Brésil: Une religieuse menacée de mort pour avoir dénoncé le scandale
Des adolescentes indigènes abusées sexuellement
Sao Paulo, 5 novembre 2012 (Apic) 9 francs suisses. C’est le prix de la virginité d’enfants indigènes au Brésil. Dans la commune de Sao Gabriel da Cachoeira, au nord-ouest de l’Etat d’Amazonas, près de la frontière colombienne, des enfants et adolescentes indigènes ont raconté qu’elles avaient été forcées par des hommes blancs à «vendre» leur virginité. Suite à un reportage paru dimanche 4 novembre dans le quotidien «Folha de Sao Paulo», l’affaire est en train de prendre des proportions nationales et menace une religieuse italienne qui dénonce les faits depuis longtemps.
Dans le cadre de dépositions faites à la police civile, certains enfants ont assuré qu’après l’acte, elles avaient reçu des vêtements de marque, des chocolats, de l’argent et des téléphones mobiles. Douze enfants ont déjà témoigné et assuré qu’elles avaient été abusées sexuellement, accusant même neuf hommes d’être les auteurs de ce crime. A vrai dire, cela fait plus d’un an que leurs mères ont déposé plainte auprès de la police civile locale. Mais faute d’avoir pu mettre sous les verrous les suspects, l’enquête a traîné avant d’être reprise en mains par la police fédérale du Brésil, le mois dernier.
Notables locaux suspectés
D’après le quotidien, parmi les suspects figurent notamment des commerçants locaux, un ancien conseiller municipal, deux militaires et un chauffeur. Une des enfants, âgée de douze ans, a expliqué qu’elle a «vendu» sa virginité à un ancien conseiller municipal. Il lui a donné 20 reais (9,20 CHF), en lui faisant promettre de ne raconter à personne ce qui s’était passé. «Il m’a emmené dans la chambre et a retiré mes vêtements, a-t-elle assuré. C’était la première fois. Ca m’a rendu très triste.» Plusieurs jeunes filles, victimes de menaces, ont d’ailleurs dû fuir de leur foyer. «Il m’a dit que si je continuais à dire ce qui s’était passé, j’irais avec lui en prison, a affirmé une des victimes âgées de 14 ans. J’ai peur, car il a fait ça avec beaucoup de filles mineures.»
Familles et défenseurs menacés de mort
Une autre fille, âgée de 15 ans, assure avoir été présente lors d’une «rencontre» entre sept hommes et plusieurs enfants de moins de dix ans. «J’ai vu ces enfants dans cette situation, a-t-elle assuré aux enquêteurs. Ils ont ensuite souffert de mal de dos à cause des mauvais traitements. Les hommes donnaient toujours de l’argent en échange de ça (la virginité).»
Les membres de la famille et les conseillers tutélaires qui défendent ces adolescentes ont également été menacés. «Ils nous ont averti: si on ouvre la bouche, ils nous feront exécuter», a assuré la mère d’une enfant de 12 ans, victime d’abus sexuels.
Des plaintes sans lendemain
Rien de tout cela n’a surpris Sœur Giusutina Zanato. Cette religieuse italienne de 63 ans, membre de la Congrégation des sœurs Salésiennes et originaire de Marostica dans la province de Venise, est installée depuis octobre 2004 au Brésil. Considérée par les jeunes filles indigènes de l’état d’Amazonas comme une version de «Sœur Dorothy», nom de la religieuse américaine assassinée dans l’état du Para – à l’est de l’Amazonie brésilienne – en février 2005, cette missionnaire dénonce depuis longtemps les faits. Elle assure ne pas craindre les menaces de mort qui pèsent sur elle. «Nous avons déjà déposé de nombreuses plaintes, mais nous n’avons eu aucun résultat», regrette celle qui a déjà eu maille à partir avec les autorités policières et judicaires locales, en réclamant que les suspects de ces crimes soient arrêtés et jugés.
Un centre d’accueil et de protection
Pour tenter de donner une visibilité à ce combat, la religieuse coordonne, depuis 2008, le programme d’assistance «Jeunes filles heureuses». Les mineures victimes de violences sexuelles sont accueillies dans un lieu qui les protège. Elles y sont nourries, scolarisées et apprennent l’artisanat, la couture et même l’informatique. Dans les colonnes du plus important quotidien du pays, la missionnaire indique que deux familles des douze enfants abusées ont perçu de l’argent des suspects. «Ce sont des familles déstructurées, a rappelé la religieuse, pour lesquelles l’argent est un gage de sécurité.» (apic/jcg/ggc)



