Rome: Mgr Filoni livre ses premières impressions au lendemain de son retour d'Irak
Des gens privés de tout du jour au lendemain
Rome, 22 août 2014 (Apic) «Une mission dans la souffrance, accomplie parmi les chrétiens ayant fui Mossoul et la Plaine de Ninive, arrachés à leur maison, à la simplicité de leur vie quotidienne». A peine rentré d’Irak le 20 août 2014, le cardinal Filoni, envoyé personnel du pape auprès des minorités persécutées, a livré ses premières impressions à l’agence d’information missionnaire vaticane Fides. Au-delà des faits concrets, c’est également une réflexion plus large sur cette situation dramatique que propose le Préfet de la congrégation pour l’évangélisation des peuples.
«Ces personnes sont catapultées dans une situation imprévisible, privées du jour au lendemain de maison, de vêtements et de toutes les petites choses que l’on pense acquises – comme le fait d’avoir de l’eau pour se laver à une température de 47°C», a affirmé Mgr Filoni. «Elles dorment dans les rues ou les jardins, sous un arbre ou une bâche en plastique. Seuls les enfants semblent ne pas s’apercevoir du caractère dramatique de la situation et courent ici et là. Les personnes âgées, quant à elles, sont laissées à l’écart et les malades ne savent pas s’ils trouveront prochainement un médecin ou des médicaments».
Un moment particulièrement touchant pour l’émissaire personnel du pape a été la rencontre d’une mère dont les djihadistes de l’»Etat islamique» (EI) ont dérobé les boucles d’oreille de sa petite fille de trois mois. «Un objet de peu d’importance, mais dont l’usurpation indique le mépris de ces hommes envers les enfants».
«Ces gens ont le droit d’être défendus
Alors que des voix de ne cessent de s’élever pour réclamer une défense active de ces minorité, le cardinal rappelle que «l’Eglise en tant que telle est – et sera – toujours opposée à la guerre. Mais ces pauvres gens ont le droit d’être défendus, poursuit-il. Ils n’ont pas d’armes. Ils ont été chassés lâchement de leurs maisons. Ils n’ont engagé aucune lutte. Comment garantir le droit de ces personnes à vivre dignement dans leurs propres maisons? Certes pas en acceptant la violence mais en cherchant à la contenir par tous les moyens. Nous ne pouvons pas ne pas écouter le cri de ces personnes qui nous disent: aidez-nous et défendez-nous.»
Le risque d’amalgame existe. Certains exploitent le drame qui se déroule actuellement en Irak et en Syrie pour opposer, dans un dualisme primaire, chrétiens et musulmans. Pour Mgr Filoni, «la question ne peut donc pas être posée comme une opposition entre l’islam et le Christianisme: les agressions frappent les chrétiens, mais également les yézidis, les chiites voire certains sunnites. Ceux qui mènent actuellement ces actions terribles contre les minorités le font au nom d’une idéologie politique et religieuse intolérante et ceci est un aspect qui doit nous amener à réfléchir», conclut-il. (apic/fides/pp)



