Vaud: La Pastorale du Monde du Travail dénonce la vague de licenciements
Des entreprises prospères annoncent des suppressions d’emplois
Lausanne, 8 juin 2012 (Apic) La Pastorale du Monde du Travail (PMT), basée à Lausanne, s’est interrogée sur les conséquences des suppressions d’emploi annoncées par les responsables du Crédit Suisse et de Novartis. Des centaines de personnes des cantons de Vaud et de Genève vont en être victimes. Thomas Wallimann-Sasaki, docteur en théologie et directeur de l’Institut social KAB, livre pour la PMT ses préoccupations à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise.
L’entreprise Novartis, leader mondial de l’industrie pharmaceutique informait le 25 octobre 2011, qu’elle allait licencier 2’000 personnes, dont 1’100 en Suisse. Et le 1er novembre, c’est le Crédit Suisse qui annonçait la suppression de 1’500 postes de travail. En parallèle ces deux sociétés publient des bénéfices nets en augmentation.
«Ces licenciements nous interpellent quant à l’objectif de l’entreprise, selon l’article 338 du Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise: l’objectif de l’entreprise doit être réalisé en termes et avec des critères économiques, mais les valeurs authentiques permettant le développement concret de la personne et de la société ne doivent pas être négligés. Ainsi, dans ’cette vision personnaliste et communautaire’, l’entreprise ne peut être considérée seulement comme une société de capital; elle est en même temps une société de personnes participant à un même bien commun», relève la PMT dans son communiqué signé Christiane Gerber.
Des entreprises prospères annoncent des licenciements
«Toutes les entreprises ne connaissent pas le succès. Certaines ne peuvent pas subsister, car elles ont fait de grossières erreurs. D’autres ont eu de la malchance. Tandis que d’autres encore font faillite pour des raisons inexplicables. A chaque fois, des personnes sont touchées et perdent leurs emplois. Il existe cependant aussi des entreprises qui affichent des gains, mais qui, en même temps, annoncent des licenciements. Tel a été le cas, récemment, de Novartis et du Crédit Suisse. Est-ce permis d’un point de vue chrétien?», se demande la PMT.
L’enseignement social de l’Eglise catholique, qui traite, depuis la fin du 19e siècle, de l’économie et des questions de société, reconnaît que le profit est une caractéristique d’un bon état de santé financière d’une entreprise. Le profit – non sa maximisation – n’est cependant pas le seul critère déterminant. Les facteurs humains et éthiques sont aussi importants pour la vie et la survie d’une entreprise. Car les entrepreneurs, tout comme les travailleurs, ont le devoir de rechercher le bien commun. Ils doivent viser le bien de toutes les personnes d’une communauté et non leur seul profit personnel, rappelle la PMT.
Ainsi, la première encyclique sur la question sociale, Rerum novarum publiée en 1891, soulignait déjà qu’il ne s’agit pas de faire pression sur les salaires des personnes faibles et dans le besoin afin d’augmenter le profit, et ainsi de faire du profit sur le malheur des autres (No 20).
Les contribuables ont renfloué les banques
«C’est pourtant bien ce qui se lit dans les rapports de presse de Novartis et du Crédit Suisse: les deux entreprises atteignent des profits maximaux et leurs managers touchent des salaires très élevés. Si l’on pense que, lors de la récente crise financière, c’est grâce aux prélèvements fiscaux de milliers de travailleurs que le secteur financier a survécu. De toute évidence, ces entreprises placent leur profit avant tout le reste», déplore la PMT. Ajoutant: «Bien entendu, l’enseignement social comporte des indications concernant les temps de crises. Dans ce cas, des réductions de salaires sont justifiées, si cela permet de garantir la survie de l’entreprise. Des licenciements doivent toujours être évités autant que possible. Le profit n’est pas négatif en soi, mais lorsque des personnes sont licenciées en prévision d’une éventuelle perte de profit, alors qu’en même temps, on observe une nouvelle hausse des salaires du management, la dignité et les droits des travailleurs sont lésés, et par-dessus tout, le lien social et le principe d’une économie responsable et d’orientation chrétienne. Cela ne fait aucun doute.» (apic/com/bb)



