Reto Guetg, médecin de confiance du Concordat suisse des assurances maladies, qui calculait, pour la Suisse, à 50’000 cas d’emploi annuel de cette pilule abortive. L’ASME rappelle en outre que son initiative «Pour la mère et l’enfant» contre la solution des délais, en cas de décision favorable des chambres fédérales, a déjà récolté 80’000 signatures. (apic/pr)



