France/Irak: Témoignage des évêques français à leur retour d'Irak

Des chrétiens profondément traumatisés

Lyon, 1er août 2014 (Apic) Dans un communiqué de presse diffusé le 1er août 2014, les émissaires de l’Eglise catholique en France auprès des chrétiens d’Irak ont affirmé que ce voyage a «dépassé leurs espérances». «Nous avons entendu des témoignages plusieurs fois par jour. Quantité d’histoires personnelles bien concrètes. Nous en avons plein les yeux, les oreilles et le cœur», a affirmé Mgr Barbarin, de retour à Lyon après cinq jours passés auprès des chrétiens persécutés et de leur pasteur, le patriarche Louis-Raphaël Sako.

«Il fallait que les chrétiens d’Irak sachent que l’on prie pour eux, a affirmé le cardinal Barbarin. C’est chose faite. Nous n’avions pas la prétention de faire des choses extraordinaires, mais toutes simples : prier, manifester notre amitié, apporter une aide matérielle».

Le courage des chrétiens, «ces gens qui ont accepté de tout perdre en raison de leur foi» a frappé les trois évêques émissaires – outre Mgr Barbarin, Mgr Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes et président du Conseil pour les relations interreligieuses, ainsi que Mgr Pascal Gollnisch, Directeur de l’Oeuvre d’Orient composaient la délégation. «Ils ont perdu papiers, travail, maison, argent, bijoux, souvenirs, logement, avec une question de survie immédiate: hier nous avons vu 24 personnes logées dans une salle de classe: où seront-elles dans un mois, quand l’école fera sa rentrée?», a déclaré Mgr Dubost.

Dépasser les rumeurs

Alors qu’il demeure difficile de démêler le vrai du faux et que les voix se multiplient pour proclamer des informations diverses sur le sort des chrétiens oppressés par les djihadistes de l’Etat islamique, Mgr Gollnisch a précisé que, «contrairement aux rumeurs, les chrétiens n’ont pas été tués. Ils ont en revanche été profondément traumatisés, atteints dans leur dignité». Leur regard sur ces événements a été affiné: «Ce voyage permet aussi de remettre les pendules à l’heure, ajoute le directeur de l’Oeuvre d’Orient. Non, ce n’est pas un combat des musulmans contre les chrétiens. C’est bien plus complexe. Le dernier attentat qui ait visé les chrétiens, avant la prise de Mossoul, c’est en 2010 dans la cathédrale de Bagdad, mais depuis, il n’y a pas eu d’attentat contre eux. En revanche, il y a une bombe par semaine dans les mosquées.»

Trois niveaux d’action

A l’heure du retour, les évêques ont évoqué trois niveaux d’action. «Le premier, c’est l’aide d’urgence, affirme Mgr Gollnisch. Il faut appeler aux dons des fidèles en concertation avec la Congrégation pour les Eglises orientales. Il faut trouver des structures d’accueil d’ici l’hiver». Avant de préciser que «ce n’est pas à l’Eglise seule d’assumer des dizaines de milliers de personnes déplacées. Il faut mobiliser l’opinion et les structures internationales. Communiquer sur ce qui se passe. Enfin, assure-t-il, on ne pourra pas faire l’économie d’un travail en profondeur qui est aussi un travail de mémoire. Il faut qu’ils écrivent ce qui s’est passé. On ne peut que remarquer que nous allons célébrer le centenaire du génocide arménien et que nous assistons à des attitudes qui s’apparentent à ce qui s’est passé. Cette fois il n’y a pas de morts, mais il y a bel et bien épuration. Ce travail de mémoire est essentiel car c’est lui qui nous aidera à ne pas considérer que la situation à Mossoul est définitive.» (apic/com/pp)

1 août 2014 | 14:09
par webmaster@kath.ch
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