Des actes «scandaleux et désastreux», s’indigne un évêque allemand
Allemagne: Abus sexuels en série: la pointe de l’iceberg
Trèves, 15 février 2010 (Apic) Un évêque allemand est sorti du bois après les nouvelles et récentes accusations d’abus sexuels commis par des prêtres dans une prestigieuse école catholique tenue par les jésuites en Allemagne. Il a qualifié ces actes de «scandaleux» et de «désastreux».
A l’heure où le pape est réuni à Rome avec les évêques irlandais, en Allemagne, le scandale d’abus sexuels qui implique des jésuites rebondit et s’étend pour prendre de l’ampleur. Plus d’une centaine d’anciens élèves du prestigieux collège Canisius à Berlin sont aujourd’hui potentiellement concernés, selon le recteur de cet établissement. Le nombre total d’anciens élèves victimes d’agressions sexuelles dans ce collège –par au moins deux anciens professeurs jésuites– n’est pas encore établi mais il pourrait s’agit «d’un nombre à trois chiffres», a déclaré le père Klaus Mertes au quotidien Berliner Zeitung, cité par l’Agence France presse. Fin janvier, le recteur du collège Canisius, qui a formé de nombreux membres de l’élite économique et politique du pays, avait reconnu que des élèves avaient été victimes d’abus sexuels de la part d’au moins deux professeurs dans les années 1970 et 1980. Le scandale s’est ensuite étendu à d’autres collèges jésuites en Allemagne.
L’ordre a pour sa part demandé à quiconque ayant été victime d’abus dans des écoles jésuites en Allemagne de sortir de l’ombre. Pour le moment, trois prêtres sont accusés d’abus sexuels systématiques. La hiérarchie de l’Eglise catholique a réagi promptement pour condamner ces abus et a promis de prendre des mesures.
Au cœur des allégations se trouve le Collège Canisius de Berlin. Le 28 janvier, le Collège a annoncé que trois prêtres jésuites avaient systématiquement abusé d’élèves dans les années 1970 et 1980. Jusqu’à présent, 40 cas ont été révélés, mais de nouvelles victimes se font connaître chaque jour.
Les prêtres incriminés ont également travaillé dans des écoles secondaires jésuites à Hambourg, Bonn, dans la Forêt-Noire, et dans des paroisses de Basse-Saxe. C’est pourquoi le père Klaus Mertes, actuel directeur du Collège Canisus, a déclaré au magazine allemand Der Spiegel qu’il s’attend à ce que les accusations actuelles ne soient que «la partie émergée de l’iceberg».
Le 8 février, le directeur du Collège Aloisius de Bonn, le père Theo Schneider, a démissionné suite à des accusations selon lesquelles il était au courant des abus.
L’évêque de Trèves, Stephan Ackermann, président de la Commission Justice et paix de l’Eglise catholique en Allemagne, a déclaré au journal local Trierischer Volksfreund le 11 février: «Ces affaires sont scandaleuses et désastreuses pour la réputation et la crédibilité de l’Eglise.» Il a ajouté: «Lorsque des enfants sont victimes d’abus, il n’est pas question de minimiser ou d’étouffer la situation.»
La déclaration de l’évêque Ackermann est en phase avec celles d’autres ecclésiastiques de haut rang de l’Eglise catholique en Allemagne, qui, le week-end dernier, lors de la messe, se sont repentis et ont demandé pardon pour les nombreux incidents d’abus sexuels commis par leur clergé et des laïcs. Néanmoins, le diocèse de Trèves a affirmé qu’aucun cas d’abus sexuels n’avait été rapporté depuis 1995.
«Lorsqu’un prêtre catholique – qui représente une institution ayant des normes morales aussi élevées – commet des abus sexuels, cela crée un préjudice qui ne peut pas être réparé», a déclaré à sa paroisse Martin Tenge, doyen régional du diocèse de Hanovre, lors de la messe dominicale célébrée à la basilique de sa ville.
A toutes les messes dominicales célébrées dans le diocèse de Hanovre, une déclaration de l’évêque Norbert Trelle a été lue aux paroissiens. Il y promet de s’attaquer à la racine du problème. «C’est toute l’institution qui est en tort, car elle entretient une mentalité de ’loi du silence’,» a écrit l’évêque Tenge. A la cathédrale de Berlin aussi, on a eu une pensée pour les victimes d’abus.
Le magazine Der Spiegel, cité par l’Agence ENI, a fait du scandale sexuel la couverture de son numéro du 8 février, intitulé «Les hypocrites: l’Eglise catholique et le sexe». Le magazine a affirmé avoir mené une enquête la semaine précédente, qui révélait que près de 100 prêtres et laïcs ont été suspectés d’abus sexuels dans les 27 diocèses catholiques d’Allemagne depuis 1995. (apic/eni/pr)



