Des conservateurs catholiques dans l’offensive contre l’éducation sexuelle
Le Planning familial français a publié fin février 2026 une étude identifiant une offensive structurée, en Europe, contre l’éducation sexuelle. Une démarche à laquelle sont associés des milieux catholiques conservateurs.
L’éducation à la sexualité est «au cœur d’une offensive coordonnée en Europe», alerte le Planning familial, relayé par le média Basta. Le mouvement cible le programme dénommé «Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle » (Evars), reconnu internationalement sous le nom d’Éducation complète à la sexualité (ECS). Sa mise en œuvre se heurte à des résistances croissantes qui se multiplient et s’intensifient depuis les années 2010, note l’étude.
«Nous sommes parti·es de ce qui s’est passé en France pour observer ce qui se fait ailleurs, et constater deux choses: d’abord que les attaques contre l’éducation à la sexualité reprenaient les mêmes mécanismes que celles contre l’avortement, et ensuite que cela répondait à une stratégie très claire, avec un vrai projet politique derrière», détaille Sarah Durocher, présidente du Planning familial.
La Hongrie en «navire amiral»
L’étude a comparé la situation dans six pays: France, Suède, Allemagne, Espagne, Italie, Hongrie. En France, un programme officiel d’éducation à la sexualité s’applique pour la première fois depuis la rentrée 2025, mais le Planning familial déplore une baisse une baisse générale de financements. Parmi les pays scrutés, l’éducation sexuelle est le moins soutenue en Italie et en Hongrie.
Dans la Botte, l’éducation sexuelle est interdite dans les écoles et dépend de l’initiative du personnel des établissements sans uniformité ni obligation. En Hongrie, depuis 2021, «L’État détient un pouvoir très restrictif sur l’accès à l’éducation sexuelle en milieu scolaire. Celle-ci est quasiment exclusivement assurée par les enseignant·es, dans une approche axée sur les valeurs d’une vie de famille traditionnelle, et par le prisme de la biologie principalement» note le rapport. Dans ce pays, dirigé depuis 2010 par Viktor Orban, «tout contenu non conforme à l’image traditionnelle hétérosexuelle ou familiale est prohibé des programmes».
Défense des valeurs traditionnelles
Le Planning alerte sur un mouvement d’opposition «structuré et transnational», qui repose sur une constellation hétérogène d’acteurs, parmi lesquels des partis politiques de droite, mais aussi un certain nombre d’associations familiales, de médias conservateurs, de collectifs de parents et d’organisations religieuses, notamment catholiques.
Loin d’être isolés, ces acteurs s’appuient sur des structures européennes et internationales, telles que le Congrès mondial des familles (World Congress of Families-WCF), note le rapport. Le WCF, fondé en 1997 par l’universitaire américain Allan Carlson, a pour objectif déclaré la défense de la «famille naturelle» (mariage hétérosexuel, opposition à l’avortement et aux droits LGBT). Le Vatican n’a jamais officiellement parrainé l’événement et garde avec une distance prudente. Si des responsables du Saint-Siège, tels que le cardinal Pietro Parolin, y ont participé, l’événement est principalement visité par des organisations et mouvements issus de la frange conservatrice de l’Église.
Une intimidation qui fonctionne
L’offensive documentée par le Planning familial s’insère dans un mouvement global de diabolisation du concept de genre, renommé par ses détracteurs «idéologie» ou «théorie du genre», affirme Basta. «Cette rhétorique antigenre, qui a émergé depuis le Vatican à la fin des années 1990 et a fortement imprégné la mobilisation contre le mariage pour toutes et tous en France en 2013, s’en prend tout à la fois aux droits LGBT+, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité.»
Des actions anti-ECS qui ont des effets, alerte le Planning familial. L’association observe que certains établissements scolaires s’autocensurent, annulent des ateliers ou des interventions et retirent certains contenus pédagogiques face à des «campagnes d’intimidation». (cath.ch/basta/arch/rz)





