Myanmar : Quarante morts dans des violences antimusulmanes dans la ville de Meikthila

Des bouddhistes diffusent un discours de haine contre les musulmans

Rangoun, 29 mars 2013 (Apic) Une flambée de violences antimusulmanes a éclaté à partir du 20 mars 2013 dans la ville de Meikhtila au centre de la Birmanie. Ces événements ont fait une quarantaine de morts ainsi que des milliers de sans-abri et de personnes déplacées. Les responsables religieux appellent au calme, tandis que certains moines bouddhistes continuent de propager un discours haineux envers la minorité musulmane du pays.

Le 25 mars, cinq jours après le déclenchement des violences, l’archevêque catholique de Rangoun, Mgr Charles Bo, a appelé le gouvernement à unir les responsables religieux du pays dans un même appel au calme, rapporte l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, «Eglises d’Asie» (eda). «L’amour et la compassion sont des valeurs centrales du bouddhisme, de l’islam et du christianisme (…). Il est très urgent et important que tous les responsables religieux se réunissent et s’écoutent mutuellement avec respect pour parvenir à une parole et une action communes.»

Le 28 mars, en écho à l’appel de l’archevêque de Rangoun, plusieurs responsables de mouvements de jeunes chrétiens, hindous, musulmans et bouddhistes se sont réunis dans les locaux de la YMCA à Rangoun pour lancer un appel commun à la fin des violences.

«Protéger la race et la religion»

Face à ce discours d’apaisement et d’appel à la cohabitation pacifique entre les différentes communautés religieuses de ce pays très majoritairement bouddhiste, une campagne visant à ” protéger la race et la religion» birmanes diffuse un message opposé fondamentalement hostile aux musulmans qui représentent environ5 % de la population.

Le leader de cette campagne le vénérable Wirathu, moine du monastère Maesoeyein à Mandalay, est bien connu pour son attitude ultra-nationaliste. Par des prêches véhéments, transmis sur internet ou diffusés par CD, le vénérable Wirathu cherche aujourd’hui à faire boycotter les commerces tenus par les musulmans. «Si vous faites vos achats dans un magasin musulman, votre argent ne s’arrêtera pas là, mais poursuivra son chemin pour finalement détruire notre race et notre religion», affirmait-il dans un discours tenu fin février.

Dans une allocution télévisée de dix minutes prononcée le 28 mars, le président Thein Sein a rejeté la responsabilité des émeutes antimusulmanes sur «des opportunistes politiques et des extrémistes religieux». sans les désigner plus précisément. Mais il s ajouté que s’ils «tentaient d’exploiter les nobles enseignements des religions et de semer la haine entre des personnes de religions différentes afin de poursuivre leurs propres intérêts», ces manœuvres «ne seraient pas tolérées».

Selon un sentiment largement partagé dans l’opinion birmane, les violences de ces derniers jours pourraient avoir été fomentées par des groupes proches de l’armée et des bouddhistes extrémistes afin de discréditer le gouvernement civil du président Thein Sein et de susciter des changements au sommet de l’Etat, voire le retour des militaires au pouvoir. (apic/eda/mp)

29 mars 2013 | 09:21
par webmaster@kath.ch
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